Linda Sharrock et Éric Watson
Listen to the night
Musiciens : Linda Sharrock (voc) et Eric Watson (p).
Thèmes : Lover man, Calling you, Ooh boy !, You don't know what love is, Welcome, My one and only love, The bystander.
Enregistré : en mai 1994 à Paris.
Durée : 35'29".
Référence : OWL 076 830558 2.L'annonce de la réunion de deux créateurs aux caractères si différents et en même temps si complémentaires ne pouvait, a priori, que susciter curiosité et enthousiasme. Et c'est justement dans les thèmes écrit en commun qu'ils dévoilent plus largement leurs personnalités respectives. Sur « The bystander » pour Eric Watson, qui déploie lyrisme et puissance sur des lignes harmoniques et rythmiques complexes. Sur le même et sur « Ooh boy ! » pour Linda Sharrock qui retrouve là les racines du blues, les accents du free et le jeu sur le matériau sonore. Mais côté standards, on attend encore une lecture plus iconoclaste de la part de ces deux authentiques bâtisseurs d'univers. « My one and only love » reste bien sage. Trop sage. Deux CD parus quasiment en même temps illustrent parfaitement cette distorsion. Linda Sharrock et Eric Watson ont chacun signé un disque sous leur nom. La première avec le saxophoniste Wolfgang Puschnig et plusieurs autres musiciens, sur des titres originaux d'une extraordinaire richesse (Like a river, Amadeo 523 015-2). Le second, à l'extrême opposé, en solo intégral et exclusivement sur des standards revisités avec un remarquable décalage (Broadway by twilight, Musidisc 500482). La belle Linda a par ailleurs prouvé, par le passé, qu'elle avait suffisamment de tempérament et d'éclectisme pour accommoder à sa façon d'autres répertoires et non des moindres. En particulier dans sa relecture, en 1990, du songbook de Billie (On Holiday, Emarcy PHCE-5023) où elle reprenait déjà un « Lover man » dans une version très subversive. Mais en final, le duo nous laisse un peu sur notre faim. Comme si l'addition de leurs énergies n'avait pas produit le résultat escompté. Comme s'il y manquait la folie. Non au sens de la démesure, paradoxalement parfois présente dans cet enregistrement, mais bien plutôt d'une fêlure, de cette déchirure perpétuelle qui démontre, presque de manière charnelle, l'interrogation de l'artiste sur son identité.
Pascal Kober
Chronique publiée dans le mensuel Jazz Hot.Reproduction possible avec autorisation écrite de l'auteur.
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