PAYS CHAUDS

Où notre héros arpente les sables du désert et les forêts tropicales, en protégeant son matériel contre les coups de soleil...

Les contraintes sont radicalement opposées suivant que l'on opère par grand froid ou sous un soleil de plomb. Il faut d'ailleurs distinguer deux types de régions chaudes : les zones tropicales à forte hygrométrie et les pays à atmosphère sèche. Dans l'un et l'autre cas, les agressions naturelles contre le matériel ne seront pas les mêmes.

Les boîtiers actuels ne sont ni fragiles, ni sensibles aux petites agressions du milieu naturel, à condition de les bichonner sitôt à l'abri. Certains d'entre eux sont même « tropicalisés » : leur conception, leurs lubrifiants, leur relative étanchéité ont été calculés pour résister aux petits caprices de la météo. Cela ne signifie pas pour autant que vous pourrez précipiter votre appareil dans les quarantièmes rugissants. Mais celui-ci restera insensible à un fin crachin ou à une petite chute de neige poudreuse. Ce tank de la photo est généralement le modèle haut de gamme de chaque constructeur, celui que l'on retrouve dans la sacoche des reporters. Ce n'est pas un hasard si son prix est d'ailleurs à la (dé)mesure de ses immenses possibilités.

Baroudeurs du déclencheur

Conformément aux indications du mode d'emploi livré avec votre équipement, il faut éviter le séjour dans la boîte à gants ou sur la lunette arrière du 4 x 4, mais également, dans une sacoche trop sombre qui emmagasinerait la chaleur. Au besoin, on peut prévoir une glacière ou envelopper la mallette dans un linge humide dont l'évaporation retardera l'échauffement du matériel. Si vous partez avec un véhicule, il existe des mini-réfrigérateurs qui se branchent sur l'allume-cigare.

Quelle que soit la solution adoptée, ce sont les pellicules qui profiteront les premières de cette fraîcheur bienvenue, car ce sont elles qui supportent le moins bien la chaleur. Modification de l'indice de sensibilité, de l'équilibre chromatique, dégradation de l'image latente pour les films impressionnés, autant de bonnes raisons pour être aux petits soins avec ces précieuses bobines.

Même protégés dans une glaciaire réfrigérée, les films ne sont pas à l'abri. Quand vous les sortirez, cela leur fera le même effet que s'ils quittaient une tempête de neige pour pénétrer dans la douce chaleur d'un chalet d'alpage. Pour éviter la condensation, laissez les pellicules se remettre à la température ambiante dans leurs petites boîtes étanches en plastique.

Dernier problème des déserts, mais aussi des plages, ensoleillées ou non : le sable et la poussière. Une agression insidieuse car ces fines particules s'immiscent dans les moindres recoins de l'équipement. En cas de tempête de sable, c'est la catastrophe. Ne laissez plus alors à l'air libre que les appareils étanches. Le reste sera à l'abri dans des sacs en plastique soigneusement rangés dans une mallette. Évitez d'avoir à décharger un appareil, même tout terrain, car le moindre grain de sable dans un joint rendrait caduque cette étanchéité. Attendez donc la fin de la tempête et, si vous en avez la possibilité, rincez l'appareil sous un mince filet d'eau claire.

Enfin, astreignez-vous à une petite discipline. Chaque soir, à l'abri de la tente, nettoyez soigneusement tout votre matériel. Évitez les bombes d'air comprimé qui ne font que déplacer la poussière dans des endroits encore plus inaccessibles. Utilisez plutôt une poire aspiratrice et un pinceau doux. N'oubliez pas de vérifier l'intérieur de l'appareil et les joints des boîtiers étanches. Quant aux pellicules, un petit coup de pinceau sur les lèvres de la cartouche vous évitera un film uniformément rayé.

Sueurs et moisissures

Jusqu'à maintenant, vous avez bénéficié de conditions météorologiques clémentes. Quelques pas plus au sud, et voici les pluies diluviennes, les jungles humides, les degrés d'hygrométrie proches de la saturation. Votre matériel n'aime pas du tout ça. Le principal souci sera donc de maintenir cet équipement au sec et, si possible, au frais.

Les pellicules craignent encore plus ces conditions climatiques, car la gélatine peut se charger en humidité et développer des micromoisissures qui resteront invisibles tant que le film ne sera pas développé. Dans les cas extrêmes, les spires peuvent également se coller entre elles. Si vous êtes confronté à ce problème, ne tentez pas de récupérer quelques vues. Jetez plutôt les bobines incriminées (non-exposées) afin qu'elles ne contaminent pas les autres. L'idéal serait de pouvoir expédier ou faire développer dès que possible les films exposés.

Les petits sachets de gel de silice que l'on trouve dans les emballages des appareils photo absorbent l'humidité ambiante et se régénèrent par un passage dans un four chaud ou sur une flamme vive. Un sac de riz passé au four rendra sensiblement le même usage, mais il en faudra une plus grande quantité.

Les tuyaux des pros

Une forte humidité peut causer de graves dommages à un appareil ou un objectif. Il faut donc les protéger comme s'ils devaient être soumis à une pluie intense. La corrosion toujours possible de certaines pièces mécaniques ou des circuits électroniques ne pointera le bout de son nez que plusieurs semaines, voire plusieurs mois après le retour. Il sera alors trop tard. Chaque fois que vous en aurez l'occasion, essayez donc de passer votre équipement au sèche-cheveux, en surveillant toutefois la température. Notez aussi que la transpiration est ennemie du métal.

Les boîtiers sont insensibles à quelques gouttes de pluie éparses. Mais en cas de fortes précipitations, il est hors de question de sortir l'appareil. Les moyens à préconiser rejoignent alors les équipements spécialisés pour la photo en mer. On pourra se bricoler une protection sommaire à partir d'un sac en plastique percé à une extrémité pour laisser dépasser la lentille frontale de l'objectif. Mais la meilleure sécurité pour cette dernière sera le pare-soleil suffisamment long.

Si vous devez affronter souvent de fortes pluies, équipez-vous d'un sac étanche pour appareil photo. Efficacité totale, même sous quelques mètres d'eau, mais manipulations des commandes pas toujours facile. Il faut s'y habituer. Enfin, si vous êtes deux, reste la solution du parapluie. Les solitaires impénitents trouveront même des parapluies fixés à un couvre-chef qu'il serait intéressant de tester pour cette utilisation.

La trousse d'urgence de la photo

Il faut encore remplir la trousse d'urgence du photographe. Quelle que soit votre destination, elle comprendra impérativement une poire aspirante munie d'un petit pinceau à poils fins, du papier optique, des jeux de piles de rechange, et un feutre indélébile. Un attirail à compléter éventuellement par un rouleau de ruban adhésif toilé pour les menues réparations. Le matériel supporte également mal les vibrations. Il arrive fréquemment que certaines vis soient desserrées (et se perdent), surtout si vous empruntez des pistes défoncées avec un véhicule tout terrain. Donnez donc régulièrement un petit coup de tournevis sur toutes les vis apparentes du boîtier et des objectifs.

Moyennant ces quelques précautions élémentaires, il est assez facile de réaliser des images spectaculaires à quelques mètres du sujet, tout en protégeant son équipement. Le meilleur conseil à donner est encore de se fondre du mieux possible dans l'environnement. Il n'existe pas d'équipement qui permette d'être à l'aise dans toutes les situations. Tout est question d'adaptation au milieu dans lequel vous allez évoluer et de pratique intensive du terrain. Mais vous n'aviez pas l'intention d'emporter une veste en duvet sous les tropiques, n'est-ce-pas ?


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© Pascal Kober


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