OBJECTIFS

Où notre héros change son point de vue sur le monde d'un simple geste de la main, grâce aux optiques interchangeables...

Vous ne disposez que d'un classique 50 mm et vous rêvez devant les téléobjectifs que les professionnels baladent sur les stades ? Avant de compléter cet équipement, êtes-vous pourtant bien sûr d'avoir exploité toutes les richesses de votre focale normale ? Car l'objectif ne fait pas la photo. Lorsque votre sacoche débordera d'optiques, vous risquez de ne plus avoir envie de forcer l'originalité du regard, sachant que l'effet est à portée de main en changeant simplement d'objectif.

Pourtant, le 50 mm est une formidable école. L'une de ces focales ingrates qui oblige à ouvrir l'oeil. En paysage, un 50 mm utilisé en forte plongée avec une profondeur de champ maximale, créera de lui-même une perspective proche de celle du grand-angle. Inversement, en portrait, une faible ouverture de diaphragme accentuera l'effet téléobjectif. Voici donc la première leçon, modeste : redécouvrir l'objectif standard.

À louer, 18 mm, vue exceptionnelle

Il faut ensuite s'interroger sur vos besoins réels, car lorsque vous serez équipé d'une gamme complète, il sera trop tard pour en préférer une autre, étagée différemment. Afin d'y voir plus clair, on peut découper la plage des focales en six groupes.

Le premier comprend les ultra-grands-angles, du 6 au 20 mm. Des objectifs réservés à des usages spéciaux, comme ces fish-eyes dont l'angle de champ est de 180° et qui donnent une image ronde. Leur prix est à la (dé)mesure de leurs particularités. Pensez alors à la location en cas de besoins ponctuels. En revanche, les 18 et 20 mm feront le bonheur des amateurs de grands espaces. Certains d'entre eux n'entraînent aucune déformation de l'image et remplaceront un grand-angle traditionnel pour qui se sentirait à l'étroit dans la catégorie suivante.

Celle-ci regroupe les 24, 28 et 35 mm, classiques du grand-angle. Si vous avez une préférence marquée pour ces objectifs qui élargissent le champ de vision, vous sélectionnerez deux focales courtes : 18 et 28, ou 24 et 35 mm. Le choix d'un grand-angle est souvent affaire de feeling. N'hésitez pas à les essayer, quitte à les louer tous pour un week-end avant de vous décider.

Dans la troisième catégorie (45 à 58 mm), vous trouverez les objectifs les plus lumineux, ceux qui vous éviteront parfois d'utiliser le flash, car ils laissent passer la plus infime des lumières. Mais on rencontre aussi des optiques de ce type dans d'autres focales : 1,4/24, ou 1,4/85 mm, par exemple. Cependant, le faible prix de l'objectif standard permet de se constituer un équipement de base à peu de frais.

Le quatrième groupe est celui des petits téléobjectifs, de 85 à 135 mm. Des optiques recherchées pour le portrait ou même le paysage lorsqu'il s'agit d'isoler une scène ou lorsque l'on ne peut pas approcher le sujet. Pour le choix d'une focale dans cette catégorie, prenez aussi en compte la cinquième famille, celle des 180 et 200 mm.

Concrètement, choisissez un 85 et un 180 mm si vous ne voulez pas de 50 mm. Mais dans la mesure où vous avez déjà une focale standard, complétez-la plutôt par un doubleur et un 200 mm. Ce dernier objectif est indispensable, notamment pour la photo de spectacle. On trouve dans cette catégorie, quelques-uns des meilleurs téléobjectifs lumineux à des prix encore abordables.

Enfin, la sixième et dernière gamme englobe tous les super-téléobjectifs de 300 mm et plus. Ils intéresseront les amateurs de sports ou de photo animalière et tous ceux qui ne craignent pas d'alourdir leur sacoche. Car il s'agit, là aussi, d'optiques très spécialisées qui répondent à des besoins précis. Encore que l'on peut très bien imaginer de jouer l'originalité en ne photographiant le paysage qu'au 400 mm.

Zooms ou focales fixes ?

La gamme idéale comprendrait donc les objectifs suivants : 20, 24, 28, 35, 50 macro, 85, 135, 200, et 300 mm ! Pourtant, le tout peut être remplacé par trois zooms : 20-35, 35-105, et 100-300 mm. Gain de poids, d'encombrement, de prix et plus grande facilité d'utilisation. Certes. Mais dans la première hypothèse, vous trouverez des optiques ouvrant à 1,4, voire 1,2. Dans la seconde, pas un zoom ne descend, dans le meilleur des cas, en dessous de 2,8. Différence : deux diaphragmes. Soit, dans des conditions de prises de vues difficiles, l'obligation d'utiliser une pellicule sensible (ISO 400) au lieu d'une ISO 100 et une perte de qualité dans le rendu de l'image.

En outre, la mise au point minimale d'un zoom descend rarement en-dessous de celle de sa focale la plus longue. Autrement dit, le 100-300 mm permet de photographier à partir de trois mètres. Pas de problème à 300 mm, mais il est regrettable de ne pouvoir cadrer un visage en gros plan à la focale 100 mm.

Les zooms de bas de gamme doivent donc être fortement déconseillés, car leur qualité optique est souvent déplorable. Mieux vaut en effet deux focales fixes peu onéreuses qu'un zoom à trois sous. Seuls les modèles de haut de gamme sont, en ce qui concerne le piqué, pratiquement aussi performant que les focales fixes. Il en existe deux formules : les modèles à deux bagues (mise au point et changement de focale), plus précis pour le réglage de la distance, et ceux à pompe sur lesquels la même bague cumule les deux fonctions par un mouvement de rotation et de translation.

En conclusion, si vous êtes plutôt perfectionniste, que vous opérez souvent en lumière faible ou avec des films peu sensibles et que vous aimez cadrer très serré, choisissez les focales fixes. En revanche, pensez zoom si vous voulez voyager léger et si vous pratiquez la photo d'action.

Une gamme d'objectifs idéale

Un 20 mm très lumineux, un zoom « trans-standard » (type 28-70 mm) de très bonne qualité et un 2,8/180 ou 200 mm. Une formule qui a ma préférence, même si l'addition risque d'en faire reculer plus d'un. Mais la gamme est complète et particulièrement polyvalente. Et parfois, mieux vaut s'équiper progressivement, en exploitant au maximum les ressources de chacune de ces optiques.

Mais il faut encore surveiller quelques petits détails auxquels on accorde rarement l'importance qu'ils méritent. Ainsi, ne choisissez jamais un objectif de manière isolée, mais pensez toujours à l'aspect gamme, car une sélection doit aussi tenir compte de vos besoins futurs.

Vérifiez ensuite le diamètre des filtres utilisables. Certains fabricants tentent d'unifier cette dimension sur la majorité de leurs objectifs, ce qui évite de racheter un jeu complet de filtres pour chaque optique. Dans certains cas, une hiérarchie basée sur le prix peut ainsi basculer au bénéfice de l'objectif le plus cher, si vous devez racheter un polarisant qui coûte plusieurs centaines de francs.

Enfin, regardez le sens de rotation des bagues de diaphragme, de changement de focale et de mise au point. Si la gamme est homogène, l'infini, l'ouverture minimale et la plus longue focale seront toujours situés du même côté, quel que soit l'objectif en service. Les reporters savent que cette petite coquetterie a son importance lorsque l'on suit un personnage en mouvement rapide et que l'on n'a pas le temps de tâtonner.

Des besoins très spécifiques

Quelques objectifs sont conçus pour des usages spécifiques. Il en est ainsi des optiques macros, calculées pour donner le meilleur d'elles-mêmes aux distances de mise au point les plus courtes. Peu lumineuses, elles s'adressent aux adeptes des petites fleurs ou des insectes en gros plan. Si cette activité n'est qu'occasionnelle, on pourra se contenter de la position macro du zoom, ou de quelques bagues-allonges qui s'intercalent entre le boîtier et l'objectif.

Les modèles à décentrement sont destinés à redresser des perspectives déformées en décalant l'axe de prise de vues. Surtout utilisés par les photographes d'architecture qui n'ont pas toujours le recul suffisant pour photographier sans déformation, ces objectifs sont, eux aussi, moins lumineux et beaucoup plus chers que les focales normales qu'ils remplacent.

Les téléobjectifs catadioptriques, ou objectifs à miroirs, offrent un gain de poids et de taille très important par rapport aux longues focales classiques. Ainsi, l'encombrement d'un 250 mm est à peine plus élevé que celui d'un classique 50 mm. Revers de la médaille, ils n'ont qu'une ouverture de diaphragme fixe, généralement assez faible (8 pour un 500 mm), et présentent un manque de définition ainsi qu'un obscurcissement assez important des coins de l'image (phénomène du vignetage).

Les atouts du doubleur de focale

Un accessoire suscite bien des polémiques. Le doubleur de focale permet effectivement de transformer un 200 mm en 400 mm. Mais cette pièce rapportée sur ce petit bijou de construction optique qu'est l'objectif, entraîne toujours une baisse de qualité. En outre, il fait perdre deux valeurs de diaphragme : un 2/50 mm muni d'un doubleur devient un 100 mm qui n'ouvre plus qu'à f/4. À son avantage : la légèreté et le fait qu'il conserve la distance minimale de mise au point, autorisant ainsi des cadrages plus serrés.

Un doubleur ou un multiplicateur de focale ne doivent être montés que sur des objectifs de très bonne qualité, lumineux et de focale fixe égale ou supérieure à 50 mm. Surtout, ne les associez jamais avec un zoom, car le résultat serait désastreux. Dans ma formule idéale, le doubleur permettrait donc de transformer le 2,8/200 mm en 5,6/400 mm, ce qui représente une alternative intéressante pour les adeptes occasionnels de la photo animalière ou ceux qui souhaitent aller chercher un sujet inaccessible par d'autres moyens (détail d'architecture haut perché, sportif en action, etc.). Dans ce contexte-là, le doubleur joue parfaitement son rôle, en évitant l'achat d'une très longue focale lourde et onéreuse, à l'usage trop ponctuel.

Des optiques de chambre

Enfin, il faut conclure en évoquant les objectifs de projection et d'agrandissement. À quoi servirait d'acheter une optique qui coupe les cheveux en quatre si c'est pour agrandir le noir et blanc sur un agrandisseur doté d'un infâme cul de bouteille ou visionner des diapositives au travers de cette succession de lentilles en plastique qui équipent la plupart des projecteurs ?

Vos photos méritent mieux que ces produits réalisés à l'emporte-pièce. Si vous en avez l'usage, choisissez donc ces objectifs avec la même rigueur que lorsque vous avez composé votre gamme d'optiques de prise de vues. La photo est une chaîne dont le maillon le plus faible conditionnera la qualité finale de vos images.


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© Pascal Kober


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