Marc Riboud, un photographe en liberté 

À L’Alpe, nous aimons Marc Riboud. Et le grand photographe nous l’a bien rendu. Par le récit de son engagement en résistance dans le Vercors durant la seconde guerre mondiale sous la plume du journaliste Patrice Morel (voir le numéro 14 de la revue) et surtout en nous offrant un magnifique portfolio publié dans notre numéro 54 que nous avions bâti ensemble autour de ses reportages mais aussi de ses images de paysages.

Marc nous a quittés hier, mardi 30 août 2016.

Marc Riboud à Valchevrière (Vercors, Isère). 6 octobre 2011. Photo : Pascal Kober

Marc Riboud à Valchevrière (Vercors, Isère). 6 octobre 2011. Photo : Pascal Kober

Ma dernière rencontre avec lui date de 2011 lorsqu’il était revenu à Valchevrière.

Ma dernière rencontre avec ses photos date de la semaine passée, au festival International du photojournalisme Visa pour l’Image à Perpignan, où j’ai découvert son reportage (et ses étonnantes conditions de réalisation !) à Cuba en novembre 1963 en compagnie de Jean Daniel, alors journaliste à L’Express. Une exposition à voir jusqu’au 11 septembre 2016 à Perpignan au Couvent des Minimes.

Tristeza…

Extrait du numéro 54 de la revue L’Alpe :

Marc Riboud s’est attaché à l’actualité des peuples en lutte dans le monde tout autant qu’à la douceur de ses paysages de montagne. De la jeune fille à la fleur (rose !) jusqu’aux sommets de Huang Shan dans la brume, un parcours en résistance (aux clichés).

Le 23 juillet 1944, dans les falaises qui dominent le hameau de Valchevrière (Isère), Marc Riboud échappe de peu aux balles des troupes nazies qui sèment la terreur sur le plateau du Vercors pour exterminer les résistants dont il fait partie, placés sous la houlette de l’écrivain-journaliste Jean Prévost. Ce récit, nous le publierons, sous la plume du grand reporter Patrice Morel, dans le numéro 14 de L’Alpe (Terres de refuge). Marc Riboud n’a alors que vingt-et-un ans et n’est pas encore photographe. Un épisode tragique (il verra notamment le fiancé de sa sœur Françoise abattu par l’armée d’occupation) qui marquera probablement à jamais son itinéraire d’homme d’image.

Pour la prestigieuse agence Magnum où il a été recruté par Robert Capa dès 1953, il va ainsi couvrir la plupart des combats pour la liberté et l’indépendance, depuis l’Afrique jusqu’à l’Extrême-Orient en passant par la révolution cubaine, les grèves des dockers à Liverpool ou encore les manifestations de mai 1968 à Paris. Avec le regard, perçant, du reporter  ; et en amoureux de la composition, qui jamais ne s’attarde sur les violences, leur préférant des images plus évocatrices de la marche de la planète.

Les photographes de presse savent bien la force, mais aussi la fragilité, de leur témoignage et l’importance de la rigueur journalistique dans la contextualisation de leur travail. Mais ce qui frappe le plus dans l’œuvre de Marc Riboud, c’est cette tendresse naturelle pour les femmes et les hommes qu’il côtoie. Et cette attention si particulière qu’il porte également aux paysages. Comme si l’œil du photojournaliste, parfois fourbu de documenter toutes les fureurs du monde, avait besoin de se ressourcer en contemplant déserts dénudés, végétations erratiques, rizières, cairns, pics et brumes dans les montagnes de l’Afghanistan, de la Californie, de la Chine, de l’Inde ou du Népal.

Ces vis-à-vis entre les deux facettes d’un photographe si attachant, nous avons voulu les mettre en lumière dans ce numéro de L’Alpe en résistance. Pour dire, en somme, que bien longtemps après que les dictateurs se soient définitivement tus, la petite flamme de la voix du poète, comme celle du musicien et du photographe, jamais ne s’éteint…

PASCAL KOBER

Les images de Marc Riboud peuvent être consultées sur son (remarquable) site Internet.

 

 

 

Lire un extrait de l’article de Patrice Morel sur Marc Riboud publié dans le numéro 14 de la revue L’Alpe en cliquant sur le lien ci-dessous (fichier pdf) :

Marc Riboud par Patrice Morel

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