Keep on swingin’, La Velle!

La Velle. Concert au Kremlin. Moscou. Février 1991. © Photo : Pascal Kober

La Velle. Concert au Kremlin. Moscou. Février 1991. © Photo : Pascal Kober

Elle avait été l’une des premières à me proposer d’illustrer une pochette de disque. Son sixième album. Paru en 1991 et intitulé Straight singin’, en hommage au grand Nat « King » Cole. À ses côtés, les meilleurs musiciens de la planète : Ray Brown, Pierre Boussaguet et Stafford James à la contrebasse, Mark Taylor et Philippe Combelle à la batterie, Jacky Terrasson au piano, Eddie Harris et Guy Lafitte au saxophone.

Ce portrait de La Velle, je l’avais réalisé avec elle cette même année, lors d’un concert qu’elle avait donné, en seconde partie du big band d’Oleg Lundstrem, au palais des congrès du… Kremlin ! « Le premier concert de jazz dans cette grande salle », m’avaient alors indiqué les organisateurs…

Durant une dizaine de jours, La Velle et moi avons ainsi voyagé ensemble entre Moscou et Leningrad, partageant de beaux moments dans un pays extrêmement exotique pour lequel je garde une immense tendresse et qui, pour quelques mois encore, s’appelait l’Union soviétique.

Elle, en chanteuse invitée de l’Orchestre régional de jazz Rhône-Alpes. Moi, en envoyé spécial de la revue Jazz Hot pour compléter un grand reportage entamé l’année précédente sur les berges de la Volga, lors du festival de jazz de Cheboksary (république de Tchouvachie). Comment chantait-on la note bleue de l’autre côté du rideau de fer juste après la chute du mur de Berlin ? Réponse dans le numéro 487 de Jazz Hot.

La Velle nous a quittés le 4 février dernier à l’âge de 72 ans. Too young, chantait-elle sur Straight singin’. Bien vrai. Ma Belle, là où tu es, keep on swingin’ !

Pascal Kober

Le site Internet de La Velle : http://lavelleduggan.com

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Raphaële Atlan

Atlan Raphaële quartet 2016 7905 600Quartet très soudé pour ce concert hier soir au Jazz Club de Grenoble. Au piano et au chant, Raphaële Atlan est accompagnée par Zacharie Abraham à la contrebasse et Nicolas Charlier à la batterie. Sa rythmique historique en somme, puisque Raphaële tourne avec eux depuis plus de quatre ans maintenant. Et croyez-moi, ça s’entend ! La surprise, c’est Romain Pilon à la guitare (magnifique instrument, œuvre d’un luthier américain) : jeu très fin en accompagnement ; solos qui s’enflamment à la vitesse de l’éclair, avec une énergie qui vient de là, qui vient du blues. Le répertoire, transatlantique, se bal(l)ade d’ailleurs entre les clubs de New York, notre vieille Europe et la baie de Rio-de-Janeiro. Émotions fortes… À découvrir aussi sur le site Internet de la chanteuse en cliquant ici.

Texte et photo : Pascal Kober

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Pierre Boulez (19252016)

Pierre Boulez. Rencontres de musique contemporaine de Metz (Moselle, France). 1979. © Photo : Pascal Kober

Pierre Boulez.
Rencontres de musique contemporaine de Metz (Moselle, France).
1979.
© Photo : Pascal Kober

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Michel Delpech, en renifleur du temps…

Laurette, Marianne, Paquita, la fille avec des baskets et tant d’autres, elles l’ont toutes aimé. Il les a toutes aimées. Comme nous.

Michel Delpech vient de nous quitter. Sur la pointe des pieds mais non sans avoir confié au grand patrimoine de la chanson française, de jolies pépites qui disent si bien les humeurs du temps qui passe. Je n’ai hélas jamais eu le plaisir d’écouter le chanteur en concert mais mes premiers émois musicaux passent par son Wight is Wight. Et quelques autres ritournelles dont ce fin mélodiste (avec son complice le pianiste et arrangeur Roland Vincent) avai(en)t le secret…

Dans un entretien accordé en avril 2007 à Yvon Lechevestrier du quotidien Ouest France, Michel Delpech avait ces mots : « Je n’ai jamais été un chanteur engagé. Je ne suis qu’un écrivain de chansons, des petites choses saisies dans l’air du temps. Mais c’est vrai que je trouve pessimiste la période actuelle. Qu’annonce-t-elle ? Mon instinct de chanteur, renifleur du temps, me fait craindre que nous ne passions bientôt par des moments difficiles. Les menaces écologiques, l’insoutenable disproportion entre les riches et les pauvres, les guerres absurdes menées ici ou là… Ça ne sent pas très bon. Je veux cependant rester formidablement optimiste car je pense que, sur le long terme, le bien qui est en nous l’emportera. »

Renifleur du temps… À ma connaissance, nous ne sommes que trois au monde à revendiquer cette singulière expression. Salut l’artiste… Tes chansons nous habiteront encore longtemps.

Pascal Kober

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La paix ! I wish you a very happy new year 2016!

Pascal Kober voeux 2016

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Trou d’air

Du gaz dans le noir. Soixante-dix mètres de gaz. Et cette petite lueur qui éclaire à peine la paroi quelques mètres au-delà. Premiers pas d’un apprenti spéléologue dans les entrailles de la Terre en compagnie d’un… Hasselblad.

Spéléo à la Henne Morte (Pyrénées). Photo : Pascal Kober

Ce devait être un jeu. Un jeu d’enfant. L’oeuvre de deux passionnés. Le premier est Pyrénéen. Les grottes, ça le connaît. Peut-être pour être tombé dedans lorsqu’il était petit. Depuis, Laurent Maffre tient les rênes de la « Maison des gouffres », une association qui se donne pour mission d’initier à la pratique de la spéléo. Le second est Parisien. Pas un citadin dans l’âme. Ses plus infimes moments de temps libre sont consacrés au voyage et à la montagne. Claude Delaire est photographe et cela fait longtemps que l’idée de descendre un Hasselblad sous la terre lui titille les méninges.

Là où chacun s’accorde à n’emporter qu’un boîtier spécialement conçu pour les coups durs, voilà que nous allions confronter à l’humidité, aux chocs et autres « joyeusetés » de la spéléo, l’un des plus beau bijou de la technologie photographique suédoise : le SWC, boîtier 6 x 6 équipé d’une optique fixe grand-angulaire  !

Il me fallait être de cette aventure-là. Parce que je n’étais jamais descendu sous terre et que la description de la grotte par Laurent ne donnait qu’une envie. Parce qu’aussi, cette première photographique était suffisamment insolite pour exciter ma curiosité.

Et puis, il y a l’Histoire. La grande. Celle avec un grand H. Celle qui vous prend au détour d’une étroiture ou sous les gerbes d’eau d’une cascade souterraine. L’esprit de Norbert Casteret, décédé quelques mois avant notre escapade, hante encore les profondeurs du réseau de la Henne Morte. Il fut le premier explorateur des soixante-dix-huit kilomètres de galeries et de puits qui font du réseau Félix Trombe, le plus long système karstique de France.

Il y a fort longtemps, comme on dit dans les contes, une bergère baptisa la grotte d’une tragique manière. Perdue dans le brouillard, elle n’aperçoit pas l’entrée de la doline et disparaît dans le grand trou noir. D’elle, il ne restera qu’un foulard accroché à une branche, et un nom, la Henne Morte, la jeune fille morte. Mais ceci, c’est une autre histoire. La petite.

Alchimie et feux d’artifice

Bernard Hof ne fait que de la photo. Que de la spéléo. Et de préférence uniquement de la photo en spéléo  ! Spécialiste, vous dites  ? Non… Il va jusqu’à confectionner ses propres poudres explosives, à partir de savantes recettes connues de lui seul, pour éclairer les scènes qu’il veut mettre en image dans cet univers d’obscurité. Une géniale alchimie qui cohabite avec les technologies les plus sophistiquées : de puissants flashes électroniques bidouillés et rendus étanches pour faciliter leur utilisation sous terre. Ici, Bernard est dans son élément. Les puits et les grottes seront illuminés de mille feux d’artifices pour tester la réaction du SWC à ces éclairages si particuliers. Du grand spectacle orchestré de main de maître.

La doline de la Henne Morte n’est accessible qu’après une courte marche d’approche qui la met à l’abri des regards. Un important effondrement de terrain, une végétation luxuriante, l’ombre du rocher et, tout à coup, un léger souffle frais indiquant l’entrée de la grotte.

Si j’ai bien compris le fonctionnement de la lampe à carbure, les manoeuvres de cordes me sont encore étrangères. Or, l’ouverture de la Henne Morte est un puit et je vois déjà notre premier guide s’y engouffrer. Un moment d’hésitation avant que Laurent nous explique la « manip’ » : d’abord, « se longer » avec une petite corde fixée au baudrier sur un point d’assurage dans le rocher, puis passer la corde dans le descendeur et… laisser aller. À la tête que fait Ronan, journaliste à Chasseur d’Images qui réalise aussi sa première descente, j’ai quelque appréhension. Mais ce mode de transport est finalement assez évident. Chaotique, certes, dans les premiers temps, mais plutôt spontané.

Quelques mètres plus bas, c’est le puit Ségoufin. Bernard est parti en avant avec ses assistants pour préparer les éclairages. De l’endroit où nous nous trouvons, on distingue à peine quelques petites lumières qui se déplacent tout en bas, si bas, avec agilité. Sous nos pieds, vingt-sept mètres de vide. Un grand trou noir. Celui-là même qui a englouti la bergère.

Déjà mon tour  ? Ah bon. L’approche est impressionnante, mais rapidement, la griserie de la découverte l’emporte. Je suis pendu dans le vide entre deux lueurs blafardes de lampes à carbure. La mienne assure la jonction. Laisser la corde filer. Pas trop, pour contrôler la vitesse. En cas de problème, le guide qui assure par le bas n’a qu’à tendre la corde pour bloquer tout. Pas le temps de me poser ces questions-là que je suis déjà sur la terre ferme, en pleine séance de prise de vues.

Le poids de l’Histoire

La suite de l’itinéraire emprunte quelques chatières étroites qu’il faut savoir franchir en opposition pour rejoindre le… puit de la Mort. Profondeur : quarante-cinq mètres. Et au fond, la salle du camp. Ici, Casteret, Delteil et Loubens avaient établi un véritable PC souterrain pour partir à l’assaut du gouffre suivant. C’était en août 1946 et le Spéléo Club de Paris avait bien fait les choses : ligne téléphonique reliant les explorateurs au village d’Arbas, désobstruction des chatières à l’explosif, etc. Depuis quatre ans, toutes les tentatives pour descendre le puit de la Tentation avaient échoué. C’est que la cascade qui part de son sommet pour s’effondrer dans les profondeurs semblait parfaitement infranchissable. Cette fois encore, Norbert Casteret manqua de brûler vif, sa lampe à acétylène ayant mis le feu à son scaphandre en plastique  ! Seul un habile mouvement de pendule sous la cascade le sauvera de la mort.

Un an plus tard, c’est Félix Trombe qui dirige les opérations. L’armée électrifie la grotte avec des groupes électrogènes et on installe un treuil permettant de descendre la cascade dans une benne, à l’abri des projections d’eau grâce au « chapeau chinois ». Le 31 août, Casteret et Loubens réussissent à atteindre le fond du puit. Le record de France de profondeur est atteint : - 446 mètres.

De cette extraordinaire aventure, il reste quelques vestiges au sommet du puit de la Tentation. Nous ferons une petite pause « en-cas » sur les supports de tentes de l’expédition Casteret. À mi-chemin de la traversée, il faut également recharger les réservoirs à carbure. Avant le grand saut de soixante-douze mètres !

Depuis l’expédition de 1947, la Henne Morte a été équipée. Et bien équipée. Ce qui permet aux guides de la Maison des gouffres de proposer ce fabuleux itinéraire à des débutants. Aujourd’hui, on contourne la cascade par la gauche en prenant appui sur une petite vire sécurisée. Mais il n’en reste pas moins que la passage est impressionnant et très aérien. Imaginez : soixante-douze mètres de gaz. De gaz noir comme l’enfer. Et le bruit assourdissant de l’eau qui part se fracasser tout en bas. J’avoue avoir eu l’estomac noué en sentant les muscles des bras se tétaniser à mi-parcours. Tendu, trop tendu. Trop impressionné par l’Histoire et l’environnement. Il faut alors respirer. Un grand coup. Comme pour chasser toutes les images les plus sombres. Et repartir sereinement.

Une belle initiation

Nous venons de vivre la plus belle initiation à la spéléo qui soit. Trois puits consécutifs, de profondeur et de difficulté croissante, quelques passages en rocher, des galeries étroites, un petit effort d’endurance pourtant jamais soutenu, des paysages à couper le souffle. Bref, fin prêts pour la dernière partie du parcours qui semble plus conforme aux clichés que l’on se fait de la spéléologie. Le dernier petit puit sera une vraie partie de plaisir.

Bernard a mis le « Blad » a rude épreuve, partant toujours en avant pour préparer ses prises de vues, régler ses éclairages et finalement capturer l’action version grand large. Il nous reste quelques kilomètres de galeries avant de revoir le jour. Celles-ci sont moins propices à l’utilisation du grand-angle et nous progresserons alors plus vite. Des passages difficiles subsistent : étroitures si resserrées que l’on doit abandonner le sac à dos, terrains humides où les bottes glissent, galeries aériennes nécessitant quelques talents de grimpeur… Mais le plaisir de la découverte est toujours au bout de la difficulté. La spéléo, c’est un peu ça : fermer les yeux au cours d’une longue randonnée en montagne et ne les ouvrir que pour mieux être surpris à chaque changement de paysage. Couleurs, concrétions, matières, chaque pas en avant est un autre regard. Lorsque, au détour d’une galerie, nous rencontrerons un mince filet d’air frais et quelques feuilles mortes, nous saurons que l’issue n’est plus très éloignée. Cette sortie des Comingeois qui ne fut découverte qu’en 1978, met un point final à une très belle traversée. Près de quatre cents mètres de dénivelation à travers la montagne. Nous pensions retrouver le jour, mais nous avions quelque peu perdu la notion du temps. Ce fut la Lune qui salua notre sortie. Comme pour mieux signifier que ces paysages d’obscurité ne nous sont somme toute pas si étrangers.

Pascal Kober

Suivez le guide en spéléo

Accès. Passer par la ville rose et, à Toulouse, prendre la N 117 en direction de Saint-Gaudens. À Saint-Martory, virer à gauche vers Saint-Girons, puis, après Mane, à droite, par la D 13 vers Arbas. La Maison des gouffres se trouve à Herran-Labaderque, encore plus haut dans la montagne, à la frontière de la Haute-Garonne et de l’Ariège. Gare S.N.C.F. à Boussens, puis autobus jusqu’à Mane.
Cartes. Michelin numéro 86 (Luchon-Perpignan) au 1/200.000. I.G.N. numéro 71 au 1/100.000 et numéro 1947 (Aspet) au 1/50.000.
Activités. Plusieurs formules vous sont proposées. A la journée : découverte, exploration et traversée de la Henne Morte, ou randonnée des gouffres et rappel sur Pene Blanque. Au week-end : bivouac souterrain. Stages initiation et traversées. Groupes : écoles, centres sociaux, comités d’entreprises. Circuits aventure : expéditions vers les grottes d’Asie et d’Amérique Centrale. La plupart de ces activités ne nécessitent aucune connaissance particulière des techniques de spéléologie, ni aucun matériel spécifique. Emportez simplement une bonne paire de bottes et des vêtements chauds. Une bonne formule pour découvrir la spéléo sans contraintes.
Site. La plupart des activités de la Maison des gouffres se déroulent dans le réseau Félix Trombe, plus grand complexe souterrain en France avec trente-trois gouffres reliés sur une dénivellation totale de - 1 018 mètres.
Hébergement. Aucun problème sur place. L’association dispose de vingt lits (en chambres de deux à cinq lits) avec sanitaires, douches, cuisine équipée, salle commune et cheminée à disposition. Location possible même sans faire de spéléo.
Photo. Ce n’est évidemment pas tous les jours que les spéléos descendent un Hasselblad sous terre. Ne serait-ce que parce que le prix de ce bel outil dépasse les… 30 000 francs (4 500 euros) ! Autant vous dire que nous avions pris mille précautions pour le protéger du milieu souterrain. Malgré ces conditions difficiles, le SWC s’en est remarquablement tiré et a produit des images qui dépassent de très loin ce que l’on peut obtenir avec un classique 2436. La plupart des spéléos utilisent des compacts tout terrain. Leur principale limitation vient de la portée de leur flash. Ces quelques tuyaux vous permettront de réaliser de bonnes photos de reportage mais ne vous attendez pas à des miracles. Seuls des moyens très lourds permettent de réaliser des images de spéléo de qualité professionnelle comme celles de Bernard Hof ou de Francis Le Guen.
Lire. Le mystère de la Henne Morte de Félix Trombe et La Coume Ouarnède de M. Duchêne.
Contact. Laurent Maffre, Maison des gouffres, Herran-Labaderque, 31160 Aspet. Téléphone : 05 61 97 53 30 ou 05 61 97 52 74.

Reportage publié en mai 1988 dans le numéro 104 du mensuel Montagnes Magazine.

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Festivals de musique : la photo de presse menacée

Terri Lyne CarringtonAprès La Tribune de Genève, le quotidien helvétique Le Temps publie ce matin un long article ainsi qu’un éditorial saignant sous la plume d’Arnaud Robert. Évoquant les conditions de travail de plus en plus ubuesques imposées aux photojournalistes qui couvrent les festivals de musique (notamment à Montreux et au Paléo ; mais la situation empire tout autant en France), l’auteur achève son texte par ce vibrant appel : «  (…) médias et photographes ont un intérêt commun à défendre : pouvoir rapporter librement une histoire de la musique ». Et en effet, il s’agit bien de ça. De notre mémoire. Et de rien d’autre. Il était temps que les journaux d’information générale s’emparent de ce débat (l’hebdomadaire Télérama s’y est également mis cet été sous la plume de Cécilia Sanchez). D’autant que ledit débat est (hélas) déjà fort ancien. Dans une exposition de 1998Jazz(s), mes amours, mes voyages, je légendais ainsi l’image qui illustre ce billet : « Terri Lyne Carrington. Jazz à Vienne, France, 1990. Un tout petit coin de parasol. La belle « batteuse » était venue s’y relaxer après son sound check avec Stan Getz. Demain, de telles photos seront-elles encore réalisables ? Ces scènes intimistes, vécues en toute amitié avec les musiciens, sont en effet de plus en plus difficiles à saisir en raison de la volonté hégémonique des tour managers de contrôler l’image de leur artiste. Dans dix ans, que restera-t-il de la mémoire photographique du jazz si de telles pratiques devaient se développer ? » Dix-sept ans après, je vous le confirme, la mémoire photographique du jazz est bel et bien en lambeaux…

Pascal Kober
25 juillet 2015

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Cyrille Aimée au festival de jazz de Vienne

Elle est estampillée « set découverte » de cette édition du festival Jazz à Vienne et n’a donc droit qu’à vingt-cinq minutes de concert sur la grande scène du théâtre antique face aux cinq ou six mille spectateurs venus écouter Melody Gardot. Sacré défi ! Gagné haut la main avec une standing ovation après son chorus, proprement époustouflant, sur sa propre composition, Nuit blanche. Une chronique à lire dans le numéro d’automne de la revue Jazz Hot. Et en attendant, voici quelques images de la soirée et de son deuxième concert, plus intime, au Club de minuit…

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C’était Eddy

Eddy Louiss (orgue). 1941-2015 Festival de jazz de Grenoble (France). Mars 1988

Eddy Louiss (orgue). 1941 – 2015. Festival de jazz de Grenoble (France). © 1988 Photo Pascal Kober.

Hors de l’eau un orgue a surgi
C’est pas Nemo
C’est Eddy

À l’horizon, l’orgue se hisse
Ho hisse et ho
C’est Louiss

Claude Nougaro lui avait dédié une chanson : C’est Eddy. C’était dit. Tout est dit. En 1971, sur son album Sœur âme. Et sur une musique d’Eddy Louiss, évidemment. Jeu avec les mots. Comme les aimaient Claude. Quel autre musicien français de jazz peut aujourd’hui se vanter d’être le sujet-même d’un texte écrit par Nougaro ? Cet organiste à la carrure de Gargantua a accompagné aussi bien Jane Birkin que les Double Six, Stan Getz ou Henri Salvador et c’est le grand Michel, Legrand, qui l’avait présenté à Claude Nougaro. J’ai rencontré Eddy à plusieurs reprises, comme ici, en mars 1988 au festival de jazz de Grenoble. Deux ans plus tard, au festival Jazz à Vienne, pour un concert qu’il avait donné avec son Multicolor Feeling, il avait défié l’un des plus monstrueux orages qui se soit jamais déversé sur le théâtre antique de la vieille cité romaine. Dans ma chronique pour la revue Jazz Hot, j’écrivais alors : « Samedi 30 juin. 2045. Dernière note du chorus de basse de Marc Michel. La reprise du premier thème d’Eddy Louiss est saluée par un gigantesque coup de tonnerre. Les soixante cuivres du Multicolor Feeling se passent de sono. Sur les gradins du théâtre antique, cinq mille spectateurs tentent l’exorcisme. Règle du jeu : on ne bouge pas, ça va s’arranger. Pendant que l’on assèche la scène, Dizzy Gillespie envoie quelques notes depuis sa loge avec un micro HF. Les spectateurs, eux, sont restés. Le public de Jazz à Vienne est formidable. »

Eddy nous a quittés ce mardi 30 juin 2015. Salut l’artiste…

Pascal Kober

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Anne Sila : une fraîcheur solaire

Réactualisation du vendredi 15 mai 2015 : Anne Sila sera l’une des invités du pianiste Jacky Terrasson à l’Olympia le mardi 9 juin 2015. En compagnie (notamment) du trompettiste Stéphane Belmondo, du guitariste Marcio Faraco ou encore de la chanteuse Cecile McLorin-Salvant, l’une des plus belles découvertes de ces dernières années en jazz vocal.

Réactualisation du samedi 25 avril 2015 : Anne Sila est ce soir en finale dans l’émission The Voice sur TF1. Tous mes vœux de succès, Anne ! Puisses-tu, dans cette machine bien huilée, glisser quelques-unes de ces petites notes bleues dont tu as le secret ;-)

Anne Sila. Esplanade Saint-Vincent. Festival Jazz à Vienne. Dimanche 8 juillet 2012. © Photo : Pascal Kober.

Elle a le sourire lumineux. Au point qu’Anne Sila est qualifiée de « solaire » par Éric Torlini, directeur artistique du festival Couleur Jazz. Solaire ? Le concert d’Anne témoigne pourtant d’abord d’une indéniable fraîcheur, conjuguée à une étonnante maturité pour une si jeune musicienne. Ce sourire lumineux évoque la douce clarté d’une aurore estivale du Grand Nord. À l’orée d’une quasi-nuit qui tarde un peu à s’échapper et d’un jour qui aspire à poindre. Un diapason septentrional qui s’accorde bien à la voix d’Anne. Encore un tantinet ancrée dans un solide enseignement musical qu’elle subvertit toutefois déjà pour expérimenter les itinéraires de ses prochaines aventures. Bref, la voie d’une voix qui, demain, en conjuguant ses multiples talents, pourrait bien compter dans le monde du jazz vocal. En prémices d’une promesse : joli filet et léger voile (qui rappelle parfois une Lisa Ekdhal ; minauderies en moins), finesse extrême du phrasé, et ce délicat murmure dont elle joue à merveille (comme sur My foolish heart), à l’instar de la grande Betty Carter, mais sur un registre moins spectaculaire. Enfin, ce souffle apprivoisé que n’aurait pas renié un Stan Getz. Pour Couleur Jazz, Anne Sila a choisi un trio qui sait rester au service de son chant mais qu’elle n’hésite pas à solliciter : François Gallix aux graves fondateurs, Benoît Thevenot, qui tricote un bel écrin pianistique au lyrisme juste contenu, et à la batterie, Nicolas Serret, au jeu tout à la fois discret et d’une redoutable efficacité. Littéralement emportée par le combo, Anne Sila s’envole sur un répertoire aux tempos rapides, faisant montre d’une parfaite maîtrise rythmique, d’un joli sens de l’harmonie qui lui permet quelques improbables échappées dans des chorus très enlevés et d’un contact enjoué avec son public qu’elle met d’ailleurs à contribution lors d’un bis sur Route 66. À peine regrettera-t-on l’absence d’une ou deux ballades supplémentaires qui nous aurait permis d’écouter la belle dans un contexte plus intime. Mais on se console avec cette magnifique composition de sa plume autour du poème de Victor Hugo Demain, dès l’aube, qui a déjà des allures de futur standard du French songbook ;-) Anne revient ici au violoncelle, son premier instrument. Et elle y est radieuse. Comme si celui dont on dit que sa tessiture est la plus proche de celle de l’âme humaine pouvait lui ouvrir d’autres portes pour un singulier duo. Un concert comme un petit bonheur…

Pascal Kober
Renifleur du temps
Samedi 28 avril 2012 

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Disparition de B. B. King : le blues de Lucille

B. B. King au festival Jazz à Vienne. Mardi 1er juillet 1997. © Photo : Pascal Kober

B. B. King au festival Jazz à Vienne. Mardi 1er juillet 1997. © Photo : Pascal Kober

Le grand musicien de blues nous a quittés le 14 mai 2015 à l’âge de 89 ans.

Lucille, sa célèbre guitare, gently weep

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Happy birthday Jazz Hot!

Les 28 et 29 mars dernier, la doyenne internationale des revues de jazz fêtait ses 80 ans derrière le Moulin Rouge à Paris, dans l’antre de Boris Vian (qui fit partie de notre rédaction dans les années 1950). La fête a vu passer de nombreux amis des mondes du jazz et de tout aussi nombreux musiciens comme Ellen Birath (chant), Daniel Chauvet (contrebasse), Philippe Desachy (saxophone baryton), Jean-Yves Dubanton (guitare), Bonney Fields (trompette), Ricky Ford (saxophone tenor), Agathe Iracema (chant), Michel Laplace (trompette), Kirk Lightsey (piano, ci-contre), Isabella Lundgren (chant), Gérard Naulet (piano), Lia Pale (chant), Michel Pastre (saxophone tenor), Mathias Rüegg (piano), etc. Voir la petite galerie ci-dessous dans laquelle un photographe facétieux a inopinément glissé trois images en forme de clin d’œil ;-) Saurez-vous les retrouver ?

Un anniversaire à poursuivre avec Delaunay’s Dilemma, une exposition consacrée à l’oeuvre de Charles Delaunay, fondateur de Jazz Hot, qui montre notamment ses Noirs au blanc, saisissants portraits de musiciens réalisés dans les clubs. L’accrochage dévoile également les coulisses de la naissance de la première revue de jazz du monde, créée en 1935.
Jusqu’au 11 avril 2015 à la Fond’action Boris Vian, 6 bis cité Véron, 75018 Paris. Entrée libre.

Pascal Kober

Pour en savoir plus sur cet anniversaire et sur la revue, voir le site Internet de Jazz Hot.

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Carmen Souza : transatlantique !

Carmen Souza, La Faïencerie. © 2015 Photo : Pascal Kober

Elle est née à Lisbonne, mais ses parents sont originaires du Cap Vert, au large du Sénégal. C’est donc tout naturellement que Carmen Souza interprète Sodade de Cesaria Evora (bien sûr), mais aussi Song for my father de Horace Silver dont le père était également issu de Dja r’Ma, l’île de Maio, située au sud de l’archipel.

Rien de très orthodoxe toutefois dans les relectures de cette chanteuse à la voix délicieusement polymorphe. Quand le jazz est là, la morna de Sodade ne s’en va pas. Elle se dévergonde en flirtant nonchalamment avec la note bleue dans une harmonisation qui joue le jeu d’un équilibriste dont le fil serait tendu entre deux mondes. Quant à la chanson pour son papa, elle prend fort justement ces couleurs latines qu’on ne lui connaissait guère. Ou pas à ce point.

Ce pont entre un Portugal du vieux continent et le nouveau monde des Amériques via les îles atlantiques est très intelligemment bâti par un directeur musical d’exception. Theo Pas’cal est bassiste. Excellent bassiste. Mais pas seulement. Theo est également un remarquable arrangeur qui accompagne les voyages vocaux de Carmen Souza depuis treize ans déjà. Une complicité dont on mesure la rareté à chaque instant de leur concert. Remarquablement accompagné par le Britannique Aidan Glover au piano et Elias Kacomanolis, un percussionniste né au Mozambique qui fait preuve d’une belle finesse, ce quartet-là vous embarque de bout en bout pour un voyage au (très) long cours.

Une nouvelle belle découverte d’Élisabeth Mathieu qui dirige la Faïencerie, cette petite salle de l’agglomération grenobloise (à La Tronche). En 2013 déjà, elle programmait Youn Sun Nah, quelques mois à peine avant que la chanteuse coréenne ne rassemble plus de sept mille personnes à Jazz à Vienne. C’est bien là tout le bonheur que l’on peut aujourd’hui souhaiter à Carmen Souza et à ses musiciens !

Pascal Kober
Renifleur du temps

Site Internet de Carmen Souza

Site Internet de la Faïencerie

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Musée Hector-Berlioz : du phonographe à Internet

Attention : exposition madeleine (de Proust) ! Et qui ravira tous les publics, ce qui ne gâte rien… Chacun, en tout cas, y réveillera ses propres premiers émois musicaux. Le magnétophone à bandes pour ce qui me concerne. J’avais quatorze ans et mon premier salaire de « manard » dans la métallurgie fut investi dans un Grundig TK146. Pour vous, ce sera peut-être l’ancêtre de l’autoradio, le juke-box de vos folles soirées adolescentes, le Walkman qui accompagnait vos randonnées en montagne ou, pour les plus jeunes de nos lecteurs, l’iPod qui, en 2001, a révolutionné le stockage (bouh, le vilain mot…) de la musique. Bref, exposition jubilatoire que celle concoctée par Chantal Spillemaecker et Antoine Troncy, avec l’aide de nombreux collectionneurs privés qui ont prêté ou déposé au musée de véritables trésors. Du matériel destiné à la reproduction du son, donc, depuis le phonographe à (énorme) pavillon jusqu’au site Internet Qobuz en passant par les radios en bakélite. Le tout méticuleusement contextualisé (et mis en sons) afin de mieux comprendre les progrès techniques qui mènent de l’enregistrement sur un fil métallique ou sur du… noir de fumée (!) jusqu’à la dématérialisation de nos fichiers mp3 actuels. Sans oublier les bouleversements culturels induits par ces innovations. Et ils sont nombreux !

Pascal Kober

Jusqu’au 30 septembre 2015 au musée Hector-Berlioz à La Côte-Saint-André (Isère).

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Les neiges du désert

À l’Occident de l’Orient, un hiver dans le djbel Sarhro. Des tirages en très grand format à découvrir (avec les peintures de Nassera Bouziane et de Christian Keramidas, ainsi que les photographies de Sahbi Hamada) jusqu’au samedi 31 janvier 2015, du mardi au samedi, de 13 h à 20 h, à la galerie More Art Tea, que vient d’ouvrir Isabelle Colbrant, au 41 rue Lesdiguières à Grenoble.

Scans : Yannick Brisquet, Glénat Production, Grenoble.
Tirages : Ludovic Fortoul et Jean-Louis Mathieu, Atelier Photo 38, Grenoble.

Ces neuf photographies ont été réalisées en février 1992 dans un rayon d’une vingtaine de kilomètres autour de Tizi n’Ouarg (province de Ouarzazate, Maroc). Elles ont, pour partie, été publiées dans un reportage paru dans le numéro 14 de la revue L’Alpe.

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La Radio Télévision Suisse aime L’Alpe

Le numéro d’automne de la revue a été présenté dans l’émission Détours de la Radio Télévision Suisse, via un entretien d’une dizaine de minutes avec Madeleine Caboche, son animatrice. L’émission peut-être écoutée, podcastée ou téléchargée ici. La séquence concernant les excentriques, fadas et autres rêveurs, objets du dossier de ce numéro, démarre aux alentours de 43′ mais il ne faut par rater la première partie qui évoque la vie de Pierre Martelanche, un vigneron de la côte roannaise qui était également artiste brut. Cette partie se conclut par une rencontre avec André Robillard, un étonnant personnage parlant… martien (!), découvert par Jean Dubuffet en 1965 et dont la Collection de l’art brut de Lausanne et le théâtre de Vidy (canton de Vaud, Suisse) présenteront deux expositions du 28 novembre au 18 décembre 2014 (et jusqu’au 19 avril 2015 à Lausanne).

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