VENTE
Où notre héros s'interroge sur les perspectives de montrer ses images dans la presse, l'édition ou les agences...
Le photo-reporter sillonne la planète et s'entoure de créatures de rêves. Le mythe n'est pas mort. Mais il a pris des coups. Grâce à la télévision, à la parution de deux ou trois ouvrages bien documentés sur le sujet, et à l'existence de quelques magazines spécialisés. Pourtant, l'attraction persiste pour cette profession si particulière. C'est que la voie semble facile. Retour de voyage, rencontres avec des hommes et des paysages fascinants, un reportage passionnant en archives, pourquoi ne pas en faire profiter un plus large public ?
De fait, la voie semble facile. Mais uniquement pour qui s'est donné les moyens de la suivre : équipement performant, pratique intensive de la photo, regard original sur un sujet inédit, bonne connaissance des circuits de diffusion et carnet d'adresses bien rempli. Le tout s'apprenant essentiellement sur le terrain. Autant dire que le chemin est truffé de pièges et de moments de déprime. Prêt à faire le premier pas ? Alors voici quelques petits conseils pour démarrer sur les chapeaux de roues.
De l'illustration au magazine
Il faut d'abord savoir que l'on ne compte plus les illustrations générales de monuments ou de paysages. Les agences qui diffusent ce type d'images sont nombreuses et leurs archives passent au crible les moindres détails de la planète. Est-il alors utile de préciser que les éditeurs préféreront s'adresser à ces dernières plutôt que de multiplier les démarches en faisant appel à différents photographes ?
Chaque mode de diffusion a ses impératifs. Mais avant tout, il faut déterminer un sujet et un angle. Que veut-on montrer et comment veut-on le montrer ? Il est possible de ne pas répondre à la seconde question si le sujet est complètement inédit, mais pour un reportage sur un thème déjà traité par d'autres photographes, il sera nécessaire de trouver une approche originale. D'où l'intérêt d'une bonne préparation avant le départ.
Déterminer un sujet et un angle ne signifie pas pour autant qu'il faille éliminer toute photo n'ayant pas de rapport avec ces derniers. Comme en cinéma, il peut être intéressant de disposer de quelques plans de coupe qui feront la liaison entre tel ou tel aspect du thème traité. Une vue générale, un détail en gros plan enrichiront un reportage trop homogène.
Raconter une histoire
Une sélection très sévère s'impose. Mais si vous avez déjà archivé correctement votre production, le problème est en partie résolu. L'idéal étant de composer des reportages comprenant entre vingt et cent images. Mieux vaut en effet proposer un sujet fort, traité en quelques photos pertinentes plutôt que de diluer l'intérêt avec des images moins intéressantes. Si vous souhaitez montrer plus de documents, essayez de scinder le reportage en plusieurs thèmes cohérents.
Pour le noir et blanc et les tirages couleurs, les photos seront présentées dans un press-book ou dans une boîte. Le format minimum pour une bonne lisibilité est le 13 x 18 cm sans marge, mais une taille plus grande valorisera votre production. En diapo, mieux vaut utiliser des planches de classement transparentes. Mais quel que soit le système retenu, n'oubliez pas qu'un reportage raconte une histoire. Comme un film, il doit être découpé, avec une introduction, plusieurs plans et une fin. Les images seront donc soigneusement classées en fonction de ce petit scénario.
Enfin, il est nécessaire de légender précisément chaque document. Deux ou trois lignes de texte indiqueront le lieu de la prise de vues, la date et éventuellement, des détails concernant la scène photographiée. En revanche, inutile de mentionner les données techniques (film, objectif, diaphragme ou vitesse) car ces indications n'intéressent que vous. Il faudra également apposer votre nom sur toutes les photos. Un copyright complet comprend vos noms, prénoms, adresse, pays, numéro de téléphone et de télécopie, adresse électronique, etc. Une information essentielle pour que l'on puisse vous retourner vos images après usage.
Vos photos les intéressent
Mais avant que ces dernières ne soient publiées, il vous faudra démarcher les magazines ou les éditeurs. Inutile d'arpenter les rues avec votre press-book sous le bras en frappant aux portes pour que l'on vous reçoive. Les directeurs de collection, les rédacteurs en chef, les responsables de service photo, les directeurs artistiques sont des gens très occupés qu'il vaut mieux contacter par téléphone pour décrocher un rendez-vous.
Pour un premier contact, n'argumentez pas sur vos qualités de photographe. Vos images parleront pour vous. Tentez plutôt de retenir l'attention de votre interlocuteur en lui parlant d'un sujet inédit ou d'un angle d'attaque original. Un texte accompagnant les images sera toujours le bienvenu, même s'il n'est pas utilisé sous sa forme originelle.
Sachez également à qui vous vous adressez. N'allez pas proposer une série de portraits de musiciens de jazz au magazine Géo, ou des photos d'une guérilla en Afrique à l'agence Vandystadt. Le premier est essentiellement axé sur le voyage et la seconde ne diffuse que des images de sport. Dans la presse, il est facile de connaître son interlocuteur, car chaque journal publie une liste des journalistes, appelée « l'ours ».
Cent fois sur le métier...
Même au téléphone, attendez-vous à essuyer des échecs. « Pas le temps », « pas le sujet », « pas le moment », il y a mille et une bonnes raisons pour que l'on n'accepte pas de vous recevoir. Il faut dire, à la décharge des responsables de service photos, qu'ils sont constamment sollicités par les vendeurs des agences ou par les photographes eux-mêmes. Et que lorsqu'ils acceptent de rencontrer un inconnu, c'est souvent pour se voir proposer des photos tout juste dignes de figurer dans l'album de famille.
La principale qualité du photographe qui veut diffuser sa production doit être la persévérance. Ne vous découragez jamais. Proposez encore et encore vos images. Le chemin n'est pas facile, car après le barrage téléphonique, vous vous verrez encore opposer de nombreux refus au moment où vous présenterez vos photos. Cependant, ces échecs-là seront enfin constructifs. Car le regard des autres vous permettra de corriger certains défauts et sera un précieux enseignement pour apprendre quelques rudiments du métier.
Un magazine ou un éditeur est finalement intéressé par l'un de vos reportages. Le sujet sera probablement soumis ultérieurement à un comité de rédaction. Vous allez donc laisser vos images en échange d'un bon de dépôt. Informez-vous simplement de la date approximative à laquelle la décision devra être prise et surtout, ne rappelez pas tous les jours pour prendre des nouvelles de vos photos.
Profession passion
Enfin la parution. Votre première parution. Un événement qui se fête. Copieusement. Ensuite, il faudra passer aux choses plus sérieuses. Se procurer tout d'abord plusieurs exemplaires de la publication, car ce premier reportage est une excellente carte de visite pour aller démarcher d'autres éditeurs ou d'autres magazines. N'en attendez cependant pas trop : chaque jour, des milliers de reportages sont publiés de par le monde.
La rémunération relative à cette première pige sera proportionnelle au tirage du journal, à la taille des photos et à l'utilisation éventuelle de votre texte, selon des barèmes acceptés conjointement par les éditeurs et les associations de photographes. Lorsque les ressources issues de vos activités de photo-journaliste dépasseront la moitié du total de vos revenus, vous serez à même de faire une demande pour l'attribution d'une carte de presse.
La boucle sera alors bouclée. De voyageur photographe, vous serez devenu photographe voyageur. Le titre n'est ni mieux, ni pire. Il est simplement différent. Car comme dans tout métier, il y a de mauvais ouvriers. Qui n'ont même pas l'alibi de pouvoir incriminer les mauvais outils ! Seule la passion saura porter à bout de bras cet engagement permanent qui sous-tend l'activité de photographe.
Mais ça, c'est une autre histoire...
... FIN ...
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© Pascal Kober
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