CONTRÔLE
Où notre héros réalise un bilan de l'état de son matériel avant le départ, pour être à l'abri de toute mauvaise surprise...
Ce n'est pas un hasard si le National Geographic entretient à grands frais un service spécialisé dans l'entretien de l'équipement de ses photographes. Pas un hasard non plus si le magazine américain impose à ses reporters de faire réviser tout leur matériel au retour de chaque mission.
Les pannes réelles sont rares. Mais rares ne signifiant pas inexistantes, c'est souvent lorsque le besoin de déclencher se fait le plus pressant que l'équipement déclare forfait. Vous ne pouvez pas guérir ? Essayez donc de prévenir en établissant vous-même un diagnostic. Dans le cas où vous décèleriez un mauvais fonctionnement, les petits tests qui suivent seront d'un grand secours au technicien qui interviendra en aval.
En premier lieu, vérifiez le bon état des piles qui alimentent le boîtier. Le dos ne doit présenter aucun jeu. Examinez l'état de la charnière et des feutres noirs qui protègent le film de toute entrée de lumière. En ouvrant le dos, vous pourrez observer l'obturateur. Pour vérifier qu'il est étanche, pointez l'appareil en direction d'un éclairage assez fort. Ne touchez surtout pas aux fragiles lamelles car le moindre choc pourrait avoir des conséquences sur la précision des vitesses d'obturation.
Ça n'arrive pas qu'aux autres
Sur l'objectif, les bagues de mise au point et de diaphragme doivent tourner sans à-coup, le crantage des valeurs être net et la position automatique s'afficher facilement. Lorsque le diaphragme est fermé, les lamelles dessinent un polygone régulier. Enfin, contrôlez l'état des lentilles frontale et arrière. Des caractéristiques comme le vignetage, la distorsion et le calage de la mise au point se contrôlent de visu. Pour la première, visez un ciel sans nuage. À la plus grande ouverture, les coins de l'image ne doivent pas être plus sombres que le centre. Ce défaut des objectifs bas de gamme ne se corrige qu'en diaphragmant.
Vous mesurerez la distorsion en cadrant une ligne droite au bord de l'image. Celle-ci ne devra pas être incurvée. Encore un défaut incorrigible qui affecte les grands-angles et les zooms de forte amplitude à leurs focales extrêmes. Les paysages ne s'en ressentiront pas, sauf si l'horizon est placé très bas ou très haut, mais évitez les photos d'architecture avec cet objectif. Enfin, le calage de la mise au point se contrôle en positionnant la bague sur l'infini, et en s'assurant que les détails lointains sont nets. Dans le cas contraire, faites réviser votre optique.
Une aide au diagnostic
Ces petites vérifications, réalisables sur un boîtier reflex 24 X 36, n'ont pas de valeur scientifique. Mais mises en oeuvre avec un film dans l'appareil, elles permettent de mesurer concrètement l'importance du défaut. À quoi servirait de corriger une erreur d'exposition d'un quart de diaphragme si vous ne photographiez qu'en négatif ? Ou de changer d'objectif parce que le vôtre vignette légèrement alors que cela reste invisible à l'image ?
La précision de la mesure de l'exposition, des vitesses d'obturation et du diaphragme, se teste appareil chargé. Utilisez de l'inversible ISO 100 qui ne pardonnera aucune faute, ainsi qu'un trépied pour éviter les vibrations et conserver le même cadrage d'un paysage sous un ciel légèrement couvert. Mesurez la lumière, et déclenchez plusieurs fois en variant légèrement les paramètres par rapport à l'indication de la cellule. La photo exposée suivant la mesure du boîtier doit être bien exposée. Sinon, la cellule est déréglée. Au-delà d'un demi-diaphragme d'erreur, il faut la faire réviser.
Réalisez ensuite une série d'images en changeant conjointement diaphragme et vitesse (f/5,6 au 1/250 s, f/8 au 1/125 s, f/11 au 1/60 s, etc.). Ce test doit être fait avec chaque objectif en utilisant toutes les valeurs possibles, soit une dizaine de photos par objectif. Toutes devront avoir la même densité. Dans le cas contraire, le diaphragme ou l'obturateur doivent être vérifiés. Si le problème disparaît en changeant d'optique, c'est le diaphragme qu'il faut mettre en cause. S'il persiste, c'est l'obturateur qui est déréglé.
Garanties illimitées
Voilà le check-up de votre équipement terminé. Mais peut-être ne souhaitez-vous pas vous astreindre à ces petites manipulations. Voyez alors un réparateur équipé d'un testeur qui, pour un coût modeste, réalisera ces mesures rapidement, avec fiabilité et précision. Cela ne vous met pas à l'abri de la panne en plein désert. Mais vous partirez au moins avec la conscience tranquille et pourrez, sauf mauvais traitements en cours de voyage, reporter la responsabilité d'un coup dur sur le fabricant.
Ce dernier est tenu à deux garanties. La première, légale vous met à l'abri des vices cachés qui rendraient un équipement inutilisable ou en réduiraient l'usage. Elle est obligatoire, non-limitée dans le temps, mais ne s'applique que dans certaines conditions. Le défaut doit être notamment invisible et antérieur à la vente. Ainsi, avant l'achat, vous devez par exemple vérifier que le dos s'ouvre correctement. En revanche, son manque d'étanchéité à la lumière est un vice caché qui permet de réclamer le remboursement total ou partiel de votre achat, de négocier un échange ou une réparation gratuite. Des dommages et intérêts peuvent même être accordés si le vendeur est jugé de mauvaise foi ou si vous avez subi un préjudice du fait de ces défauts.
La garantie contractuelle, quant à elle, s'ajoute à la première. Elle n'est pas obligatoire et ne peut en aucun cas apporter des limitations à la garantie légale. Elle permet, selon les contrats, de bénéficier d'un équipement de remplacement en cas d'immobilisation du vôtre ou de se faire rembourser un matériel volé. Sa durée et son étendue sont variables en fonction des constructeurs.
Avant d'en arriver à ces dernières extrémités, il faut savoir que les vraies pannes sont exceptionnelles, car le matériel photo est généralement fiable. Au lieu d'incriminer le constructeur pour un petit problème anodin, mieux vaut parfois jeter un coup d'oeil sur... le mode d'emploi. C'est la rançon d'une certaine complexité de fonctionnement des appareils, encore accrue par l'étendue de leurs possibilités. Mais les problèmes seront d'autant plus rares que vous prendrez soin de votre équipement pour sécuriser votre future échappée belle.
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© Pascal Kober
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