Louis Sclavis quintet
Rouge
Musiciens : Louis Sclavis (cl, ss), Dominique Pifarely (vln), Bruno Chevillon (b), François Raulin (p, synth) et Christian Ville (dm).
Thèmes : One, Nacht, Kali la nuit, Reflet, Reeves, Les bouteilles, Moment donné, Face nord, Rouge, Pourquoi une valse, Yes love.
Enregistré : en septembre 1991 à Oslo.
Durée : 61'53".
Référence : ECM 1458 511 929-2.C'est devenu un lieu commun que de parler de production léchée, lisse, pour les enregistrements réalisés par ECM. Et force est de constater que le dernier disque du quintet de Louis Sclavis (son premier sur le label allemand) confirme d'une certaine manière le cliché. Une écriture moins sauvage (« Reeves »), une certaine unité de ton, un son propre jusqu'à la perfection (le violon réverbéré de Pifarely dans « One » en est l'expression la plus caricaturale). Mais il serait dommage de restreindre l'apport d'ECM à ce à quoi on s'attend le plus. Depuis l'entrée de l'Art Ensemble Of Chicago dans l'écurie Eicher, nul doute que le saxophoniste lyonnais avait, lui aussi, sa place de trublion. Il est ainsi intéressant de mesurer à quel point l'esthétique du label peut influencer ses compositions et leur manière d'exister. Passionnant également de voir comment Sclavis réussit à détourner à son profit (musical) cette formidable machine à produire. Résultat : un disque qui n'est finalement pas si atypique qu'il y paraît à la première écoute, dans la production des uns et des autres. Preuve que dans cette aventure, chacun a su veiller jalousement à son identité. En témoigne, la conclusion de « Rouge » où le naturel sclavisien revient au galop avec cette petite valse si incongrue apparaissant au détour d'un déferlement de notes de piano et de sons de synthétiseur. D'où vient que l'on reste alors un peu sur sa faim ? Probablement du souvenir de sa dernière tournée en hommage à Duke Ellington dont on attend le disque avec impatience !
Pascal Kober
Louis Sclavis quintet
Ellington on the air
Musiciens : Louis Sclavis (cl, ss), Dominique Pifarely (vln), Yves Robert (tb), François Raulin (p, clav), Bruno Chevillon (b) et Francis Lassus (dm, perc).
Thèmes : Caravan, Caravalse, Prélude, Prelude to a kiss, Jubilee stomp, J'oublie, Bakiff, Indigofera tinctoria, Mode Andy go, Heaven, Harlem pancake, A tone parallel to Harlem, West indian pancake, Black and tan fantasy.
Enregistré : en 1991 et 1992 à Yerres et Aubagne.
Durée : 67'43".
Référence : IDA Records 032 C.Plus sauvage, plus iconoclaste, mais toujours très attentif à (respectueux de ?) la grande histoire du jazz. C'est ainsi que nous aimons Louis Sclavis. Cet hommage quelque peu voyou à la musique de Duke Ellington marque un contraste flagrant avec son récent enregistrement pour ECM. Autant le précédent était sage et presque minimaliste dans le large espace accordé aux musiciens en solo intégral, autant Ellington on the air est un véritable parcours collectif (pas moins de quatre arrangeurs), foisonnant et rebelle à toute idée préconçue, jouissif et pantagruélique. En un mot : surprenant. On se prend ainsi à guetter le point de bascule, la énième (ir)révérence et la citation discrète, tout au long d'un répertoire qui semblait ne rien pouvoir nous conter de neuf. Mais il ne faudrait surtout pas s'en tenir aux détournements et au caractère frondeur de cette relecture. Car il y a aussi (et peut-être davantage) de la tendresse dans la façon dont Sclavis a honoré le Duke, notamment au travers des quelques compositions originales en forme de clins d'oeil. Comme le saxophoniste le rappelle lui-même : « Ni parodie, ni embaumement, mais présence, point de départ, fil conducteur, inspirateur ». Jamais les thèmes d'Ellington n'avaient été aussi intelligemment encadrés et paradoxalement libérés de la pesanteur stylistique dans laquelle on voudrait parfois les cantonner. L'hommage de six grands musiciens à l'oeuvre d'un énorme compositeur.
Pascal Kober
Chronique publiée dans le mensuel Jazz Hot.Reproduction possible avec autorisation écrite de l'auteur.
© Pascal Kober
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