
Mikhaïl Alperin, Grenoble, 1992, photo Pascal Kober
Je ne l’apprends qu’aujourd’hui, dimanche 16 septembre 2018, en écoutant Une journée particulière, la formidable émission de Zoé Varier sur France Inter : le pianiste ukrainien de jazz Mikhaïl Alperin (Misha pour les intimes) nous a quittés le 11… mai dernier !
J’avais rencontré Misha en 1992 lors de son premier concert en France. Il se produisait alors avec son complice, le corniste moscovite Arkady Shilkloper. Duo époustouflant ! Nous ne savions rien alors (ou si peu) de la note bleue soviétique… Après la perestroika, Misha émigrera en Norvège où il enseignait le piano à la Norwegian Academy of Music.
Tous deux m’avaient accordé ce jour-là un très long entretien qui avait été publié un an plus tard, dans le numéro 504 de la revue Jazz Hot pour annoncer leur concert à la Maison de la Radio.
Un échange tout en finesse et en images où Misha m’évoquait, dans un désordre qui n’était qu’apparent : ses racines musicales russes et les compositions de Duke Ellington, la liberté et les totalitarismes, Miles Davis et Michel Legrand, la technique pianistique et la technologie envahissante, les rires et les pleurs, la musique et le sport, Egberto Gismonti et Herbie Hancock, ou encore les clubs de jazz et les musées.
L’entretien s’achevait avec la fabuleuse (vraiment !) histoire de la réalisation (qui faillit bien ne jamais advenir !) de Wave of Sorrow, le premier enregistrement de Micha pour le label norvégien ECM (qui, « accessoirement », fut le premier disque que je fis écouter à mon petit homme Tom, le jour même de sa naissance).
So long, l’ami…
Pascal Kober
PS. Si je suis très touché par la mort de Misha, je suis également absolument consterné de ne l’apprendre que quatre mois plus tard, et de façon parfaitement incidente, de la bouche du pianiste classique Mikhail Rudy, dans cet entretien à Zoé Varier sur France Inter. Vérification faite, depuis Le Figaro jusqu’au Monde en passant par Libération et Télérama, aucun journal français (oui, aucun !) n’a évoqué, fut-ce sous la forme d’une brève, la disparition d’un musicien qui avait quand même enregistré plus d’une douzaine de disques (avec des artistes aussi prestigieux que Jon Christensen ou John Surman), dont six pour ECM. Moralité : écoutez le service public !
Mikhail Alperin
7 novembre 1956, Kamianets-Podilskyi (Ukraine, URSS) – 11 mai 2018, Oslo (Norvège)