Betty Carter
It's not about the melody
Musiciens : Cyrus Chestnut, Mulgrew Miller ou John Hicks (p), Ariel J. Roland, Christian McBride ou Walter Booker (b), Clarence Penn, Lewis Nash ou Jeff « Tain » Watts (dm) et Craig Handy (ts).
Thèmes : Naïma's love song, Stay as sweet as you are, Make him believe, I should care, Once upon a summertime, You go to my head, In the still of the night, When it's sleepy time down south, The love we had yesterday, Dip bag, You're mine, you.
Durée : 71'08".
Référence : Verve 513-870-2.Seule l'image pourrait rajouter au plaisir de découvrir cet enregistrement essentiel. Car la musique de Betty Carter est aussi dans la gestuelle, dans ce corps à coeur avec le public. Il faut l'avoir vue glisser d'un musicien à l'autre, se jouer de l'espace, distordre les muscles de ses lèvres, apprivoiser le souffle, scruter, enfin, les sourires sur les visages, pour mesurer à quel point son art est abouti. Le disque témoigne pourtant d'une belle présence : Cyrus Chestnut caressant littéralement ses peaux dans « You Go to my Head », le groove des sections rythmiques jusque dans les ballades les plus lentes, ce sens, si subtil, de la nuance infime... Betty Carter a toujours su s'entourer (voir son interview dans le numéro 485 de Jazz Hot). Ici, elle retrouve d'anciens complices comme John Hicks ou Mulgrew Miller (ex-Jazz Messengers, ce qui établit une certaine filiation), mais aussi de jeunes musiciens formidables à qui elle laisse toute latitude d'expression dans le monde qui est le sien. Un univers d'ailleurs bien atypique. Quintessence du jazz bop par certains aspects, et en même temps affirmation d'une liberté très surveillée. Le chant de Betty n'est pas celui de Sarah. Sa respiration n'est pas celle d'Helen. Son jeu sur les onomatopées n'est pas le scat d'Ella. Plus ludique, proche d'un babil, il est associé à un phrasé qui enlace la mélodie originelle, à une voix parfois juste susurée ou plaintive, mais toujours limpide. Et ce grain, inimitable, sculpté aux déformations de la cavité buccale utilisée comme un instrument. Et ce timbre, précisément contrôlé dans le registre grave qu'elle affectionne particulièrement. L'opus majeur d'une grande dame du jazz dont la générosité est trop longtemps restée dans l'ombre.
Pascal Kober
Chronique publiée dans le mensuel Jazz Hot.Reproduction possible avec autorisation écrite de l'auteur.
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