COMPACTS

Où notre héros choisit l'un de ces appareils discrets, légers, rapides et efficaces, qui ont l'art de passer inaperçus...

En voyage, le compact sait jouer au père peinard de la photo-souvenir. Mais il rend aussi bien d'autres services. Son premier atout : la discrétion. Une qualité appréciée à l'étape, lorsque l'on préfère n'emporter qu'un poids plume pour la dernière petite virée nocturne. Ou encore en ville, quand vous hésiterez à vous charger d'une lourde sacoche pour un court déplacement. Car comme par hasard, c'est justement au moment où vous aurez décidé de laisser cette dernière à l'hôtel, que la scène à photographier se déroulera. Le compact est l'appareil de tous les instants. Celui que l'on emporte toujours et partout. Pour ne rater aucune occasion de fixer les moindres murmures de la planète.

Votre hôte, quant à lui, vous saura gré de ne pas arriver déguisé en reporter pour le repas auquel il vous a convié. Vous vous imaginez pénétrer sous la tente targuia, en veste multipoches, la poitrine bardée de reflex ? Un compact dans le sac remplacera avantageusement cet attirail. Et lorsqu'en fin de soirée, accepté par l'assemblée, vous sortirez votre minuscule appareil, on ne vous reprochera pas de faire quelques photos de famille.

Très vite, vous vous prendrez au jeu. Votre consommation de pellicules va grimper. Parce qu'on ne photographie plus de la même façon. Déclencher devient un acte ludique et tout sera prétexte à appuyer sur le bouton. Pour voir. Pour le souvenir. Le compact est un fantastique carnet de voyage. Pour tout noter, tout surprendre, et garder, au quotidien, la trace de vos découvertes et de vos errances.

Utilisé en complément d'un reflex, cet appareil de poche représente aussi une garantie : celle de disposer à tout moment d'un second boîtier en cas de panne de votre équipement ou de pouvoir réaliser des images lorsque l'on hésite à emporter du matériel de valeur. Sur la descente d'un torrent ou à l'occasion d'une balade en barque, au sommet de l'Everest ou sur une aiguille de Chamonix. Bref, chaque fois qu'un reflex risque de souffrir ou de vous faire souffrir.

Investir intelligemment

Malgré ces atouts, le compact est loin d'être aussi performant qu'un reflex. Si la qualité de certains s'en approche, d'autres, il faut bien le dire, sont d'infâmes boîtes à images. Choisir un compact, c'est donc, avant tout, séparer le bon grain de l'ivraie. La photo en voyage ne se satisfait pas de l'à peu près. On ne dépense pas plusieurs milliers de francs dans une randonnée à l'autre bout du monde ou un séjour dans les îles, pour en ramener des images floues ou surexposées, fussent-elles de simples souvenirs.

Il faut donc bien cerner ses besoins, car en choisissant au coup de coeur, le risque est grand de tomber sur un mauvais numéro. Qualité optique déplorable, exposition non-contrôlée, flash inefficace, toutes les marques, y compris les plus prestigieuses, se laissent aller à fabriquer des appareils photo qui ne méritent pas ce nom.

Même chargés avec de la pellicule négative qui accepte pourtant beaucoup d'erreurs, les formats Disc, 110 ou 126, et les 24 X 36 ou les APS à mise au point fixe, ou exposition non-programmée ne devraient jamais passer un portillon d'aéroport car ils ne délivrent que des images médiocres.

Bien choisir son compact

Pratiquement tous les modèles sont équipés d'un moteur et d'un flash. La motorisation ne sert qu'à faciliter le chargement de la pellicule. Le flash, en revanche, est un vrai progrès, même si sa portée et sa couverture sont loin d'égaler celles de ses grands frères. Lorsqu'il est intégré, il évite d'avoir à transporter un accessoire supplémentaire ou une réserve de pellicules sensibles. Certains compacts disposent même de fonctions telles que le dosage flash-lumière naturelle, pour éclairer un modèle à contre-jour ou encore la mise en service automatique du flash avec un temps de recharge très court. Idéal pour les instantanés réalisés à l'improviste. Revers de la médaille : l'appareil est souvent alimenté par une pile lithium, plus onéreuse et surtout plus difficile à trouver lorsque l'on est loin de tout. Si vous voyagez dans des contrées éloignées, préférez donc un compact qui accepte les piles courantes de type AA.

Sur certains modèles, le flash peut être déconnecté afin de réaliser des poses longues. Indispensable pour des images sur trépied, de nuit ou dans des musées. Vous devrez alors utiliser des pellicules rapides (ISO 400 et plus). Mais les compacts qui détectent le code DX des films depuis ISO 25 jusqu'à ISO 3200 sont rares. Généralement, ce sont aussi les plus performants, car leur gamme de vitesses d'obturation est plus étendue. Ainsi, les appareils bas de gamme sont-ils incapables de figer le mouvement. Un gros handicap pour la photo d'action.

Autre critère à prendre en compte : la distance minimale de mise au point, qui peut aller de trente centimètres jusqu'à un mètre trente. L'un saura réaliser des gros plans, alors que l'autre sera incapable de prendre le moindre portrait serré. Dernière caractéristique importante : la légèreté. Certains modèles s'éloignent de la philosophie compact. Trop lourds ou trop gros pour être mis dans une poche, alors même que c'est là leur vertu essentielle.

Des caractéristiques étonnantes

Ces critères de choix délimitent une première sélection d'une vingtaine d'appareils. Le choix final dépend maintenant de certaines fonctions uniques, parfois des gadgets mais souvent des atouts, qui vous faciliteront la vie. La plus importante de ces caractéristiques concerne la focale de l'objectif. Du classique 35 mm au zoom de grande amplitude, en passant par les « bifocaux », la gamme est large. Si le compact vient compléter un autre boîtier, choisissez plutôt un appareil à focale fixe, léger et moins encombrant. Vous réserverez les portraits à votre équipement reflex. Sinon, préférez un modèle plus polyvalent, en vérifiant que les focales extrêmes sont suffisamment différenciées. Rien ne sert, par exemple, de cumuler 35 et 55 mm.

Les utilisateurs de compacts autofocus obtiennent encore trop souvent des photos floues pour avoir oublié de placer le sujet dans la zone centrale du viseur. Mais la mémorisation de la mise au point permet de « décadrer » tout en conservant la netteté. Une commande indispensable, sauf si l'appareil est doté d'une analyse intelligente de la mise au point, qui détecte seule, la distance à laquelle se trouve le sujet principal. Enfin, une technologie identique permet de mesurer la lumière de manière plus efficace et de corriger automatiquement les images difficiles.

Mais les compacts sont aussi dotés de fonction étonnantes. Ainsi, au chapitre des curiosités, la télécommande permet le déclenchement à distance et ravira les photographes animaliers qui pourront cadrer sans danger la gueule du lion en très gros plan, ainsi que les amateurs sportifs de photos insolites qui accrocheront leur boîtier au bout de l'aile de leur delta-plane. Le viseur de poitrine, quant à lui, permet de déclencher discrètement tout en gardant l'appareil sur le ventre ou encore de photographier par dessus une foule.

Le carnet de bord du grand voyageur

Il est temps maintenant de penser aux images. Votre compact sera chargé avec du négatif couleur ISO 200 ou 400 qui tolère certaines erreurs d'exposition et force l'appareil à utiliser des vitesses plus rapides, intéressantes pour figer le mouvement. Seuls quelques modèles très performants permettent d'utiliser de la pellicule diapo, mais il faudra toutefois éviter de cadrer des sujets présentant des contrastes trop importants.

Jetez maintenant un oeil neuf sur le monde et contentez-vous de déclencher. Le compact offre la possibilité de réaliser de bonnes photos sans avoir à se préoccuper de technique. Le jeu consiste à être toujours prêt, sans pour autant passer pour un voyeur, là où on se méfierait d'un photographe harnaché de plusieurs reflex. Le compact, au contraire, est un passeport pour le sourire.

Il ne faut pas hésiter à faire de la photo-souvenir. C'est la fonction carnet de voyage, adoptée par les professionnels qui se sont eux aussi ralliés à cette manière de faire. En clair, apprendre à sortir l'appareil chaque fois qu'une scène vous titille l'index. Elles sont, vous le verrez, fort nombreuses.


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© Pascal Kober


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