LABORATOIRE
Où notre héros attend avec fébrilité de voir les nombreuses images qu'il a rapportées de ses escapades exotiques...
Rien ne sert de courir au laboratoire dès le retour pour faire développer vos films. Procédez plutôt méthodiquement. Vous savez comment les choses se passent dans le feu de l'action : une scène exceptionnelle, une lumière de rêve, un film en fin de rouleau, je rebobine, vite, j'explore rapidement ma sacoche à la recherche d'une pellicule vierge, je recharge, je déclenche. Mais qu'ai-je donc fait du premier rouleau exposé ?
Avant d'aller au laboratoire, passez donc tous vos bagages au crible. Cette veste de reportage à vingt-deux-poches-et-demie, si pratique pour caser les vingt-deux-accessoires-et-demi sur le terrain, représente aussi vingt-deux-risques-et-demi d'oublier un film. Il s'agit d'abord d'éviter de faire passer une série de photos inédites à la machine à laver. Ensuite, sur les dizaines de pellicules ramenées de votre voyage, il serait bien étonnant que vous n'en ayez poussée aucune. Ce n'est pas au laboratoire de faire le tri et un peu de soin évitera les erreurs, toujours possibles.
Les services des professionnels
Laboratoire professionnel ou amateur ? Travailler avec le premier, c'est accepter de payer un peu plus cher, pour des prestations plus pointues. Un film sous-exposé d'un tiers de diaphragme pour ces photos de l'intérieur d'un temple hindou : laboratoire professionnel. Un test d'exposition pour vérifier que la mesure de lumière a été bonne sur ce paysage arctique au crépuscule : laboratoire professionnel. Diapositives livrées en bandes : laboratoire professionnel. Un tirage corrigé chromatiquement selon vos indications : laboratoire professionnel. Chaque fois que vos besoins sortiront de l'ordinaire, n'hésitez pas à payer plus cher pour une prestation de top-niveau.
Mais certaines grandes unités de façonnage offrent maintenant des petits services que l'on ne trouvait auparavant que chez les professionnels. Tous acceptent ainsi de pousser un film par valeurs entières et on en trouve même quelques-uns qui peuvent personnaliser vos caches de diapos. Pour l'inscription de la date de prise de vues, du thème ou d'un copyright à votre nom. Un atout important car légender ou créditer soi-même ses photos représente un travail long et fastidieux.
Mais l'essentiel dans le choix d'un laboratoire, c'est de trouver un véritable partenaire qui saura être à l'écoute de vos désirs et des petits problèmes qui vous sont propres. Ce service à la carte est plus souvent lié à la personnalité de vos interlocuteurs, qu'à la dénomination « professionnelle » ou « amateur » du laboratoire.
Faut-il faire développer tous ses films en même temps ou procéder par étape ? La première solution présente l'avantage de garantir l'homogénéité du traitement et d'éviter les différences de dominantes. La seconde est une assurance contre la perte ou la destruction de vos documents. Un incident est en effet toujours possible, même dans un laboratoire professionnel. On m'a ainsi solarisé toute une série de portraits de musiciens de jazz. Résultat étonnant mais inexploitable ! Si vos images sont des documents inédits, ne faites développer que quelques films par jour, ce qui vous permettra de contrôler que le matériel ne vous a pas trahi et au besoin, de corriger sur les autres séries, une exposition légèrement défaillante.
Les laboratoires sont-ils fiables ?
Photos perdues, rayées, mal tirées, etc. Quelle est la responsabilité du laboratoire ? Seuls les tirages réalisés à partir de négatifs ou de diapos peuvent être refusés s'ils sont de mauvaise qualité et si l'original, lui, est sans reproche. Pour le reste, on ne remboursera généralement que le prix d'une pellicule vierge. Que vos images représentent les premiers pas du gamin ou ceux de Neil Armstrong sur la Lune. Une règle du jeu impopulaire qui a pourtant ses justifications.
Comment prouver en effet que la pellicule n'a pas subi de dommages à la fabrication ou avant le traitement, que l'appareil fonctionnait parfaitement ou que les photos avaient une réelle valeur marchande ou sentimentale ? Enfin qu'est ce qui empêcherait un petit plaisantin de livrer un film volontairement voilé au laboratoire en prétextant qu'il s'agissait des images du siècle et en demandant une confortable indemnité ?
Les utilisateurs de laboratoires professionnels ne sont pas plus à l'abri que les autres. Seuls intérêts, mais ils sont de taille, à la mesure du prix des prestations : une meilleure régularité de traitement et la rapidité des délais. Si vous jugez que vos images ne peuvent prendre aucun risque, un assureur pourra étudier la question avant que vous ne les portiez au développement. Mais même les professionnels ne font pas appel à cette formule, tant elle est contraignante et onéreuse.
Les problèmes avec les laboratoires sont de plus en plus rares. Si une mésaventure devait pourtant arriver, essayez d'obtenir un accord à l'amiable. En cas de refus, il faudra faire constater par écrit l'état des photos ou ne les retirer qu'en présence d'un huissier qui dressera un constat. Vous pourrez alors saisir le tribunal d'instance ou de grande instance. Enfin, en cas de perte de pellicules, vous ne pourrez engager de procédure qu'avec une preuve de dépôt (ticket ou accusé de réception pour les films envoyés par la poste). Notez que pour réduire les risques de perte, il suffit de photographier un papier portant vos nom et adresse sur les trois premières vues (toujours gâchées) de chaque film. Une petite sécurité peu contraignante.
Nuits blanches en chambre noire
Les amateurs de noir et blanc pourront faire fi de ces considérations juridiques. Car s'il est très difficile de traiter correctement la couleur chez soi, le noir et blanc, quant à lui, est à la portée de chacun. Si vous vous contentez de développer, l'investissement sera négligeable et la procédure très simple. Pour passer au tirage, il faudra acquérir un agrandisseur, quelques cuvettes et ultérieurement, quelques accessoires de confort (vérificateur de mise au point, margeur, compte-pose, etc.).
La salle de bain accueillera momentanément ce matériel pour vos premières séances en chambre noire. Mais les véritables passionnés n'hésiteront pas à équiper un laboratoire permanent qui évitera les montages et démontages successifs. Ils choisiront alors une pièce d'au moins quatre mètres carrés, facilement occultable et dotée d'une arrivée d'eau. Le matériel sera installé à demeure et on pourra passer quelques heures au laboratoire à n'importe quel moment sans préparation excessive.
Le jeu en vaut-il la chandelle ? Oui, si l'on raisonne en termes économiques. Le matériel est rapidement amorti, même si l'on se contente de tirer des petits formats. Mais le travail de laboratoire ne doit pas être réduit à cette composante essentielle, car décider de développer soi-même le noir et blanc, c'est aussi faire le pari de la qualité et d'une certaine rigueur. Il ne faut pas oublier en effet que cette activité nécessite de lui consacrer beaucoup de temps. On ne décide pas de passer un court moment au laboratoire. Une séance de tirage dure plusieurs heures si l'on veut obtenir un travail plus élaboré que la moyenne.
C'est la deuxième composante de ce choix : une certaine passion pour la belle ouvrage. Si l'on raisonne en ces termes, le jeu en vaut aussi la chandelle, car les laboratoires de façonnage qui traitent bien le noir et blanc sont de moins en moins nombreux et l'on obtiendra assez facilement de bons résultats chez soi dès lors que l'on respecte les procédures. Sur ce plan, on peut même affirmer que les plus avertis réaliseront des tirages de meilleure qualité que ceux fournis par les laboratoires, grâce aux techniques de masquage et aux papiers à contraste variable.
Ce volet aujourd'hui trop méconnu de la photo est pourtant le vecteur essentiel d'une maîtrise totale d'un processus qui garde, sous certains aspects, son côté magique. La lente apparition de l'image dans le révélateur sous la lumière rouge fait partie de cette alchimie. Lorsque cette image représente un ami, croisé hier aux antipodes, cette magie est d'autant plus troublante.
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© Pascal Kober
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