REFLEX
Où notre héros s'équipe de pied en cap pour partir à la découverte du monde sur les traces des grands explorateurs...
« Il n'y a pas de mauvais outils. Il n'y a que de mauvais ouvriers » , disait la légende. La légende n'existe pas, mais cette phrase-là était celle prononcée par un papa, confiant son vieux 6 x 9 à soufflet à un fiston émerveillé. Il n'y a peut-être pas de légende, mais je sais que l'histoire a commencé ainsi. Car au fond, l'outil est presque secondaire. Sa raison d'être fondamentale, c'est de susciter l'expression. Il faut donc le disséquer, mais aussi évoquer les mille et une manières de mettre le monde en images pour les photographes qui persistent à vouloir garder un regard émerveillé. Alors l'outil évoluera. Parce que les besoins et les envies évolueront dans le même sens. Une destination à baliser. Pour ne pas répéter les erreurs des autres et parce que chacun n'a pas la chance d'avoir un papa avec un vieux 6 x 9 à soufflet.
Le champ d'action de la photo en voyage se délimite dans un petit rectangle de vingt-quatre millimètres sur trente-six. Parce que le format est commode, les outils abondants et la pratique facile. À tout seigneur, tout honneur, ce petit tour d'horizon fait d'abord la part belle aux reflex.
Dessiner la panoplie idéale
Je ne vais pas vous répéter le cadrage précis, la mise au point facile, les nombreux accessoires, la polyvalence et les fabuleuses possibilités des reflex. S'ils sont devenus les boîtiers-rois de ceux qui partent à l'aventure, c'est que leurs qualités sont reconnues par les grands amateurs comme par les professionnels. En voyage, ces appareils sont les seuls à réellement concilier légèreté et performances.
Outil basique par excellence, le reflex sait se plier à toutes les exigences du photographe migrateur. Mais avant de lui adjoindre les accessoires nécessaires à la mise en forme de votre passion, il faut encore choisir le boîtier qui vous conviendra. Et le bon. Le credo des modèles récents va vous faciliter la tâche : visez, déclenchez. Et la formule n'a jamais touché d'aussi près au but. C'est la concrétisation de ce vieux rêve : pouvoir réellement photographier au jugé pour capter l'action sur le vif. On voit alors très bien se dessiner la panoplie idéale du photographe exigeant : un boîtier entièrement automatique mais débrayable, avec son petit flash et sa gamme d'optiques.
Les automatismes de l'action
Les appareils récents savent tout faire tout seul. Ou presque. Ce « presque » est la clé d'une sélection intelligente. Car si l'on peut, le plus souvent, faire entière confiance à l'outil, il faut aussi savoir le dompter dans certaines situations. Bref, jouer la carte des automatismes lorsqu'ils facilitent la vie, mais ne pas hésiter à s'en passer quand l'intelligence du photographe doit prendre le pas sur celle de la machine.
On ne s'équipe plus aujourd'hui avec un appareil dépourvu d'analyse intelligente de la lumière et de la mise au point. Ces modes de fonctionnement assurent la réussite de 95 % des images, y compris les traditionnels cas difficiles : sujet en mouvement rapide, ours blanc sur fond de banquise, skieur à contre-jour ou monument tout juste éclairé par quelques spots de lumière. Si vous aimez la photo d'action ou si vous ne vous y êtes jamais risqué par crainte de ne pas savoir maîtriser la technique, ces appareils sont faits pour vous.
Évidemment, l'autofocus sera débrayable. Pour photographier en ambiance sombre ou encore pour jouer avec la netteté des différents plans. Quant à la mesure intelligente de la lumière, elle est souvent couplée avec un programme d'exposition qui calcule seul le meilleur couple diaphragme-vitesse, parfois en privilégiant les vitesses rapides ou, au contraire, une profondeur de champ maximale. Là aussi, débrayage indispensable pour réaliser des effets spéciaux, corriger un éclairage dans une direction non-prévue par l'ordinateur de bord ou choisir soi-même ses paramètres. Le second mode d'exposition essentiel est donc un semi-automatisme qui permet de sélectionner soi-même vitesse et diaphragme depuis le viseur sur la base des indications fournies par la cellule.
En deux modes d'exposition, on a fait la tour du propriétaire. Ceux-là sont obligatoires, et le reste pourrait presque passer pour superflu. Mais il vous faudra encore une visée claire qui affiche tous les paramètres d'exposition (diaphragme, vitesse et, accessoirement, nombre de vues). Enfin, l'exposition doit être calculée en fonction de la sensibilité du film. Là encore, le codage DX des cartouches de pellicules facilite les manipulations, mais on doit pouvoir aussi afficher manuellement la valeur ISO pour apporter une correction ou pour pousser un film.
Des fonctions essentielles
Voilà pour les possibilités de base. Se rajoutent à cela des fonctions plus spécialisées. Ainsi, il peut s'avérer intéressant de disposer d'une mise en mémoire de l'exposition et/ou de la mise au point, nécessaires dès lors que l'on veut éviter de centrer le sujet dans l'image. La touche de contrôle de la profondeur de champ est également utile pour mesurer la zone de netteté en fonction d'un diaphragme donné. Et je ne ferai qu'évoquer les commandes dédiées à des usages moins courants : « relevage » manuel du miroir, viseurs ou verres de visée interchangeables, retardateur, correcteur d'exposition, touche de surimpression, etc.
Deux accessoires sont parfois incorporés au boîtier : le moteur et le flash. L'intérêt du premier est surtout de pouvoir suivre une scène sans avoir besoin de décoller l'oeil du viseur pour réarmer. Car les cadences rapides du moteur (jusqu'à quatorze images à la seconde) n'intéresseront véritablement que les photographes de sport puisqu'elles font consommer énormément de pellicule. Quant au petit flash, il a essentiellement une fonction de dépannage en raison de sa portée limitée. Mais sa présence est bienvenue lorsque l'on n'a pas envie de transporter une sacoche pleine de matériel.
Les flashes indépendants, utilisés en relation avec des vitesses rapides de synchronisation autorisent aujourd'hui toutes les fantaisies, telles que le débouchage de contre-jours, l'appoint de lumière et autres effets de filés. Et ce, en affranchissant le photographe des manipulations compliquées, puisque c'est le boîtier qui pilote les automatismes. Un atout indéniable pour tout ceux qui veulent oublier les calculs et photographier sans avoir recours au mode d'emploi.
Il n'y a pas de mauvais outil
Les quatre principaux fabricants (Canon, Minolta, Nikon et Pentax) proposent au moins un reflex autofocus programmé et débrayable. Chaque marque ayant développé son propre système d'optique et d'accessoires, c'est en fonction de l'étendue de cette gamme et de vos besoins propres que vous déterminerez le modèle qui vous convient le mieux. Il faut le répéter : il n'y a pas de mauvais outil. Du point de vue de la qualité, la plupart des boîtiers actuels se tiennent dans un mouchoir de poche. Tout au plus dira-t-on que les appareils haut de gamme sont plus polyvalents et résisteront mieux à des conditions difficiles de prise de vues. Si vous en avez les moyens, n'hésitez donc pas à choisir parmi ces derniers, car ils sauront se plier à toutes vos exigences.
Mais si vous avez repéré l'appareil de vos rêves et que vous ne pouvez pas vous le payez tout de suite, ne désespérez pas. Vous êtes un vrai passionné. Chez le même fabricant, optez pour un modèle moins onéreux répondant aux caractéristiques précédemment évoquées. Lorsque vous pourrez vous offrir le reflex haut de gamme, votre « petit » modèle fera fonction de second boîtier, et surtout, assurera la cohérence de l'ensemble de votre équipement de prise de vues. On ne compte plus les photographes qui ont démarré ainsi.
Cette manière de faire, rationnelle, est celle qui permet d'investir intelligemment en tenant compte du long terme. Mieux vaut parfois se passer d'un objectif supplémentaire, pour acquérir le boîtier qui vous fait envie. Car utiliser un appareil photo, c'est aussi vivre une histoire d'amour. Je ne me séparerai jamais de mon bon vieux reflex mécanique, parce que ses plaies et ses bosses sont autant de traces des aventures que nous avons vécues ensemble. Ce boîtier-là est devenu plus qu'un outil. Vous avez dit « sentimental » ?
Reproduction possible avec autorisation écrite de l'auteur.
© Pascal Kober
Écrire à Pascal Kober