MER
Où notre héros, qui a le pied marin, voit l'horizon tanguer, le navire se coucher et les vagues gifler le pont...
Prêts à larguer les amarres ? Lorsque l'on part pour une destination maritime, rien ne doit se passer comme sur terre. Et ce, dès la préparation des bagages. Sur un bateau, le problème du poids se pose avec moins d'acuité que lorsque l'on transporte son équipement dans un sac à dos. Mais l'espace étant compté dans une cabine, n'allez pas jusqu'à encombrer le cockpit avec ce trépied totalement incongru sur un pont.
Incongru ? Eh bien oui. Essayez donc d'obtenir un horizon droit en fixant votre appareil sur trépied dans des conditions comme celles-ci : un photographe qui bouge pour garder son équilibre, sur un navire qui bouge, soumis au tangage et au roulis d'une mer qui bouge. Le tout pour chasser l'image d'un bateau voisin qui, lui même bouge ! Bel exercice de voltige. Sans même parler de toutes les petites contraintes de prise de vues imposées par la pratique du milieu marin.
Matériel pour grands navigateurs
Le matériel est soumis à trois agressions insidieuses : les embruns et les vagues qui risquent d'inonder cette belle électronique, l'humidité relative très élevée, notamment sous les tropiques, et la salinité de l'air. Pour une croisière de quelques semaines ou de courts séjours au large, n'hésitez pas à emporter votre dernier reflex. Mais si votre objectif est de prendre une année sabbatique pour faire le tour du monde à la voile, préférez des boîtiers peu coûteux.
Avec deux objectifs, un grand-angle et un zoom de longue focale, vous serez paré. En mer, il est malaisé de changer d'optique et ces manipulations augmentent le risque de voir les embruns pénétrer aux tréfonds du matériel. Inutile d'opter pour des objectifs lumineux. Une ouverture maximale de 2,8 ou 3,5 sera bien suffisante.
Le grand-angle servira surtout pour les paysages et les photos à bord. Pour cadrer ensemble tribord et bâbord, il vous faudra au moins un 24 mm. Pour les longues focales, choisissez un bon 80-200 mm. Au delà, vous risqueriez le flou de bougé. Vérifiez la distance minimale de mise au point, car sur un bateau, on n'a que peu de recul. Seul un zoom qui descend au moins à un mètre permettra de tirer le portrait serré du barreur en action. Mais cet objectif servira aussi à réaliser des photos des autres bateaux, car le grand-angle déformerait les perspectives, notamment sur le mât.
Sous les quarantièmes rugissants
Pour les pellicules, n'emportez que les containers en plastique. Surtout, ne rangez pas vos films dans des boîtes de diapos qui ne sont pas étanches. Si vous partez pour une longue période, groupez-les par paquets de dix et enveloppez-les encore dans un sac en plastique qui les protégera d'une ouverture accidentelle.
La vie à bord est finalement assez répétitive et une dizaine de bobines suffiront pour un voyage de trois semaines. Prévoyez cependant votre quantité de films en fonction des escales, car c'est là que vous allez consommer de la pellicule. Un flash ne sera pas superflu pour éclairer les photos de la cabine à la tombée de la nuit ou déboucher l'inévitable contre-jour.
Dans la trousse à outils du photographe navigateur, ce qui occupe le plus de place, c'est encore le matériel de nettoyage. Dès qu'une trace d'humidité apparaît, il faut briquer tout le matériel. Si l'appareil a pris une vague de plein fouet, il aura peu de chance d'en réchapper. Mais même en cas de petits embruns, n'oubliez pas de démonter l'objectif pour voir si l'eau n'a pas pénétré dans la chambre de visée.
Prévenir un gros grain
L'humidité, avec son cortège de moisissures et de pièces rouillées, est une véritable gangrène. Quelques mois en mer suffisent parfois à rendre un équipement inutilisable. Les professionnels se sont d'ailleurs faits à l'idée de devoir le remplacer périodiquement. Ce qui ne les empêche pas de prendre quelques précautions élémentaires. Vérifiez ainsi tout le matériel après chaque journée de prise de vues. Nettoyez-le avec un chiffon légèrement humidifié à l'eau douce et passez-le au sèche-cheveux. Époussetez également toute trace de sel pour éviter la corrosion.
Même une protection à base de ruban adhésif sur les parties exposées n'est pas un gage de sécurité, car l'eau peut s'infiltrer sans que l'on s'en rende compte. Moins l'appareil est pourvu de réglages et d'ouvertures, plus il est à l'abri. Passez aussi un peu de vaseline sur le pas de vis des éléments mobiles (moteur, oculaire de visée, filtre, etc.) pour éviter que le sel ne solidarise les deux parties.
En mer, le filtre est la seule protection efficace pour la lentille frontale. Mieux vaut changer de filtre lorsque celui-ci est trop rayé, que d'acheter un nouvel objectif. Vous choisirez un Skylight 1B qui contrebalancera la forte dominante bleue des paysages maritimes. Surtout, ne lésinez pas sur sa qualité, et si vous partez longtemps, n'hésitez pas à en emporter une petite réserve.
Achetez un ciré un peu ample pour y ranger l'appareil. Certains photographes utilisent un bonnet de bain et un élastique ou un film de protection alimentaire pour recouvrir les optiques et le bas de l'appareil, mais le procédé n'est jamais efficace très longtemps. Optez plutôt pour l'un de ces sacs étanches jusqu'à dix mètres ou ces housses de protection contre les projections d'eau.
Des réflexes de vieux loups de mer
En cabine, il faut caler le matériel pour lui éviter de valser au moindre coup de gîte. Choisissez un casier fermé, situé loin du fond du bateau. L'équipement y séjournera bien à l'abri, dans de la mousse, dès que la météo annoncera un gros grain. Même protégés, les reflex n'aiment pas du tout ce temps-là. C'est le moment de sortir le compact de poche. Celui qui résiste à tous les coups de vent et qui permet de ramener la photo de la tempête qui fait rage. Pour réaliser des images en toute sécurité dans ces conditions, utilisez un harnais de planche à voile que vous accrocherez sur la main courante.
Le reste est affaire de connaissance du milieu. Rien ne vaut l'expérience pour anticiper le mouvement des vagues, garder son équilibre et sentir les réactions du bateau sous ses pieds. Ces réflexes de vieux loup de mer, il faudra les conjuguer avec le talent et les tours de main du photographe. Le matin et le soir sont les meilleurs moments de la journée pour chasser la belle lumière. Réservez donc la tranche horaire dix heures-quinze heures pour parfaire votre initiation de skipper.
Enfin, il faut se méfier de toutes les surfaces blanches que l'on rencontre à profusion sur un bateau. Le rouf, le pont et les voiles, qui réfléchissent énormément la lumière, sont autant de pièges pour la cellule du boîtier. Sous-exposition garantie si vous ne corrigez pas la mesure comme pour une photo sur la neige.
Le cap sur un autre voyage
Vous allez maintenant partir à la découverte de ce territoire en apparence si uniformément bleu et pourtant si riche de couleurs, de paysages et de visages. Vos photos feront la part belle aux cadrages insolites, mais sauront aussi jouer le clin d'oeil avec le soleil couchant sur la banquise agrémenté d'une aurore boréale. N'ayez pas peur des clichés. Le palmier au premier plan d'une plage de sable fin vous donnera envie de repartir. Mais il faut aussi savoir sortir des images-cartes postales, et ne pas hésiter à déclencher par avis de coup de vent.
Enfin, la mer n'est pas tout. À côté du grand bleu, il y a la terre, le rivage, les calanques, le phare, ce sourire sur un visage buriné, l'activité de fourmilière du petit port exotique, un « surfer » flirtant avec la vague, un trois-mâts au mouillage à côté d'une petite crique, ou encore le simple mouvement de l'eau qui se joue de la lumière. Il faudra réagir différemment à chaque situation, avant de mettre le cap sur un autre voyage. Bon vent...
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© Pascal Kober
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