MONTAGNE
Où notre héros décide de partir léger, en trek au bout du monde ou pour une virée sur un sentier de grande randonnée...
Tout commence en général au moment où l'on va boucler son sac à dos. Le matériel est étalé : duvet, tente, vêtements, plats lyophilisés et une foultitude d'accessoires dont on s'aperçoit tout à coup qu'ils portent mal leur nom. Malgré sa grande taille, le sac à dos ne pourra pas contenir la moitié de ce que vous aviez prévu d'emporter. Alors arrive l'instant des grands sacrifices. Je me souviens avoir précisément pesé mon carnet de voyage, subrepticement éliminé quelques paires de chaussettes et méticuleusement choisi le stylo le plus léger avant de partir. Tout cela pour pouvoir emporter quelques pellicules de plus et, surtout, me charger de ce 2,8/180 mm auquel je tenais tant pour réaliser quelques photos de paysages que j'imaginais étonnantes.
Celui qui arpente les sentiers pour faire des images envers et contre tout, n'emportera pas la même chose que le voyageur pour qui la photo n'est qu'un moyen de garder une trace. Le premier se chargera de l'ensemble de son équipement reflex, quitte à se passer de quelques accessoires de confort, alors que le second ne s'autorisera que le dernier compact performant.
Le choix de la légèreté
Si votre destination n'est pas de tout repos, vous aurez intérêt à emporter l'un de ces appareils tout temps qui résistent aux chocs et aux conditions les plus difficiles de prises de vues. Pour un voyage plus confortable ou sous des latitudes plus clémentes, choisissez un modèle de base, léger et de bonne qualité, équipé d'un 35 mm.
Aller au-delà du traditionnel paysage, c'est opter pour le reflex. Lui seul permet de contrôler tous les paramètres de prise de vues, de changer de focale, et de peaufiner cadrage, exposition et mise au point. Les quelques centaines de grammes supplémentaires à transporter représentent le poids de la qualité. Mais un boîtier doté d'un bon zoom 35-70 mm pèse à peine un kilo.
Cependant, un appareil lourd et robuste, conçu pour accompagner quotidiennement des reporters pas forcément tendres avec leur matériel, ne représente pas un mauvais choix pour qui a l'intention de mener la vie dure à son équipement. À ce stade, il faut prendre en compte un second critère de sélection. Pour un sommet de huit mille mètres en Himalaya, vous ne vous encombrerez pas d'un boîtier professionnel jusqu'au sommet. Celui-ci vous accompagnera au camp de base et vous le remplacerez par un modèle plus léger pour aller en altitude.
Dès que vous atteindrez des altitudes élevées, n'oubliez pas que le froid arrive vite, au hasard d'un versant situé à l'ombre ou d'un coup de mauvais temps. L'appareil placé sous la veste conservera intact le potentiel des piles. Enfin, notez que la pression atmosphérique diminue avec l'altitude. Si vous êtes équipé d'un compact étanche, vous aurez du mal à ouvrir le dos de l'appareil, ou le couvercle du compartiment de piles en raison des différences de pression. Prenez la précaution de dévisser ce dernier tous les mille mètres de dénivelée. Le dos, quant à lui, ne peut évidemment pas faire l'objet des mêmes attentions, mais la lame d'un couteau suffira pour forcer (délicatement !) l'ouverture.
Une gamme de focales compactes
Qu'emporter en matière d'optiques ? Le zoom 35-70 mm est suffisant pour couvrir l'essentiel des besoins sous un poids extrêmement réduit. Mais les paysages réalisés au téléobjectif sont si fascinants, la montagne se prête tellement bien à l'utilisation du grand-angle, que l'on résiste difficilement à emporter d'autres focales plus spécialisées.
En randonnée dans des pays du soleil, on pourra se contenter d'objectifs moyennement ouverts et plus légers, car la lumière ne manque pas sur les sommets. Vous pourrez alors économiser les quelques grammes qui permettront d'emporter un lot de pellicules supplémentaires. La panoplie complète comprendra deux zooms (un trans-standard et un téléobjectif) et un grand-angle. Choisissez alors un 20 ou un 24 mm dont l'angle de champ très large se démarquera nettement du 35 mm de base. Quant à ceux qui ne seraient pas satisfaits par la solution zoom, ils emporteront un 24 et un 35 mm, complétés par un 1,4/85 mm et un doubleur de focale.
Pour le confort du randonneur
Pour protéger la lentille frontale des chocs, chacun des objectifs doit être doté de son pare-soleil, indispensable pour éviter les traînées lumineuses et autres reflets désagréables, dès que le soleil frôle le champ de visée. En randonnée, on n'a pas toujours le choix de l'heure de la prise de vues, surtout si vos compagnons de marche rechignent à s'arrêter pour attendre la bonne lumière. Certains paysages seront donc parfois photographiés à contre-jour. Dans ce cas, seul le pare-soleil pourra améliorer le rendu de l'image.
Un polarisant sera également le bienvenu pour accentuer le bleu du ciel lorsque celui-ci est légèrement voilé. Mais au-dessus de cinq mille mètres, ce filtre sera toutefois superflu, sauf à vouloir obtenir un ciel d'un noir d'encre.
Enfin, n'oubliez pas le trépied qui rend d'inestimables services. N'emportez surtout pas de monopode. Ca ne sert à rien en montagne, sauf si vous avez décidé de suivre les championnats du monde de ski avec un 2,8/400 mm. En revanche, un mini-trépied de table devrait faire partie de l'équipement de base du randonneur. Vous choisirez un modèle léger et peu encombrant, doté d'une petite rotule. Inutile de vérifier la hauteur déployée ou la robustesse. Tout ce que vous allez lui demander, c'est d'immobiliser momentanément l'appareil. Si la photo doit être réalisée à hauteur d'homme, à vous de trouver sur le terrain le coin de rocher ou l'arbre qui permettra de caler trépied et boîtier.
Porteurs ou sacs à dos
Il n'existe aucune alternative réellement satisfaisante pour le portage du matériel photo en montagne. Tout ranger dans le sac à dos oblige à s'arrêter fréquemment pour sortir son équipement. Une solution confortable, mais aussi très contraignante si l'envie de déclencher vous prend souvent. Les sacs-bananes que l'on porte à la ceinture sont rarement adaptés au matériel photo. Si vous optez pour ce système, choisissez un modèle rembourré pour protéger votre équipement des chocs, et surtout suffisamment grand pour accueillir au moins un boîtier, un objectif et une réserve de pellicules. Attention toutefois à ne pas trop le charger, car cela entraverait vos mouvements.
Les bricoleurs se fabriqueront des étuis efficaces pour leurs objectifs, à partir de fourrure polaire. Une matière qui protège bien des chocs, du froid et de l'humidité. Plus élaborées, certaines petites sacoches individuelles se fixent sur une ceinture, un baudrier d'escalade ou une bretelle de sac à dos. Un système modulaire qui permet de conserver son équipement à portée de la main.
L'expérience montre que le mode de portage le plus efficace doit concilier l'efficacité de ces petites sacoches protectrices avec la polyvalence d'un gilet de reportage multipoches. Vous choisirez de préférence un vêtement court, sans manches, donc léger, et qui ne vous gênera pas lors de la marche ou de l'escalade. Ces vestes sont destinées à accueillir tous les accessoires (objectifs, filtres, piles, pellicules), ainsi que quelques vivres de course.
Vous conserverez le boîtier équipé de son 35-70 mm autour du cou, pour être toujours prêt à déclencher. Le sac de ceinture, quant à lui, recevra un deuxième appareil ou servira de refuge à celui que vous avez en bandoulière pour les passages en terrain difficile.
Des lumières de rêve
Pour qui s'attache autant à l'image qu'à la découverte du pays, les randonnées organisées sont rarement conçus pour répondre aux attentes des photographes. Un programme à respecter, un groupe à suivre, et c'est la plus belle des lumières qui vous échappe pour une vulgaire question d'horaires. Les meilleures photos de montagne seront donc probablement celles que vous pourrez faire seul, au hasard d'un sentier, lorsque vos pas ne seront guidés que par vos propres envies. Alors, à vous les aubes naissantes et les ambiances crépusculaires. En montagne plus qu'ailleurs, les lumières de milieu de journée sont à éviter, car elles écrasent les reliefs, enterrent les matières et effacent les perspectives. Les éclairages les plus fous, les ombres les plus étonnantes ne se dévoilent, l'été, qu'avant neuf heures et après dix-huit heures.
Entre temps, seul l'orage aura pu nettoyer l'atmosphère de cette lumière fade. Il est fréquent en montagne et il faut savoir en profiter. Juste après son passage, le paysage prend une autre dimension. Les nuages se déchirent lentement ; au loin, le ciel est encore de plomb ; et tout à coup, un rayon de soleil vient illuminer le versant opposé. L'instant est court. Magique, mais éphémère.
L'oeil doit être en permanence aux aguets. Parce que le paysage, les lumières changent vite. Et qu'il faut réagir au quart de tour, en évitant de se laisser piéger par une étendue de neige. Il est alors bon de maîtriser entièrement son sujet. Un paysage ne s'évanouit pas aussi vite qu'un slalomeur. Prenez donc le temps de corriger l'exposition pour obtenir l'effet recherché. Un glacier sous un ciel très intense ne doit être ni délavé, ni trop dense. Une bonne mesure donne un bleu très foncé et juste ce qu'il faut de matière dans la glace ou la neige. Subtil équilibre entre surexposition et sous-exposition.
Vous voilà paré pour répondre à toutes les sollicitations du paysage en montagne. Mais pour le voyageur impénitent, arpenter les sommets, c'est aussi favoriser la rencontre avec les habitants, une civilisation, la nature et la vie animale. Les préoccupations du photographe des cimes rejoignent alors celles de tous les hommes d'image du monde.
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© Pascal Kober
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