Un été (sri-lankais)

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Un portrait radio du renifleur du temps

Michèle Caron a réalisé cet entretien pour France Bleu Isère. À écouter ici.

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Aziza Mustafa Zadeh : Seventh truth

Septième vérité mais quatrième album déjà chez Columbia, pour cette pianiste et chanteuse que certains semblent découvrir aujourd’hui. C’est loin, l’Azerbaïdjan… En 1991, son premier opus fut solo (Aziza Mustafa Zadeh, 468286 2). Mais la belle ne resta pas longtemps seule. Vite repérée par les plus grands, elle enregistra son deuxième disque (Always, 473885 2) en 1993 avec John Patitucci et Dave Weckl, puis le suivant (Dance of Fire, 480352 2), en 1995, avec Stanley Clarke, Al di Meola, Bill Evans et Omar Hakim. Pour Seven Truth, elle revient à une formule plus minimaliste avec un percussionniste sur quelques thèmes. En quatre compacts, tous remarquables, se dessine ainsi un panorama du talent de cette jeune prodige. Depuis une certaine timidité dans un album presque intimiste, jusqu’à l’assurance parfois flamboyante des disques plus récents qui n’oublient pas le marketing. Aziza est mignonne. Très mignonne. Ses producteurs le savent et lui demandent de poser de façon très apprêtée sur des pochettes prétextes à exercices de style pour photographes de mode. Gommant du même coup cette délicieuse fraîcheur que l’on retient en concert. Musicalement, Aziza Mustafa Zadeh reprend pourtant les rênes et de magistrale manière. Comme si ses précédentes expériences en groupe lui avaient appris à mieux mesurer ses propres forces. On sent là le poids d’un enseignement (soviétique) fait de rigueur, de travail et de passion. Le legs d’un père trop tôt disparu : Vagif, compositeur prolixe et très connu en ex-URSS. Sa curiosité, enfin, pour le jazz : swing omniprésent dans les pièces rythmiques, même sur une métrique complexe (Wild beauty). Seule, avec sa voix et son piano, Aziza occupe l’espace comme jamais. Qualités d’écriture, toucher très expressionniste, phrasé souvent lyrique, marqué par les mélodies et les rythmes de son pays, et cette incroyable technique vocale. Sa langue maternelle se prête au métissage mais elle chante également en anglais. Fly with me est une agréable invitation teintée d’un délicat accent azéri, avec ces « r » instinctivement roulés : « I’m not afraid of your rain »

Pascal Kober

Musiciens : Aziza Mustafa Zadeh (p, voc, perc) et Ramesh Shotam (dm, perc).
Thèmes : Ay dilber, Lachin, Interlude I, Fly with me, F#, Desperation, Daha… (again), I am so sad, Interlude II, Wild beauty, Seventh truth, Sea monster.
Enregistré : en janvier et février 1996 à Ludwigsburg (Allemagne)
Durée : 5658″.
Référence : Columbia 484238 2.
Site Internet : cliquer ici.

Chronique publiée dans la revue Jazz Hot.

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All So’ : Jazz, etc.

English review below

All So'

Photo : Christian Rausch

All So’ comme un triple clin d’œil. Deux clins d’œil pour Miles, bien sûr, par qui le jazz est venu à moi. Avec All blues et So what, Miles Davis a écrit, pour l’album Kind of blue, deux thèmes forts de l’histoire de cette musique. Clin d’œil aussi à la chanteuse Sophie Villamayor puisque All So’, c’est tout Sophie. Ou tout pour Sophie. La juste place du bassiste dans une telle formation. Comme me le disait Steve Swallow dans un entretien avec lui pour la revue Jazz Hot : « Ce n’est pas tellement le son ou l’instrument lui-même qui m’a séduit, mais plutôt le rôle social de la basse, le service qu’elle rend au sein du groupe. Cet aspect m’a immédiatement attiré. Il y avait là quelque chose qui me paraissait juste, qui était plus gratifiant que de simplement jouer et improviser. Et aujourd’hui encore, je retrouve souvent ce sentiment, ce merveilleux sentiment, qui fait que lorsque le saxophoniste prend un solo magnifique, le bassiste sourit secrètement car il sait que, dans un sens, c’est aussi un peu son solo. »

Pascal Kober

Cliquez sur le titre du thème pour lancer son écoute.

Summertime (George Gershwin, DuBose Heyward et Ira Gershwin)

Ce thème emblématique de la culture américaine, ici inspiré d’une très belle version de la chanteuse Molly Johnson, prête son titre à une nouvelle émission de jazz d’Elsa Boublil pour France Inter. Il faut aussi aller visiter les sites Internet de deux collectionneurs fous qui ont recensé des zilliards d’enregistrements ainsi que quelques anecdotes croustillantes : c’est ici et ici. Ainsi, ce morceau qui date de 1935 existe-t-il aussi dans une version en langue maori (He raumati) chantée par Whirimako Black. Mais c’est Billie Holiday qui en interpréta la première version jazz chantée, à peine un an après, et en même temps qu’un autre musicien (Caspar Reardon) la jouait pour la première fois à la harpe. Sans parler de Steve Mann qui en proposa récemment une version à… l’hydraulophone ! Enjoy…

Sunny (Bobby Hebb)

Le compositeur de Sunny nous a quittés le 3 août 2010, quelques jours avant la chanteuse Abbey Lincoln et le photographe Herman Leonard. Sale temps…

Another day (Molly Johnson, Mark McLean)

I wish (Stevie Wonder)

Sophisticated lady (Duke Ellington)

Mack the knife (Marc Blitzstein, Bertolt Brecht, Kurt Weill)

Can’t buy me love (John Lennon, Paul McCartney)

Créée en mars 2005, All So’ a fait ses adieux à la scène trois ans après en donnant son dernier concert en octobre 2008. La formation a néanmoins eu le temps de graver ce CD en octobre 2006 (Jazz, etc.), aujourd’hui épuisé et dont les thèmes peuvent être écoutés ci-dessus. Sur cet enregistrement, réalisé par Philippe Valdes au studio La Cigogne (à l’exception de Summertime, capté en public par le même ingénieur du son), le groupe était composé de Sophie Villamayor (chant), Pierre Bigorgne (piano), Hervé Denis (bugle, trompette), Vincent Duchemin (batterie) et Pascal Kober (basse acoustique fretless).

Ce qu’ils en ont dit :

Robert Latxague (Jazz Magazine)

Ils ont franchi le pas. Ils l’ont fait. Par engagement. Ils se baladent désormais de l’autre côté du miroir. Pas all blues, non. Et alors, so what  ? Le cinq de Grenoble verse dans le groove et la mélodie avec fougue, avec une grosse envie. Avec le feu intérieur qui, chez les vrais amateurs, confine à la passion. Celle née de la relation à leur instrument, au jazz et ses démons d’improvisation. Et pas qu’au jazz puisque on les sent tous et chacun en particulier tellement heureux de s’approprier des petits bouts de pépites griffées Stevie Wonder, Lennon — McCartney ou Brecht. Rien que ça, rien moins  ! Question de génération, de mémoire musicale du monde, de message artistique à transbahuter par intime conviction. Un tel plaisir forcément, se partage. Et ils l’entendent bien ainsi puisque partant de l’Isère ils comptent bien prendre la route sans compter. On the road again vers l’ailleurs. Le jazz dans l’âme reste affaire de découverte, n’est-ce pas  ? Ainsi va la musique qui vit à la fois de mesures et de démesure. Question désir et plaisir à conjuguer à toutes les personnes. Jazz. etc. Ils ont pris le pari de jouer le jeu du point sans suspension, de notes plutôt bleues à mettre à la portée de tous, en partage. En mode d’invitation. De celles qui ne se refusent pas.

Erwan Benezet (Le Parisien)

On pense connaître ses amis sur le bout des doigts. Et un beau jour, on découvre une face cachée. Non pas une « dark side of the moon » chère aux Pink Floyd. Moins encore le « côté obscur de la force » de l’œuvre de George Lucas. Dans le cas qui nous intéresse ici, ce serait même plutôt une mise en lumière  ! Un beau jour, Sophie (puisqu’il s’agit d’elle) débarque à l’improviste, sort un CD de son sac et le pose sur la platine : « Tiens, écoute ça… » Une voix chaude, envoûtante, s’évade des enceintes. Derrière, un piano électrique égrène quelques notes, accompagne sans trop presser, enveloppe comme un écrin la chanteuse qui susurre la fin du premier couplet. Puis, tout s’emballe. La batterie lance la charge, soutenue par une basse bien plantée. Un solo de trompette se pointe à point nommé : le standard Sunny de Bobby Hebb est ici revisité de main de maître par un quintette qui, assurément, sait où il va. S’enchaînent cinq autres reprises, flirtant avec le meilleur de la pop (I wish de Stevie Wonder ou Can’t buy me love des Beatles), le jazz dans la plus pure tradition (Sophisticated lady tendance Ella Fitzgerald) ou même la comédie musicale (Mack the knife, originellement composé par Kurt Weill sur des paroles de Bertolt Brecht). Et le pauvre auditeur de se triturer les méninges en tendant l’oreille : à qui diantre peut donc bien appartenir cette sacrée voix  ? On aimerait sortir grand vainqueur de ce blindfold test improvisé, passant en revue toutes les grandes interprètes actuelles, mais rien à faire. Rien à faire car, comme souvent, c’est lorsque l’on a la réponse sous les yeux qu’on est le plus aveugle  ! All So’ indique la couverture. So’ pour Sophie, comme cette jolie blonde passée boire un verre comme le fait une amie et qui décidément nous étonnera toujours. On savait qu’elle poussait la chansonnette depuis de nombreuses années, qu’elle était passionnée de jazz depuis plus longtemps encore. Mais comment deviner qu’elle en était arrivée à une telle maîtrise, entourée d’une bande de musiciens capables d’apporter une touche personnelle à de tels standards  ? On attend avec impatience l’album ainsi que leurs prochaines dates de concert. Priez le dieu du jazz, s’il existe, pour qu’All So’ passe près de chez vous…

Robert Barry Francos (Jersey Beat)

All So’ is French singer Sophie Villamayor’ jazz combo. Her self-titled CD release is full of standard jazz choices (such as Mack the Knife and Sophisticated Lady), and some interesting choices (Sunny, Can’t Buy Me Love and Stevie Wonder’s I Wish). Sophie’s voice is smooth and fits in with the combo quite smoothly. I would have liked to have heard her a bit higher in the mix, as she can get lost, but even when that happens, she more becomes and equal part of the mix of the whole than just a front-person. Perhaps that is what they were going for, and if so, it works. Sophie’s voice is sort of like raindrops that bounce on the leaves of the notes, cascading down the side of the song, playful and meandering. It’s sweet, and the combo keeps up the mood.

© 2007 Photo : Véronique Dupré

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Maroc : Sarhro, djbel rebelle

Les Berbères Aït Atta furent les derniers à résister aux troupes françaises qui « pacifiaient » le protectorat. Aujourd’hui, ces farouches bergers transhument dans d’austères montagnes d’ocre pour échapper aux rigueurs de l’hiver dans le Haut-Atlas. Mais la neige les rattrape parfois sous les palmiers et les amandiers à deux pas des dunes sahariennes.

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Le sentier muletier longe l’oued et fleure bon la lavande. N’était ce lourd harnachement qui l’oblige à mesurer ses efforts, n’était ce sentiment ténu d’un danger toujours présent, toujours caché, le capitaine Georges Spillmann pourrait savourer ce doux paysage de granite rose ponctué, çà et là, de vertes oasis. Mais l’heure n’est pas à la rêverie bucolique. Car là haut, dans le djbel Sarhro, derrière ces grandes tours de grès sombre qui barrent l’horizon, se terre une poignée de rebelles qui narguent depuis trop longtemps les troupes françaises.

Le djbel Sarhro  ? Une virgule méridionale du Haut-Atlas, séparée de ce dernier par une profonde vallée. Virgule majuscule qui déroule ses formidables contreforts depuis le confluent des oueds Drâa et Dadès (aux portes de Ouarzazate) jusqu’aux confins du Sahara et à Erfoud, quelques deux cents kilomètres plus à l’est. À peine moins haut (le point culminant du massif est l’Amalou-n-Mansour à 2 712 mètres d’altitude), beaucoup plus austère et presque inhabité, le Sarhro est loin des grandes voies caravanières entre le désert et le nord du Maroc. Au coeur de ces montagnes aux reliefs tourmentés et difficiles à pénétrer, quelques nomades, les Aït Atta (ceux du pays Atta) font transhumer leurs chèvres et leurs moutons depuis la nuit des temps, passant les mois d’hiver sous le soleil du sud avant de rejoindre, l’été venu, les pâturages de l’Atlas.

« Une résistance désespérée et magnifique »

Nous sommes en 1933. Tout le Maroc est sous protectorat français depuis vingt-et-un ans. Enfin, presque tout le Maroc. Car la plupart des tribus Aït Atta résistent encore à la « pacification » dans ces montagnes arides du djbel Sarhro. Et la vie n’est pas facile pour le capitaine Spillmann. Il le note alors dans son petit carnet : « Il est difficile de définir les Aït Atta et de donner en quelques lignes un aperçu de leurs principaux traits de caractère. Plus on les connaît, plus on s’aperçoit, en effet, que toute affirmation à leur égard comporte un correctif (…) [ on les dit] pillards, coupeurs de routes, incapables d’affronter une bataille rangée, d’endurer des pertes  ; dans le Sarrho (sic), ils ont cependant opposé à nos troupes, très supérieures en nombre, en armement et en organisation, une résistance désespérée, magnifique, qui a forcé notre admiration. »

C’est à la fameuse bataille de Bou Gafer que l’officier fait ici référence. Près de deux mois de combats acharnés en plein hiver pour prendre un bastion de neige et de rocaille. D’un côté, plusieurs milliers hommes, de nombreux canons et quatre escadrilles de quarante-quatre avions basées à Ouarzazate. De l’autre, conduits par les frères Baslam, un peu moins d’un millier de nomades sommairement armés, des femmes et des enfants. Mais des rebelles. Qui, chaque fois qu’ils le peuvent, gênent la progression de l’armée française en harcelant ses positions. Le colonel Voinot en a assez : « Les pillards se montrent très entreprenants  ; ils exécutent, à plusieurs reprises, des coups de main contre les tirailleurs employés aux travaux. Le Saghro (sic) est devenu le refuge des rôdeurs, qui circulent en bordure de la zone soumise. Par ailleurs, les nombreux irréductibles retirés au Saghro ne manquent aucune occasion de manifester leur hostilité  ; ils adressent des menaces de représailles aux notables, qui cherchent à composer avec nous. (…) Pour en finir, le Commandement décide, au mois de février 1933, de régler la question du Saghro avant les dernières opérations du Haut-Atlas. C’est a priori une grosse affaire car ce massif aride, difficile, est mal connu. »

L’entrée en résistance des tribus Aït Atta ne date pourtant pas de la signature du protectorat. Déjà, à la fin du siècle précédent, ces farouches nomades s’étaient opposés à la colonisation française via le sud de l’Algérie. Des combats sporadiques qui furent le prélude au grand rassemblement de Bou Gafer. Mais la décision de se retirer dans les montagnes inaccessibles du djbel Sarhro causa également la perte des rebelles. Coupés de toute communication avec l’extérieur du massif, harcelés jusque dans les rares points d’eau, les Aït Atta durent subir manoeuvres d’encerclements, pilonnages d’artillerie et bombardements aériens. En dépit de positions faciles à défendre sur le plateau des Aiguilles, où une poignée d’hommes étaient capables de tenir tête à tout un bataillon, ils sont obligés de capituler le 25 mars 1933. Ce sera le dernier des grands faits d’armes de la colonisation au Maroc. Dans son édition du 30 mai de la même année, la revue L’Illustration conclura avec condescendance : « Éminemment farouches tout d’abord, [les tribus Aït Atta] n’ont pas tardé à changer l’attitude en voyant que l’on soignait leurs blessés et leurs malades, que des vivres et des vêtements leur étaient distribués. Aussitôt la reddition faite, l’individualisme enraciné chez elles a repris ses droits. Chaque famille, se groupant autour de son chef, ne reconnaît plus d’autre autorité et ignore ceux des anciens alliés qui n’appartiennent pas à la même tribu. »

Gens de plaine et de montagne

Les Aït Atta ont toujours cultivé cette indépendance et ce goût de la liberté. Pas facile pour un nomade de se plier aux règlements d’un pouvoir central éloigné qui n’a probablement qu’une vague idée de ses conditions de vie. Et la géographie du djbel Sarhro n’arrange rien qui rend les communications presque impossibles. Aucune route ne traverse en effet le massif. Tout juste si quelques méchantes pistes de terre permettent aujourd’hui de rallier, en véhicule tout terrain ou à dos de mule, quelques rares villages d’une centaine d’habitants comme Hanedour ou Imi n’Ouarg. Au-delà, passés les cols, sur les hauts plateaux, face aux reliefs tabulaires et aux tours de grés rose, voici le territoire de l’écureuil de rocher, de la perdrix, du chacal, du loup et du mouflon. Voici le territoire du laurier rose, du palmier nain, du saule pourpre, du figuier, de l’amandier et de l’alfa, cette herbe touffue et épineuse qu’affectionnent tant les mules. Voici le territoire de la chèvre et du mouton, guidés, de pâturages en oasis, par quelques familles nomades. Pas étonnant, dès lors, que ces tribus soient reines dans cette montagne.

Le capitaine Spillmann, toujours lui, notait déjà : «  L’individualisme développé par la dure existence pastorale, qui trempe fortement les caractères, risquerait de dégénérer assez vite en anarchie. Mais d’autres facteurs, conditionnés par le nomadisme même, viennent heureusement tempérer cette tendance. La recherche et la défense des pâturages, les nécessités de la transhumance créent en effet des liens collectifs qui consolident le lien ethnique. Pour subsister au milieu d’ennemis toujours aux aguets, pour utiliser au mieux les ressources que dispense parcimonieusement une nature trop souvent ingrate, les nomades ont accepté librement une discipline réelle qui les groupe dans le cadre de la fraction ou de la tribu. (….) La structure de leur pays les fait à la fois gens de plaine et de montagne, nomades et qsouriens. Ils connaissent les rigueurs du climat saharien et celles des hautes altitudes. »

Petits lutins en burnous à la capuche pointue

Maroc Pascal Kober 09

Village d’Imi n’Ouarg au sud de Boumalne

Aujourd’hui encore, pour le voyageur qui traverse le djbel Sarhro à pied, le contact est difficile. À plus de deux mille mètres d’altitude, un minuscule verger, quelques maigres cultures d’orge et de légumes, et de fragiles murets qui servent à acheminer l’eau par de tous petits canaux, annoncent la proximité d’un village. Au détour d’un sentier, apparaissent de petits lutins en burnous à la capuche pointue, l’air de surveiller la rocaille. À peine ont-ils aperçu l’étranger qu’ils filent comme le vent pour réapparaître, à l’identique, à un autre détour de sentier. Pas un mot échangé. Juste un jeu. Et quelques rires étouffés. Avec leurs parents, c’est le barrage de la langue. Les Aït Atta parlent un dialecte berbère et même un guide local arabophone aura du mal à établir la communication. Et puis, les visiteurs sont rares sur ces hautes terres. Depuis une quinzaine d’années, quelques groupes de randonneurs occidentaux arpentent bien le massif entre novembre et mars avant que les grandes chaleurs ne viennent écraser la montagne. Mais de ce tourisme, nécessairement de passage, les Aït Atta ne profitent guère ou n’en voient que le versant le plus détestable lorsqu’une horde d’Occidentaux déboulent dans leur pré pas carré armés de leurs appareils photos. Même si, avec beaucoup de tact, on peut se voir proposer le thé à le menthe sous la tente brune en poils de chèvres…

Alors, sur les hauteurs de Hanedour près de Nkoub, on a bien installé une école dans un bâtiment ocre en préfabriqué, pour ouvrir les populations les plus sédentarisées sur le monde. Mais cette planète-là est encore loin des préoccupations de ces gens de l’alpe d’ailleurs. L’industrialisation, les guerres, le développement économique, le tourisme même, n’ont guère modifié les modes de vie ancestraux des nomades. Dans le djbel Sarhro, on continue à élever quelques chèvres et quelques moutons, à changer de pâturage tous les quinze jours ou tous les mois, selon la richesse de la végétation et à quitter, le printemps venu, ces terres arides pour la grande transhumance. Car cette montagne sèche qui connaît parfois d’importantes chutes de neige se transforme, en été, en un enfer de caillasses chauffées à blanc sans la moindre goutte d’eau.

« Châh… », « Ousta  ! », accompagnés de leurs mules, regroupés en familles, les Aït Atta rejoignent alors la vallée, près de mille mètres en contrebas, pour traverser l’oued Dadès et remonter sur les premiers contreforts du Haut-Atlas central près du lac d’Izourar. Mais ça, c’est une autre histoire…

Pascal Kober

Une ouverture sur le monde

Depuis plusieurs années, l’association Grande traversée des Alpes mène des actions de développement rural en relation avec les autorités marocaines. Plusieurs centaines d’habitants de l’Atlas (et, depuis peu, du djbel Sarhro) ont ainsi été formés aux métiers de la montagne (guides, accompagnateurs, muletiers, aubergistes, mais aussi artisans, grâce à la renaissance de productions en déclin), en complément à leurs activités traditionnelles. L’enjeu est de favoriser la pratique d’un tourisme de randonnée et de découverte pour un large public, de mettre en valeur, voire de protéger les richesses naturelles et humaines de ces territoires situés à l’écart des grands flux touristiques et de contribuer à leur essor économique.

À lire
• Georges Spillmann, Les Aït Atta du Sahara et la pacification du Haut Dra, publications de l’Institut des hautes études marocaines, tome XXIX, éditions Félix Mocho, Rabat, 1936.

Autant que faire se peut, les toponymes ont été ici retranscrits dans la graphie employée sur les cartes au 1/100 000 éditées à Rabat par le ministère de l’Agriculture du royaume du Maroc.

Reportage publié dans le numéro 14, daté hiver 2003, de la revue L’Alpe.

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Canada : Festival jazz et blues d’Edmunston

Edmunston Band. Nouveau-Brunswick, Canada.Voir aussi une sélection d’images en bas de page.

Il n’y a plus d’orchestre municipal à Edmundston, région du Madawaska, province (francophone et francophile) du Nouveau-Brunswick. Belle lurette déjà que la bourgade alanguie sur les berges du fleuve Saint-Jean ne peut plus s’enorgueillir de l’existence de « la seule fanfare de filles de tout le Canada ». Alors, puisqu’il n’y a plus de musique à Edmundston, Gilles Guerrette a décidé de créer son festival de jazz. Vu de ce côté-ci de l’Atlantique, on se demande ce qui, dans la patrie du gigantesquissime festival de Montréal, peut bien animer à ce point une si petite ville située aux portes de l’état américain du Maine. Et on n’est pas déçu.

Thomy Valdes, batteur français, papy depuis peu, était de la première édition du festival d’Edmundston en 1994. Déjà avec son groupe, Thomy & co. Thomy et ses copains. Déjà, il avait fait danser toute la ville. Dix ans plus tard, les copains ont changé mais l’intention, elle, reste la même. Aujourd’hui, ils sont cinq sur la belle scène de la place de l’hôtel de ville : Rodolphe Guillard qui, plus que tout, aime le versant lyrique du saxophone soprano et le fait si bien chanter ; Pierre Reboulleau, pianiste bastiais au jeu véloce et qui ne dédaigne pas les claviers électroniques ; Jérôme Regard-Jacobez, qui sait ce que le mot groove veut dire et le tricote avec agilité sur sa Jazz Bass ; Philippe Valdes, grand voyageur, percussionniste amoureux fou de l’Afrique ; et Thomy Valdes, bien sûr.

Thomy, c’est ce diable de bonhomme qui m’avait fait rencontrer la note bleue soviétique. C’était en 1990 et la revue Jazz Hot avait alors consacré (dans son numéro 487, daté mars 1992) un grand reportage à cette échappée belle en Russie. Thomy, c’est aussi celui qui, contre vents et marées, réussit à faire programmer un concert de son groupe durant plus d’une heure sur M6 et tourner avec ses musiciens là où d’autres auraient déjà renoncé : festivals de Vienne ou de Rimouski, Slovaquie, Turquie, république tchèque, etc. Thomy, c’est un hymne à la vie à lui tout seul : bon batteur, pas mauvais entertainer lorsqu’il se met à scatter pour faire bouger une salle, toujours dans l’action, fut-elle parfois joyeusement improvisée.

Edmundston, c’était donc une manière de retour. Il le savait bien, Thomy, qui avait déjà mitonné son programme : musique et à-côtés : tournage vidéo avec l’ami réalisateur Pierre Mesnier, sweat lodge à l’indienne (la loge de la sueur, une sorte de sauna mâtiné de mysticisme) avec Jeanine, medecine woman, et Gilles, son maître du feu mic-mac et enfin, et surtout, huit représentations, pas moins, en quatre jours ! Nulle part ailleurs, dans aucun autre festival, on ne voit ça. Quelques minutes à peine pour les essais de son et c’est parti pour une heure de concert, aussitôt suivie d’une autre formation. De 11 heures jusqu’à 1 heure du matin, les groupes enchaînent ainsi leurs prestations sans interruption.

Et le public en redemande. Plutôt familial et clairsemé dans l’après-midi, bambins et grands parents gentiment réunis sur la pelouse, résolument jeune à mesure qu’avance la soirée, pour finir au bout de la nuit sur une piste de danse informelle en bord de scène. Il faut dire que le programme est à l’avenant avec des formations qui alternent le tréfonds des racines blues du continent américain, les fanfares façon Nouvelle-Orleans (manière de faire un clin d’œil aux filles du band d’Edmundston) et les toujours très consensuelles (en ce pays farouchement acadien) mélodies cajun. Et le jazz, me direz-vous ? Toujours présent mais au filtre d’une affiche qui essaie de ratisser large. Objectif : « intéresser les jeunes des écoles, impliquer les familles et finalement, faire mieux comprendre le jazz à la communauté ». Gilles Guerrette, responsable du comité de la programmation, lui-même pianiste, n’est pas peu fier de son œuvre : « Avant, chez nous autres, le jazz, ça faisait peur. On préférait le blues pour le côté party. Mais maintenant, au bout de dix éditions du festival, nos concitoyens commencent à l’apprécier. Nous réunissons vingt mille amateurs chaque année ! »

Entre temps, des musiciens comme le pianiste montréalais Oliver Jones ou la chanteuse new-yorkaise Ranee Lee sont venus « évangéliser » le public d’Edmundston. Résultat : on applaudit à tout rompre aux pitreries de Sax-O-Matic, un remarquable ensemble de saxophone, pêchu et rigolard, qui sait bricoler les thèmes de Pastorius tout autant que ceux de… Michael Jackson. On apprécie à sa juste valeur les jolis arrangements des jeunes étudiants de Jazz Tonic et on tombe immédiatement en amour avec chacune des quatre Muses, un quartet vocal aux harmonies finement ciselées.

Thomy l’a bien compris qui, immédiatement, intègre à son répertoire habituel plutôt centré sur de toniques compositions personnelles, un Autumn leaves de derrière les fagots. Le groupe n’a pourtant pas vraiment besoin de jouer le grand jeu de la séduction pour emporter l’adhésion du public canadien. Car tout, dans la présence du batteur-chanteur comme dans celle de ses musiciens, tourne autour d’un jazz qui n’oublie jamais la danse, le swing et l’énergie. Et ça marche évidemment. Parce que le cœur y est, tout comme cette furieuse envie de jouer en dépit de conditions météorologiques pas toujours très favorables.

Les incantations aux mânes des Indiens lors de la sweat lodge n’y auront rien changé mais c’est peut-être donner trop de sens à cet exotisme-là que de penser que vingt-quatre heures de tribulations suffisent à saisir l’âme d’un pays. Auto, avion, escale à Francfort, avion et auto de nouveau (plusieurs centaines de kilomètres entre Montréal et Edmundston), ça vous fatigue surtout un voyageur. Dans la petite ville du Nouveau-Brunswick, l’heure était donc davantage au repos des corps pour préparer les agapes des concerts et des nombreux bœufs ayant émaillé quelques nuits mémorables. Et à la découverte d’un univers somme toute pas si familier en dépit des nombreuses similitudes entre cultures européennes et nord-américaines. Là comme ailleurs, dans ce domaine (celui du jazz) comme dans bien d’autres, c’est l’humilité qui est la clé de la compréhension et de l’échange.

Pascal Kober

Festival jazz et blues d’Edmundston, 8, 44e avenue, Edmundston, Nouveau-Brunswick E3V 2Z9, Canada. Tél. : + 1 506.737.8188Site Internet. Chronique publiée dans le numéro 612, daté juillet-août 2004, de la revue Jazz Hot.

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Anthologie des musiques traditionnelles de France

Patrick Frémeaux est un éditeur comme je les aime. Intelligemment militant, avec des parti-pris et une exigence quant au contenu de ses productions, consacrées pour l’essentiel au patrimoine sonore. Ce dernier entendu au sens large du terme puisque son catalogue va de ce fou de Pierre Barouh jusqu’à Michel Serres en passant par le chant des… oiseaux des Alpes ! On retiendra notamment sa récente anthologie des musiques traditionnelles de France qui compte dix volumes pilotés par l’ethnomusicologue Guillaume Veillet et complétés par des livrets très bien documentés.

Pascal Kober

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1910 – 2010 : dans le sillage de Jorge Chavez

Tout juste un siècle après la première traversée des Alpes par l’aviateur péruvien Jorge Chavez en 1910, la rédaction de L’Alpe a refait ce parcours, mémorable à plus d’un titre, avec, dans le rôle du pilote, Alain Belmont, l’auteur de l’article lui-même. Quand le vécu rejoint l’histoire dans une belle aventure pleine d’émotions. Un reportage à lire dans le numéro 52 de la revue (La voie des airs), daté printemps 2011 et dont voici quelques images inédites brillamment légendées par Dominique Vulliamy, rédactrice en chef adjointe de L’Alpe.

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Clef de fa

Pascaline MinellaTrès beau travail graphique de Pascaline Minella qui joue sur les échelles de représentation avec beaucoup de bonheur pour réaliser l’affiche du soixante-troisième festival international de musique de Besançon, en Franche-Comté. Vu de loin, l’image ressemble à un bon vieux caractère typographique au plomb un peu abîmé. De près, elle dévoile une si jolie silhouette… Un coup de patte qui séduit les bassistes ;-)

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Disparition d’Abbey Lincoln

Abbey Lincoln« Pour ceux qui n’aiment pas le jazz »… Dans le programme du festival de cette année-là, je signais ce texte qui se concluait ainsi, en appoggiature du concert annoncé d’Abbey Lincoln : « L’amour du jazz est un cheminement, avec des passages obligés, comme des étapes où il fait bon se reposer avant d’aborder d’autres aventures. Un seul fil conducteur à ce voyage : la curiosité. Sans laquelle rien n’a jamais été possible. Il existe mille façons d’aimer le jazz. Comme il existe mille manières d’aimer. Tout court. » Abbey Lincoln nous a quittés hier. Elle venait tout juste de fêter son quatre-vingtième anniversaire. So long, Abbey…

Abbey Lincoln. La Rampe, Grenoble Jazz Festival, 1992. Photo : Pascal Kober

Lire aussi trois entretiens avec Abbey Lincoln parus dans les numéros 381 (1981), 485 (1992) et 524 (1995) de la revue Jazz Hot.

More about her…

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Musique : où est-ce qu’on paie ?

Un excellent (quoique un tantinet bavard ;-) papier sur la musique numérisée par un enseignant de design à l’école d’art du Havre. Également auteur de ce joli aphorisme : « (je n’ai pas de mémoire du coup je me relis régulièrement pour savoir ce que je pense :-) ». C’est là.

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Les oiseaux guitaristes de Boursier-Mougenot

Ce musicien niçois travaillant à Sète organise d’étonnantes installations avec des oiseaux voletant autour de guitares électriques qui leur servent également de mangeoires et de perchoirs. L’art contemporain comme on l’aime : merveilleux, poétique et pas bavard !

Une vidéo et un petit article de contextualisation.

Une biographie de l’artiste sur le site de sa galerie.

Un livre sur l’artiste.

À la source de ce billet…

PS aux musiciens : dans la vidéo, les guitares sont accordées en open tuning. En clair, jouées à vide, les cordes produisent un accord parfait (enrichi ?) afin de rendre l’ensemble plus « harmonieux ».

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Jolie pub !

… pour les appareils photos numériques compacts de Nikon. Les autres images de la campagne ainsi que des vidéos peuvent être vues ici.

Nikon pub

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Un livre numérique de photos pour l’iPhone

Des images très coffee table book mais l’application (gratuite) est plutôt agréablement réalisée.

Un livre numérique de photos pour l’iPhone.

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Ulysse en Italie

Dans son numéro de juin 2010, le magazine s’est intéressé à l’Italie romantique et notamment à la région alpine des grands lacs, mais aussi au val d’Aoste et aux Dolomites. L’occasion de saluer le beau travail journalistique (c’est si rare !) d’une revue dédiée au voyage qui part d’abord à la rencontre des femmes et des hommes qui bâtissent les paysages.

Pascal Kober

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Planète : Jazz(s), mes amours, mes voyages

De Miles à Toots, de Betty Carter à Aziza Mustafa Zadeh, des steppes russes aux cieux caraïbes, de tournées en festivals, trente ans déjà que je parcours les territoires du jazz. Vingt ans déjà que Jazz Hot, plus ancienne revue de jazz du monde (créée en 1935 !) publie mes breakfast interviews, mes chroniques de disques, mes grands reportages et mes photos de musiciens. Sélection partielle et partiale…

Produite par Thierry Serrano pour le service culturel de la mairie de Vaulx-en-Velin, cette exposition itinérante a été présentée à plusieurs reprises dans de nombreuses institutions : Rencontres photographiques du centre culturel Simone-Signoret de Château-Arnoux (Alpes-de-Haute-Provence), Espace d’art contemporain pour le festival À Vaulx Jazz (Rhône), Médiathèque pour le festival Crest Jazz Vocal (Drôme), Médiathèque de Nouzonville (Ardennes), Palais du Parlement pour le Grenoble Jazz Festival (Isère), etc.

Si vous souhaitez présenter ce travail dans votre équipement culturel ou votre galerie, et obtenir les conditions de représentation de l’exposition, merci d’envoyer un message en cliquant sur le menu « Contact » en haut de page.

Cliquez sur les vignettes pour voir les photos en grand format et les textes liés. Les petites flèches en bas des images agrandies vous permettront de passer aux documents précédents ou suivants. Un clic dans l’image agrandie vous ramènera à cette page.

K

Attention : exposition à l’épreuve !

Texte, photo, journalisme, musique… et toutes ces sortes de choses qui se jouent du temps et gardent trace de la vie. Je les voudrais amateurs. Du latin « qui aime » : le texte sur un carnet de voyage ; la photo « de famille » ; et le journalisme comme une écoute candide des murmures de la planète. La musique, enfin, en respiration et en parfait dilettante. Le photographe ne connait pas ce formidable retour du public juste après l’énoncé final d’un thème. Plaisir du musicien en direct. Or, au fond, au-delà des diverses formes d’expression, il s’agit bien d’abord de plaisirs.

Une expo de mes photos ? ’z’en ont de bonnes ! Jamais fait d’expo, moi. Déjà que j’ai du mal à définir mon activité… Versant professionnel : carte de presse numéro 49142. Photographe ou journaliste ? Euh… Ça s’expose, du texte ? Versant cartable : les Beaux-arts. Plasticien, donc ? Mouais… J’avais alors inventé un personnage qui m’allait bien : le renifleur du temps. Un moment oubliée, l’expression balise à nouveau ma carte de visite. J’ai toujours préféré les sentiers de traverse aux autoroutes de l’information.

Quant à retrouver mes petits parmi plusieurs dizaines de milliers d’images… Ah, la vie de grand reporter… Au fil du temps, archives à gérer, originaux perdus, négatifs rayés, photos oubliées, supports inadaptés, j’en passe et des meilleures. L’Agfachrome développé il y a près de trente ans dans un coin de ma cuisine parisienne côtoie l’Ekta de dernière génération traité Quality Lab, mais voisine également avec un vague film noir et blanc griffé ex-soviétique troqué au hasard d’une ruelle de Saint-Petersbourg pour répondre à un besoin urgent ou un fichier numérique empli de pixels. Sans parler du contenu de ces documents : depuis l’immense Dizzy jusqu’au petit copain, un bel éventail des musiciens de la planète jazz et aussi des mille et une pratiques de la prise de vues. Et eux, ils me demandent une expo !

Après ça, étonnez-vous du choix de la forme. Iconoclaste et peut-être bien inédite. Cadres et cimaises, certes, mais à l’intérieur, adieu marie-louise et belle photographie tirée sur papier baryté. Bonjour l’épreuve de photogravure réalisée à partir d’un fichier de mise en page. Les photographes, les vrais, vont hurler, eux qui vivent encore trop souvent sous la dictature du dieu piqué. Comment ? Une expo de photos scannées, tramées, numérisées… Quant à moi, j’aime, dans sa matière brute, ce drôle de papier satiné qui préfigure l’odeur de l’encre fraiche et qui marie avec tant de bonheur la couleur et la monochromie, les photos de famille prises au compact et les portraits réalisés en studio, les croquis et les grains d’argent. Bref, mes images et mes mots, ici fidèlement reproduits.

Pascal Kober

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Calembredaines et coquecigrues

En clin d’œil à l’album de bande dessinée Avatar et coquecigrues, signé par Alexis (éditions Audie, 1975), des billevesées et autres farfeluteries glanées au fil des jours sur Internet et ailleurs…

• Quel est le synonyme de synonyme ?

• Mais que peuvent les crustacés face au béton qui, lui aussi, s’incruste assez ?

• « Nous sommes une industrie de prototype. » Michel Piccoli, à propos du cinéma.

• «  Les enfants, eux seuls savent que la foi est plus belle que dieu. » Claude Nougaro à Jean-Louis Foulquier (France Inter).

• « Engager des gens intelligents pour leur dire ce qu’ils doivent faire n’a aucun sens ; nous avons engagés des gens intelligents pour qu’ils puissent nous dire ce que nous devons faire. » Attribuée à Steve Jobs, CEO d’Apple.

• « Quand un passager de pied a en vue, flûtez le klaxon. Trompetez-le mélodieusement au début, mais s’il continue d’obstacler votre passage, alors flûtez-le avec vigueur. » Lu, en « français », dans une brochure de location de voitures à Tokyo. Extrait de Dans l’enfer de l’information ordinaire, de Christian Morel (éditions Gallimard).

• « In the word newspaper, what matters is not the word paper. » Le patron du New York Times.

• Quelques versions détournées de la célèbre pochette de l’album Abbey Road des Beatles : c’est là.

• Heureux qui connut Nice. C’est le joli titre d’un documentaire de Robert Bozzi.

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Les fous du camping

C’était au temps où de hideux « mobilomes » n’avaient pas encore défiguré le paysage de nos vacances hexagonales et où l’on pouvait parfois croiser une jeune campeuse en train de planter une tente à côté de sa… Porsche ! Héritage du Front populaire, le camping se décline en de multiples pratiques, depuis les premières vacances à bicyclette jusqu’aux grands raids en montagne pour accompagner un papa chargé de photographier les gravures rupestres du Mercantour. Ce livre rassemble de courtes tranches de vies émaillées d’images nostalgiques qui font la part belle aux congés payés et aux anciens catalogues de Trigano et du Vieux Campeur. Touchant. Par l’éditeur de Fous de vaches qui m’avait déjà enchanté.

Pascal Kober

Par Jean-Marc Gourdon. Éditions Castor & Pollux. 240 pages. 25 €.

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Le Maître-loup

Adieu réchauffement climatique. Vive le nouvel âge glaciaire, royaume des loups et des sinistres ravageurs. Dans ce roman d’anticipation, Gwénaëlle Kempter, fait évoluer Aleksei, son personnage principal, dans des Alpes inexorablement recouvertes par l’avancée de monstrueux glaciers. En dépit de quelques petites maladresses d’intrigue, on se laisse volontiers prendre par ce récit bien mené qui vous emporte dans une montagne très inhospitalière entre le Grand-Saint-Bernard et les sources d’eau chaude du Valais.

Pascal Kober

150 pages. 17,46 €.

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La ligne du Lötschberg

Non contents d’avoir su créer et entretenir leurs chemins de fer, nos amis helvétiques savent également les mettre en valeur de bien des façons. Ce petit guide détaille ainsi par le menu les dix étapes du sentier qui longe la célèbre voie ferroviaire du Lötschberg sur deux tronçons principaux : rampe nord, dans le canton de Berne, entre Frutigen et Kandersteg ; et rive droite du Rhône, dans le Valais, jusqu’à Brigue. Le principal intérêt de cet ouvrage n’est pas, comme souvent, de paraphraser la carte mais bien de donner les clés de lecture du terrain tant dans ses dimensions naturelles (paysages et reliefs) que historiques ou patrimoniales (ouvrages d’art, constructions, etc.). Ou comment faire du sport intelligemment et sans se forcer (cette randonnée est d’un niveau très facile) tout en apprenant à décrypter les signaux acoustiques du petit train de la montagne (tchouf-tchouf, tut-tut, ding-dong !) ou à traverser les pitons rocheux avec élégance. Passionnant…

Pascal Kober

Par Hans-Peter Bärtschi. Éditions Rossolis. 184 pages. 20 €. Un guide identique, rédigé par Killian T. Elsasser, existe également sur la ligne du Gothard.

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Les Petits cahiers intempestifs d’artiste

La belle revue stéphanoise a lancé une nouvelle collection consacrée à des livres d’artistes. Le second volume a paru ce printemps et présente une œuvre sous forme de puzzle géant du peintre Jean Le Gac. La pièce est livrée pliée en accordéon dans une boîte carrée en plexiglas. Splendide.

Pascal Kober

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Les nuages… là-bas… les merveilleux nuages

Eugène Boudin traversa le XIXe siècle pour annoncer l’impressionnisme. Autour de ses études de ciel, souvent marines, toujours magistrales, le musée Malraux du Havre a bâti une exposition (jusqu’au 24 janvier 2010) qui confronte le regard du peintre et la façon dont les photographes ont poursuivi ses recherches. Un voyage chronologique, depuis les précurseurs comme Le Gray dans les années 1850 jusqu’aux œuvres contemporaines d’Elina Brotherus, François Méchain ou Jean-Luc Tartari en passant par l’Américain Ansel Adams, le Britannique Hamish Fulton ou l’Italien Franco Fontana. Un beau travail de recherche, éclectique, érudit et fascinant dans sa complexité, dont rend compte ce catalogue lumineux.

Pascal Kober

Ouvrage collectif. Somogy éditions d’art. 200 pages. 25 €.

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Les fromages du fromager

Jean Serroy, auteur prolifique, dépeint avec beaucoup de justesse la personnalité truculente de Bernard Mure-Ravaud, meilleur ouvrier de France et meilleur fromager international (éditions Glénat). Au fil des descriptions de 168 productions et de 129 recettes issues de la France entière, on finit par tout savoir de l’origine des fromages, de leur mode de production, de leur typicité, de leur méthode d’affinage et des meilleures manières de les servir et de les accompagner. Le photographe Bruno Moyen, assisté de Fred Kazak pour le stylisme, pose quant à lui sa patte d’artiste sur une mise en images sobre, comme pour mieux rappeler que la vérité du produit se suffit toujours à elle-même pour élaborer un plateau qui ravira les papilles. Un ouvrage miam présenté dans son écrin de bois.

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