Jimmy Giuffre 3
1961 (Fusion, Thesis)

giuffre

Musiciens : Jimmy Giuffre (cl), Paul Bley (p) et Steve Swallow (b).
Thèmes : Jesus Maria, Emphasis, In the mornings out there, Scootin'about, Cry, Want, Brief hesitation, Venture, Afternoon, Trudgin'. Ictus, Carla, Sonic, Whirrrr, That's true, that's true, Goodbye, Flight, The gamut, Me too, Temporarily, Herb & Ictus.
Enregistré : en mars et en août 1961 à New-York.
Durée : 44'34" et 47'18".
Référence : ECM 1438/39 849 644-2.

Leur dernière rencontre date de 1991 pour une tournée du trio, reformé à l'occasion de la parution de deux nouveaux enregistrements. Mais avant, il y avait eu ces deux autres disques (Fusion et Thesis) réalisés en... 1961. Deux galettes mythiques, longtemps introuvables, même chez les collectionneurs les plus passionnés. En trente ans, chacun des musiciens a suivi son propre itinéraire, jalonné de multiples rencontres, enrichi d'autres expériences. En trente ans, rien n'a changé. Ou tout a changé. Leur musique est rare. Précieuse. De celles que l'on prend plaisir à savourer. Lentement. Longuement. En appréciant toutes ses qualités. Celle de l'écriture. Celle de la cohésion. Celle de la complicité. Ceux qui ont aimé les concerts d'hier ne seront pas déçus : mêmes climats, même rigueur dans l'élaboration de ces merveilleuses miniatures. Cette recherche esthétique poussée jusque dans ses derniers retranchements ne doit pas être qualifiée de jazz de chambre. Pas plus que de musique intimiste. Paul Bley, Jimmy Giuffre et Steve Swallow esquisseraient plutôt une manière de force tranquille du jazz contemporain. Évidemment, la qualité du son de cette réédition est digne... d'ECM, n'étaient, ici ou là, quelques colorations étrangères à son esthétique et des coupures un peu brusques à la fin de chaque thème (mais ce défaut est inhérent au travail de reconstruction). Car c'est bien Manfred Eicher, assisté de Jean-Philippe Allard, qui produit cette renaissance sur son label. Un son formidablement propre, pratiquement exempt de bruits de fond et de souffle. Une remarquable réussite, pilotée par Jan-Erik Kongshaug, le sorcier du Rainbow Studio d'Oslo. Mais la musique de Jimmy Giuffre méritait ce traitement de roi. Ascétique sans être dépouillée, elle fourmille d'idées et de trouvailles d'écriture. Serait-elle plus proche de la musique contemporaine que du jazz ? La totale absence d'instrument rythmique ne signifie pas pour autant que le swing ne vit pas dans ces thèmes (ces pièces ?). Bien au contraire. Probablement un amateur de musique contemporaine (ou à tout le moins moderne) ne restera-t-il pas insensible à ce « trilogue » très écrit. Mais qu'importe la boîte dans laquelle on voudrait classer cette musique. Ces enregistrements font d'abord partie des disques incontournables de l'histoire du jazz et, au delà, de l'histoire de l'art en général.

Pascal Kober


Chronique publiée dans le mensuel Jazz Hot.

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© Pascal Kober


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