FILMS
Où notre héros se constitue une panoplie de pellicules pour mettre en images un univers constitué d'un arc-en-ciel de tons...
La sélection du photographe migrateur ? Deux types de films. Pas un de plus. Concrètement, cela ne signifie pas restreindre sa consommation de pellicules, mais plutôt affiner sa sélection. L'erreur majeure consiste à s'encombrer d'un panachage de divers films dont la moitié ne serviront pas. Vous emporterez donc une pellicule peu sensible (entre ISO 50 et ISO 100) pour la photo courante et une rapide (ISO 400 ou plus) pour les images d'action et les ambiances peu éclairées. Si vous êtes équipé de deux boîtiers, chacun d'eux pourra être dédié à un type de film. Dans le cas contraire, il faudra rebobiner la pellicule chaque fois que vous voudrez en changer.
Les films couleurs se divisent en deux grandes catégories aux caractéristiques très différentes : la diapo et le négatif. Votre sélection sera exclusive. Si vous préférez la diapo, n'emportez pas de négatif (et inversement), car leurs réactions ne sont pas les mêmes. Mieux vaut connaître un film sur le bout des doigts plutôt que de papillonner entre plusieurs procédés imparfaitement maîtrisés.
La polyvalence du négatif
Le négatif est la pellicule de ceux qui ne veulent pas s'embarrasser de technique. Il tolère en effet mieux les erreurs d'exposition que le film inversible (de - 2 à + 3 diaphragmes, contre - 1/2 à + 1 pour la diapo). Mais aucune pellicule ne peut restituer des écarts de contrastes importants. Ainsi, à Damas, pour cette vue en enfilade d'une rue ombragée débouchant sur une place ensoleillée, il vous faudra choisir : favoriser l'exposition de l'arrière-plan (la rue sera alors très sombre) ou l'inverse.
Avec une pellicule négative, on peut faire confiance à la mesure automatique de l'appareil. En diapo, il faut être plus prudent, car le petit carré de gélatine que l'on passe dans le projecteur est celui-là même qui se trouvait dans l'appareil au moment de la prise de vues. Seule étape intermédiaire : le laboratoire, qui ne pourra apporter aucune modification, sauf à corriger toutes les photos d'un même film.
Autre atout du négatif : une sensibilité moindre aux différences chromatiques. En diapo, un éclairage domestique dans un intérieur donnera des tons chauds, et des néons se traduiront par une dominante verdâtre. Parce qu'il est corrigé au moment du tirage, le négatif permet d'atténuer ces nuances. Il est donc d'un emploi plus universel.
Choisir une marque et un type de film relève d'appréciations personnelles. Untel préférera des couleurs qui claquent plutôt qu'une certaine neutralité. Tel autre appréciera la douceur de rendu et oubliera le grain. Aucune pellicule n'est mauvaise, mais chacune a sa personnalité et ses sujets de prédilection. Ainsi, un film au rendu plutôt chaud conviendra à des photos à l'ombre ou par temps gris.
Éliminez d'emblée les films ISO 200 qui ne sont ni suffisamment sensibles, ni assez fins. Pour choisir parmi les ISO 100, vous vérifierez l'équilibre des couleurs, la finesse du grain, le contraste et la tolérance aux erreurs d'exposition de chaque pellicule du marché. En ce qui concerne les pellicules sensibles, vous opterez pour un ISO 800 à 1 600 si vous déclenchez souvent dans des intérieurs très peu éclairés. Sinon, contentez-vous d'un ISO 400 qui tolérera parfois un petit écart d'exposition.
Diapo : le choix des pros
La diapositive est une pellicule plus exigeante qui oblige à soigner les mesures de lumière. À la moindre erreur, le document sera inutilisable, surtout en surexposition, lorsque l'image est délavée. Pourtant, l'inversible est la pellicule des pros. Parce qu'elle se développe en deux heures, qu'on la retrouve souvent sur les tables lumineuses des éditeurs et des magazines et qu'elle présente quelques avantages sur le négatif.
Un film inversible peut en particulier être poussé. Si la lumière vient à manquer, affichez une sensibilité double ou quadruple et exposez tout le film pour cette nouvelle valeur en n'oubliant pas de le signaler au laboratoire. Cette recette est un pis-aller, car elle entraîne une augmentation du contraste et du grain, un déséquilibre de la balance des couleurs et une perte de détails dans les hautes et les basses lumières. Mais enfin, mieux vaut parfois une photo dure, peu piquée et avec une dominante, que pas de photo du tout.
Pour cette raison, choisissez comme film sensible l'un des ces inversibles très rapides dont la polyvalence est remarquable. Utilisés idéalement à ISO 800, ils ne rechigneront pas à donner des résultats exploitables à ISO 400 (avec un contraste plus faible) ou même vers les sensibilités extrêmes (ISO 3200, voire 6400).
En basse sensibilité, optez pour un ISO 100 ou, mieux, un ISO 50 si vous disposez d'optiques lumineuses ou si vous partez pour un pays du soleil. Enfin, certains films sont réservés à des usages spécifiques. L'inversible est en effet calibré pour une utilisation sous un certain type de lumière. Si vous devez réaliser souvent des images en éclairage artificiel sans flash, il sera nécessaire d'emporter des films équilibrés tungstène. Mais dans le cas où ces sujets sont marginaux, mieux vaut utiliser une pellicule traditionnelle et un filtre 80 A.
Réponses à de bonnes questions
Films pros ou films amateurs ? Les premiers sont vendus à maturité avec un contraste à peine plus faible et un équilibre chromatique tirant légèrement vers le jaune. En effet, toute pellicule évoluant dans le temps, si sa date de péremption est lointaine, son rendu tendra vers le vert. Plus on se rapproche de cette date et plus la dominante sera chaude. Si vous partez longtemps ou dans des pays tropicaux, emportez donc plutôt des pellicules amateurs. Pour un voyage court où vous pourrez contrôler les conditions de conservation de vos émulsions, choisissez des films pros.
Combien de bobines ? Mieux vaut acheter un lot de pellicules homogènes avant le départ que de se fournir au jour le jour dans les boutiques locales. D'autant qu'à l'étranger, vous pourriez avoir des problèmes avec des films de technologie ancienne (développement E4 en Russie par exemple). Faites donc une estimation plutôt haute pour ne pas être pris au dépourvu. Un moyenne de deux à trois films par jour peut être considérée comme une bonne base pour un photographe passionné (alors que la consommation courante est de quatre par an !).
Et le stockage ? La pellicule est un support très fragile, sensible aux rayures et aux mauvaises conditions de conservation. Dans les pays tempérés, mais seulement dans ces derniers, utilisez des boîtes de diapos, moins encombrantes que les containers originaux, pour ranger cinq à six bobines. Vous aurez toujours trois boîtes à portée de la main : films lents, films sensibles, et films exposés.
En partance pour le désert, les pays arctiques ou les tropiques ? Gardez alors précieusement les boîtes cylindriques étanches qui protégeront vos pellicules contre la poussière et l'humidité. Pour lutter contre cette dernière, on peut aussi utiliser du gel de silice vendu chez les fournisseurs de produits chimiques. Pour un volume de quatre litres et une vingtaine de films, on préconise quarante grammes de gel de silice qui feront passer l'humidité relative de 90 à 45 %. Mais attention alors à l'effet inverse qui peut provoquer un dessèchement de l'émulsion.
Contre la chaleur, un bagage souple isotherme offre une bonne protection. Si vous pouvez y glisser de temps à autre quelques pains de glace, vos films ne craindront plus les températures extrêmes. Mais vérifiez alors la bonne étanchéité des boîtes ou emballez le tout dans un sac en plastique étanche.
Enfin, par grand froid, le principal ennemi est la condensation. Après avoir passé dix heures en raquettes sur les neiges des steppes lapones, évitez de recharger votre appareil dans la douce chaleur du refuge. Laissez plutôt le film dans sa boîte en attendant qu'il revienne à la température ambiante.
L'impact de la radioactivité
Vous allez maintenant devoir passer sous le portillon de l'aéroport. Vos sacs, eux, subiront l'épreuve des rayons X et les films n'aiment pas du tout ça, car les émulsions très sensibles peuvent être voilées. Dans la mesure du possible, essayez de passer les pellicules en bagages à main, dans une boîte transparente qui permettra au douanier de vérifier qu'il n'y a là rien de frauduleux. Sinon, protégez-les dans un emballage en plomb.
Notez cependant que le fonctionnaire méticuleux peut augmenter la puissance des rayons pour percer les secrets de ce sac plombé, réduisant ainsi à néant tous vos efforts. L'expérience montre que les machines des grands aéroports ne sont pas dangereuses. Il n'en va pas de même si vous cumulez les passages ou si vos films passent par les rayons X mal réglés ou mal utilisés de quelque aérodrome de seconde zone.
Tout savoir des ISO, des diaphragmes et des températures de couleur, c'est aussi pouvoir les oublier. Et ne pas laisser les considérations techniques prendre le pas sur le grand départ. Car la photo, c'est d'abord un sujet et le regard du photographe sur ce sujet. Alors seulement, les images que vous ramènerez de vos escapades seront le parfait reflet de vos coups de coeur.
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© Pascal Kober
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