Michel Petrucciani
Marvellous

Musiciens : Michel Petrucciani (p), Dave Holland (b), Tony Williams (dm), Vincent Pagliarin, Nicolas Krassik et Pierre Lemarchand (vln) et Vincent Courtois (cello).
Thèmes : Manhattan, Charlie Brown, Even mice dance, Why, Hidden joy, Shooting stars, You are my waltz, Dumb breaks, 92's last, Besame mucho.
Enregistré : à Paris.
Durée : 45'34".
Référence : Dreyfus Jazz, FDM 36564-2.

Michel Petrucciani revient enregistrer en France et n'oublie pas la note bleue. C'est un blues qui démarre le dernier opus du pianiste. Lancé sur les chapeaux de roues, rondement mené par un Tony Williams en verve, précis et foisonnant à la fois, et un Dave Holland toujours aussi attaché à la qualité de l'harmonie jusque dans les rythmes les plus soutenus. Le décor est posé. Il aurait pu se suffire à lui-même. Mais Michel Petrucciani a le goût de l'aventure. Essais transformés en autant de bonheurs. Séduisant sur Music, il jouait avec les synthétiseurs et nous concoctait quelques mélodies qui, à n'en pas douter, resteront comme des standards. Émouvant, il reprenait récemment d'autres standards en concert, avec la complicité de papa à la guitare ou de Didier Lockwood au violon. Ce dernier lui a-t-il donné le goût des cordes ? Toujours est-il qu'un quatuor est présent sur la majorité des titres de ce disque. Presque convaincant sur le premier thème lorsque sa couleur sonore est utilisée sous forme de riffs, il perd de sa crédibilité sur des titres aux accents plus latins (Charlie Brown) où l'on attendrait plutôt une belle escouade de cuivres. Surtout, ses interventions, sombres enluminures souvent confuses, sont noyées derrière le jeu plein, présent, puissant du pianiste et de ses acolytes. Ce pur joyau de cristal qu'est l'introduction de « Hidden Joy » en est un bel exemple. Et l'on ne sait finalement s'il faut incriminer les arrangements, la prise de son, le mixage ou l'idée même de cette étrange fusion. Existe-t-il une seule expérience musicalement aboutie de jazzmen exploitant les richesses du quatuor à cordes ? « Besame Mucho » pourrait le laisser supposer avec ses langueurs exacerbées et ses dissonances apprivoisées. Mais à l'écoute des chorus où le trio reprend ses droits, on se plaît plutôt à imaginer un autre bel enregistrement avec, uniquement, cette rythmique de rêve.

Pascal Kober


Chronique publiée dans le mensuel Jazz Hot.

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© Pascal Kober


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