C’était Eddy

Eddy Louiss (orgue). 1941-2015 Festival de jazz de Grenoble (France). Mars 1988

Eddy Louiss (orgue). 1941 – 2015. Festival de jazz de Grenoble (France). © 1988 Photo Pascal Kober.

Hors de l’eau un orgue a surgi
C’est pas Nemo
C’est Eddy

À l’horizon, l’orgue se hisse
Ho hisse et ho
C’est Louiss

Claude Nougaro lui avait dédié une chanson : C’est Eddy. C’était dit. Tout est dit. En 1971, sur son album Sœur âme. Et sur une musique d’Eddy Louiss, évidemment. Jeu avec les mots. Comme les aimaient Claude. Quel autre musicien français de jazz peut aujourd’hui se vanter d’être le sujet-même d’un texte écrit par Nougaro ? Cet organiste à la carrure de Gargantua a accompagné aussi bien Jane Birkin que les Double Six, Stan Getz ou Henri Salvador et c’est le grand Michel, Legrand, qui l’avait présenté à Claude Nougaro. J’ai rencontré Eddy à plusieurs reprises, comme ici, en mars 1988 au festival de jazz de Grenoble. Deux ans plus tard, au festival Jazz à Vienne, pour un concert qu’il avait donné avec son Multicolor Feeling, il avait défié l’un des plus monstrueux orages qui se soit jamais déversé sur le théâtre antique de la vieille cité romaine. Dans ma chronique pour la revue Jazz Hot, j’écrivais alors : « Samedi 30 juin. 2045. Dernière note du chorus de basse de Marc Michel. La reprise du premier thème d’Eddy Louiss est saluée par un gigantesque coup de tonnerre. Les soixante cuivres du Multicolor Feeling se passent de sono. Sur les gradins du théâtre antique, cinq mille spectateurs tentent l’exorcisme. Règle du jeu : on ne bouge pas, ça va s’arranger. Pendant que l’on assèche la scène, Dizzy Gillespie envoie quelques notes depuis sa loge avec un micro HF. Les spectateurs, eux, sont restés. Le public de Jazz à Vienne est formidable. »

Eddy nous a quittés ce mardi 30 juin 2015. Salut l’artiste…

Pascal Kober

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Anne Sila : une fraîcheur solaire

Réactualisation du vendredi 15 mai 2015 : Anne Sila sera l’une des invités du pianiste Jacky Terrasson à l’Olympia le mardi 9 juin 2015. En compagnie (notamment) du trompettiste Stéphane Belmondo, du guitariste Marcio Faraco ou encore de la chanteuse Cecile McLorin-Salvant, l’une des plus belles découvertes de ces dernières années en jazz vocal.

Réactualisation du samedi 25 avril 2015 : Anne Sila est ce soir en finale dans l’émission The Voice sur TF1. Tous mes vœux de succès, Anne ! Puisses-tu, dans cette machine bien huilée, glisser quelques-unes de ces petites notes bleues dont tu as le secret ;-)

Anne Sila. Esplanade Saint-Vincent. Festival Jazz à Vienne. Dimanche 8 juillet 2012. © Photo : Pascal Kober.

Elle a le sourire lumineux. Au point qu’Anne Sila est qualifiée de « solaire » par Éric Torlini, directeur artistique du festival Couleur Jazz. Solaire ? Le concert d’Anne témoigne pourtant d’abord d’une indéniable fraîcheur, conjuguée à une étonnante maturité pour une si jeune musicienne. Ce sourire lumineux évoque la douce clarté d’une aurore estivale du Grand Nord. À l’orée d’une quasi-nuit qui tarde un peu à s’échapper et d’un jour qui aspire à poindre. Un diapason septentrional qui s’accorde bien à la voix d’Anne. Encore un tantinet ancrée dans un solide enseignement musical qu’elle subvertit toutefois déjà pour expérimenter les itinéraires de ses prochaines aventures. Bref, la voie d’une voix qui, demain, en conjuguant ses multiples talents, pourrait bien compter dans le monde du jazz vocal. En prémices d’une promesse : joli filet et léger voile (qui rappelle parfois une Lisa Ekdhal ; minauderies en moins), finesse extrême du phrasé, et ce délicat murmure dont elle joue à merveille (comme sur My foolish heart), à l’instar de la grande Betty Carter, mais sur un registre moins spectaculaire. Enfin, ce souffle apprivoisé que n’aurait pas renié un Stan Getz. Pour Couleur Jazz, Anne Sila a choisi un trio qui sait rester au service de son chant mais qu’elle n’hésite pas à solliciter : François Gallix aux graves fondateurs, Benoît Thevenot, qui tricote un bel écrin pianistique au lyrisme juste contenu, et à la batterie, Nicolas Serret, au jeu tout à la fois discret et d’une redoutable efficacité. Littéralement emportée par le combo, Anne Sila s’envole sur un répertoire aux tempos rapides, faisant montre d’une parfaite maîtrise rythmique, d’un joli sens de l’harmonie qui lui permet quelques improbables échappées dans des chorus très enlevés et d’un contact enjoué avec son public qu’elle met d’ailleurs à contribution lors d’un bis sur Route 66. À peine regrettera-t-on l’absence d’une ou deux ballades supplémentaires qui nous aurait permis d’écouter la belle dans un contexte plus intime. Mais on se console avec cette magnifique composition de sa plume autour du poème de Victor Hugo Demain, dès l’aube, qui a déjà des allures de futur standard du French songbook ;-) Anne revient ici au violoncelle, son premier instrument. Et elle y est radieuse. Comme si celui dont on dit que sa tessiture est la plus proche de celle de l’âme humaine pouvait lui ouvrir d’autres portes pour un singulier duo. Un concert comme un petit bonheur…

Pascal Kober
Renifleur du temps
Samedi 28 avril 2012 

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Disparition de B. B. King : le blues de Lucille

B. B. King au festival Jazz à Vienne. Mardi 1er juillet 1997. © Photo : Pascal Kober

B. B. King au festival Jazz à Vienne. Mardi 1er juillet 1997. © Photo : Pascal Kober

Le grand musicien de blues nous a quittés le 14 mai 2015 à l’âge de 89 ans.

Lucille, sa célèbre guitare, gently weep

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Happy birthday Jazz Hot!

Les 28 et 29 mars dernier, la doyenne internationale des revues de jazz fêtait ses 80 ans derrière le Moulin Rouge à Paris, dans l’antre de Boris Vian (qui fit partie de notre rédaction dans les années 1950). La fête a vu passer de nombreux amis des mondes du jazz et de tout aussi nombreux musiciens comme Ellen Birath (chant), Daniel Chauvet (contrebasse), Philippe Desachy (saxophone baryton), Jean-Yves Dubanton (guitare), Bonney Fields (trompette), Ricky Ford (saxophone tenor), Agathe Iracema (chant), Michel Laplace (trompette), Kirk Lightsey (piano, ci-contre), Isabella Lundgren (chant), Gérard Naulet (piano), Lia Pale (chant), Michel Pastre (saxophone tenor), Mathias Rüegg (piano), etc. Voir la petite galerie ci-dessous dans laquelle un photographe facétieux a inopinément glissé trois images en forme de clin d’œil ;-) Saurez-vous les retrouver ?

Un anniversaire à poursuivre avec Delaunay’s Dilemma, une exposition consacrée à l’oeuvre de Charles Delaunay, fondateur de Jazz Hot, qui montre notamment ses Noirs au blanc, saisissants portraits de musiciens réalisés dans les clubs. L’accrochage dévoile également les coulisses de la naissance de la première revue de jazz du monde, créée en 1935.
Jusqu’au 11 avril 2015 à la Fond’action Boris Vian, 6 bis cité Véron, 75018 Paris. Entrée libre.

Pascal Kober

Pour en savoir plus sur cet anniversaire et sur la revue, voir le site Internet de Jazz Hot.

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Carmen Souza : transatlantique !

Carmen Souza, La Faïencerie. © 2015 Photo : Pascal Kober

Elle est née à Lisbonne, mais ses parents sont originaires du Cap Vert, au large du Sénégal. C’est donc tout naturellement que Carmen Souza interprète Sodade de Cesaria Evora (bien sûr), mais aussi Song for my father de Horace Silver dont le père était également issu de Dja r’Ma, l’île de Maio, située au sud de l’archipel.

Rien de très orthodoxe toutefois dans les relectures de cette chanteuse à la voix délicieusement polymorphe. Quand le jazz est là, la morna de Sodade ne s’en va pas. Elle se dévergonde en flirtant nonchalamment avec la note bleue dans une harmonisation qui joue le jeu d’un équilibriste dont le fil serait tendu entre deux mondes. Quant à la chanson pour son papa, elle prend fort justement ces couleurs latines qu’on ne lui connaissait guère. Ou pas à ce point.

Ce pont entre un Portugal du vieux continent et le nouveau monde des Amériques via les îles atlantiques est très intelligemment bâti par un directeur musical d’exception. Theo Pas’cal est bassiste. Excellent bassiste. Mais pas seulement. Theo est également un remarquable arrangeur qui accompagne les voyages vocaux de Carmen Souza depuis treize ans déjà. Une complicité dont on mesure la rareté à chaque instant de leur concert. Remarquablement accompagné par le Britannique Aidan Glover au piano et Elias Kacomanolis, un percussionniste né au Mozambique qui fait preuve d’une belle finesse, ce quartet-là vous embarque de bout en bout pour un voyage au (très) long cours.

Une nouvelle belle découverte d’Élisabeth Mathieu qui dirige la Faïencerie, cette petite salle de l’agglomération grenobloise (à La Tronche). En 2013 déjà, elle programmait Youn Sun Nah, quelques mois à peine avant que la chanteuse coréenne ne rassemble plus de sept mille personnes à Jazz à Vienne. C’est bien là tout le bonheur que l’on peut aujourd’hui souhaiter à Carmen Souza et à ses musiciens !

Pascal Kober
Renifleur du temps

Site Internet de Carmen Souza

Site Internet de la Faïencerie

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Alzy Trio : Seize cordes en bal(l)ades

English version below

Pascal Kober (basse), Christian Sanchez (guitare) et Thierry Rampillon (guitare)

Design : Michka Piera

Depuis les langoureuses mélodies de la bossa nova jusqu’à la note bleue du jazz en passant par les mots doux de la chanson française et les rythmes du flamenco, le séduisant voyage de seize cordes en bal(l)ades qui revisitent à leur façon, très singulière, les grands standards du répertoire.

Après la parution de Seize cordes en bal(l)ades, son premier disque, enregistré en 2007 et également disponible sur iTunes et les principaux sites de téléchargement de musique, l’Alzy Trio a fêté sa dixième saison d’existence en 2012 et donne toujours chaque année plusieurs concerts en France ainsi qu’à l’étranger.

Le groupe réunit aujourd’hui encore les trois mêmes amis musiciens : Pascal Kober à la basse acoustique fretless, Thierry Rampillon et Christian Sanchez aux guitares acoustiques. Plusieurs belles expériences font écho à ce premier opus : une émission de télévision avec Pierre Barouh, Sheyla Costa et Jean-Pierre Mas, une participation au festival de jazz de Tanger, au Maroc ou encore les projets Friends rassemblant une kyrielle d’invités exceptionnels.

Le deuxième disque de l’Alzy Trio est paru à l’automne 2011. Il est consacré à un French songbook, comme en clin d’œil au Great American songbook qui fait la part belle aux standards de la chanson de Broadway repris par les plus grands musiciens de jazz. Ce nouveau répertoire propose des arrangements instrumentaux originaux réalisés à partir des plus belles chansons françaises, thèmes emblématiques, connus dans le monde entier. Plusieurs amis musiciens invités (Tamanga Bévis et Elsy Fleriag au chant, ainsi que Jean-Pierre Jackson à la batterie) apportent également leur pierre à cet édifice architecturé autour du plaisir de jouer et des sourires complices, sur des thèmes de Serge Gainsbourg (La javanaise), Michel Legrand (Chanson de Maxence, Chanson des jumelles), Claude Nougaro (Cécile ma filleLes pas, Tu verras, Un été), Jacques Prévert et Joseph Kosma (Les feuilles mortes), Aldo Romano (Rimes) ou encore Charles Trénet (Que reste-t-il de nos amours ?).

Écoutez quelques thèmes du premier disque ici :

Wave
Corcovado
So danço samba
Insensatez
Balanço
Rimes
So what
Birdland

Pour acheter le CD de l’Alzy Trio dans la vraie vie, merci d’envoyer 10 euros (frais de port inclus) à : Association Jazz en ballade, 7, rue d’Aquitaine, 38130 Échirolles, France. Pour le télécharger, rendez vous sur iTunes ou sur les principales plates-formes de téléchargement légal. Enfin, pour tout connaître des prochaines dates de concerts, et voir des vidéos ainsi que quelques reportages sur les tournées, visiter le site Internet de l’Alzy Trio.

From sultry Bossa Nova melodies (João Gilberto, Vinícius de Moraes, Tom Jobim, Michel Jules…) to timeless jazz standards (Chick Corea, Dizzy Gillespie, Miles Davis, Charles Mingus, Stevie Wonder, Joe Zawinul…), French favorites (Pierre Barouh, Joseph Kosma, Francis Lai, Michel Legrand, Yves Montand, Claude Nougaro, Aldo Romano, Henri Salvador…) and flamenco rhythms (Paco de Lucia), this 16-string trio adds its personal touch to the great classics of our time.

Click here to go to Alzy Trio’s website and know more about concerts, tours, videos and photo reports about the band.

To order the CD, simply send ten euros (postage included) to : Association Jazz en ballade, 7, rue d’Aquitaine, 38130 Échirolles, France.

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Les neiges du désert

À l’Occident de l’Orient, un hiver dans le djbel Sarhro. Des tirages en très grand format à découvrir (avec les peintures de Nassera Bouziane et de Christian Keramidas, ainsi que les photographies de Sahbi Hamada) jusqu’au samedi 31 janvier 2015, du mardi au samedi, de 13 h à 20 h, à la galerie More Art Tea, que vient d’ouvrir Isabelle Colbrant, au 41 rue Lesdiguières à Grenoble.

Scans : Yannick Brisquet, Glénat Production, Grenoble.
Tirages : Ludovic Fortoul et Jean-Louis Mathieu, Atelier Photo 38, Grenoble.

Ces neuf photographies ont été réalisées en février 1992 dans un rayon d’une vingtaine de kilomètres autour de Tizi n’Ouarg (province de Ouarzazate, Maroc). Elles ont, pour partie, été publiées dans un reportage paru dans le numéro 14 de la revue L’Alpe.

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La Radio Télévision Suisse aime L’Alpe

Le numéro d’automne de la revue a été présenté dans l’émission Détours de la Radio Télévision Suisse, via un entretien d’une dizaine de minutes avec Madeleine Caboche, son animatrice. L’émission peut-être écoutée, podcastée ou téléchargée ici. La séquence concernant les excentriques, fadas et autres rêveurs, objets du dossier de ce numéro, démarre aux alentours de 43′ mais il ne faut par rater la première partie qui évoque la vie de Pierre Martelanche, un vigneron de la côte roannaise qui était également artiste brut. Cette partie se conclut par une rencontre avec André Robillard, un étonnant personnage parlant… martien (!), découvert par Jean Dubuffet en 1965 et dont la Collection de l’art brut de Lausanne et le théâtre de Vidy (canton de Vaud, Suisse) présenteront deux expositions du 28 novembre au 18 décembre 2014 (et jusqu’au 19 avril 2015 à Lausanne).

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Elounda : impressions crétoises (Cretan’s mood)

Les environs d’Elounda sont l’un de ces rares endroits au monde où l’on peut nager au cœur même de ruines millénaires. Cette civilisation minoenne engloutie m’a touché. Dans les eaux cristallines de l’ancienne cité d’Olous, j’ai rencontré une sirène. Pas sûr que ce soit Artemis Vritomartis, mais je suis convaincu qu’il y a là un lien avec la magie et la beauté de ces côtes crétoises. Seule Lida sait que seul le poisson sait… La prochaine fois, nous emporterons un verre de vin (crétois) pour marcher le soir venu autour de l’île…

Elounda Island Villas’ surroundings are one of these rare spots in the world where you can swim into the very heart of millenarian ruins. Minoan civilization touched me ! In the crystal waters of the ancient city of Olous, I had a rendezvous with a mermaid ! Not sure if it was Artemis Vritomartis. But I’m convinced that it has something to do with the magic and the beauty of this little hidden paradise of Cretan coast. Only Lida knows that only the fish knows (everything)… Next time, we’ll have a walk together during the night around the island with a glass of Cretan wine ;-)

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Disparition : Charlie Haden

Le contrebassiste américain nous a quittés hier. Un merveilleux musicien dont le jeu, tout de sobriété, se situait aux antipodes des rodomontades véloces de certains bassistes de jazz. De son bel itinéraire musical autour de la note bleue, particulièrement aventureux et toujours curieux de tout, je retiens notamment sa création à la fin des années 1960, avec la pianiste Carla Bley, du Liberation Music Orchestra ; ainsi qu’un merveilleux thème, Silence, qu’il avait écrit sur un disque enregistré pour ECM en 1980 avec le saxophoniste norvégien Jan Garbarek et le guitariste brésilien Egberto Gismonti. J’avais rencontré Charlie Haden à plusieurs reprises et notamment à Vienne en 1988 (image ci-dessous). Salut l’artiste…

Charlie Haden (1937-2014). Festival Jazz à Vienne (juillet 1988). Photo : Pascal Kober.

Charlie Haden (19372014). Festival Jazz à Vienne (juillet 1988). Photo : Pascal Kober.

Le site Internet de Charlie Haden est là.

L’article de Wikipedia sur le contrebassiste est très bien documenté.

Voir aussi les numéros 279 (paru en 1972), 446 (paru en 1987), 512 (paru en 1994) et 560 (paru en 1999) de la revue Jazz Hot.

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Exposition : dans les coulisses de Jazz à Vienne

Dans les coulisses de Jazz à Vienne

Plus de vingt ans maintenant que je me glisse dans les coulisses des grands festivals de jazz de la planète pour conter la note bleue aux lecteurs de Jazz Hot, la doyenne des revues de jazz, créée en 1935 à Paris par Charles Delaunay et Hugues Panassié.

De Pointe-à-Pitre à Saint-Petersbourg en passant par Anvers, Istanbul, Montreux, Stockholm ou Tanger, mes amours, mes voyages sont là. Plus proches aussi parfois, comme au festival Jazz à Vienne. Ici, les Alpes viennent tremper leurs pieds dans un Rhône qui étale langoureusement ses méandres, enlaçant la belle colline sur laquelle est bâti un théâtre antique. Depuis plus de trente ans, les vieilles pierres romaines accueillent durant la première quinzaine de juillet les meilleurs musiciens de jazz du monde, venus y jouer devant une tapisserie d’humanité (© Claude Nougaro ;-) composée de plus de sept mille spectateurs.

C’est dans ce lieu magique que la vingtaine d’images de cette exposition, soigneusement sélectionnées et somptueusement tirées par Ludovic Fortoul et Jean-Louis Mathieu, ont toutes été réalisées. Des scènes souvent intimistes, vécues en toute amitié avec les musiciens, mais qui sont de plus en plus difficiles à saisir en raison de la volonté affirmée de l’entourage des artistes de contrôler leur image. Alors même que sept mille spectateurs déclenchent sept mille fois leurs sept mille téléphones portables dans les gradins du théâtre antique… Vous avez dit « paradoxe » ?

Demain, que restera-t-il de la mémoire photographique du jazz ?

Expositions à Grenoble du mercredi 25 juin au samedi 6 septembre 2014 sur deux sites en vis-à-vis l’un de l’autre :
L’Atelier photographique 38, 104 cours Jean-Jaurès. 04 80 38 55 93
• L’Aiglon, 1 rue Camille-Desmoulins. 04 76 17 06 83.

Et pour entrer, par les mots et par les images, dans les coulisses de la préparation de cette exposition sur les coulisses de Jazz à Vienne ;-) deux liens Internet :

• Sur France 3, voir le reportage télé d’Isabelle Colbrant et d’Yves-Marie Glo.

• Sur France Bleu, écouter le portrait radio réalisé par Michèle Caron. 

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Mélanie de Biasio au palais idéal du facteur Cheval

Au pied de l’alpe est un palais. En ce palais sont des artistes. Ferdinand Cheval, facteur de son état, imaginait-il que son fameux palais idéal deviendrait lieu de rassemblement de tous les amoureux de l’art brut ? Imaginait-il qu’une directrice férue de culture, d’art et de musique, inciterait d’autres créateurs à s’exprimer dans cette improbable œuvre d’art qui chatouille les falaises du Vercors toutes proches ? Marie-José Georges l’a fait. Et diablement bien fait ! En 2012, avec une installation de Niels Udo ou encore avec Titouan Lamazou. Cette année (jusqu’au 29 juin) avec une surprenante création de Bernard Pras, un artiste qui, à partir de matériaux hétéroclites, a redessiné un portrait du célèbre facteur, visible depuis un seul point de vue, un peu à la manière d’un Georges Rousse. Le site et l’installation de Bernard Pras mériteraient à eux seuls le détour, mais ce cadre magique et ses nuits étoilées se prêtent également bien au spectacle. Le palais idéal du facteur Cheval accueille donc cet été une série de sept concerts. Aux côtés de valeurs sûres comme Maxime Le Forestier (le 5 juillet) ou Suzanne Vega (le 10 juillet), Marie-José Georges a pris le risque d’inviter aussi quelques jeunes pousses comme Mélanie de Biasio (photos du concert ci-dessous) que j’avais eu le privilège de découvrir en 2011 dans ses premières œuvres, déjà très prometteuses, au festival de jazz de Tanger (Maroc). Avec son dernier disque, No deal, intimiste à l’image du léger voile de sa belle voix grave, toute de délicatesse et de sensibilité à fleur de peau, la jeune vocaliste fait beaucoup parler d’elle en ce moment chez mes confrères journalistes. Conseil d’ami : si elle passe par chez vous (Marciac en août prochain) ne la ratez pas !

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Retour de l’aquarium (épisode 2 !)

Le numéro de juillet du magazine Chasseur d’Images est chez votre marchand de journaux depuis ce matin. J’y signe, en prélude à vos futures escapades estivales (et néanmoins aquatiques ;-) les textes et les images d’un dossier de dix pages sur les meilleures manières de réaliser des photographies sous-marines sans bouteille ni combinaison de plongée. Difficulté : néant. Plaisir : total. À vous de jouer ! D’autres images ? En cliquant ici.

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Les Alpes de Doisneau au Japon

Les Alpes de Doisneau au JaponAprès avoir enchanté plus de cent mille visiteurs au musée de l’Ancien Évêché à Grenoble, l’exposition Les Alpes de Doisneau (à laquelle j’ai apporté ma modeste contribution et qui avait fait l’objet d’un beau livre et d’un coffret parus aux éditions Glénat ; voir le numéro 58 de la revue L’Alpe) est présentée depuis aujourd’hui et jusqu’au 15 juin 2014 au musée de Kōriyama (dans la région de Fukushima) avant d’être accrochée à la fin de l’été au K*MoPA, le musée des arts photographiques de Kiyosato, dirigé par le grand photographe Eikoh Hosoe, dans l’ile d’Hokkaidō, la plus septentrionale de l’archipel.

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Jean-François Bauret

Il avait croqué Klaus Kinski et Serge Gainsbourg. Mais aussi tant d’anonymes dont il savait tirer le portrait, nu souvent, en noir et blanc tout aussi souvent, avec cette délicatesse dans le regard qui n’appartenait qu’à lui. Jean-François Bauret nous a quittés à l’âge de 82 ans, ce 2 janvier 2014. Il y a tout juste vingt ans, j’avais rencontré ce photographe tendre et délicieux dans son atelier de la rue des Batignolles, à Paris, pour un entretien publié par le magazine Grands Reportages en mai 1994, mais resté en grande partie inédit. Extraits :

Adepte du beau tirage noir et blanc, portraitiste du désir, Jean-François Bauret ne peut être suspecté de collusion avec ces ânes d’ordinateurs, bâtés de 0 et de 1. Pourtant, dans son home studio du dix-septième arrondissement, foisonnant de centaines d’objets de bois, de terres et de peaux, au milieu d’un monde organisé autour de l’organique et du souvenir, trône un Macintosh Quadra. L’informatique « Mais, c’est très simple ! Bits et pixels, compression et décompression, des câbles partout, les photographes ont été très affolés par le numérique. Noyés dans un discours qui leur était étranger. Mais le photographe de l’an 2000 ne sera pas différent de celui de de 1900. Pour lui, il sera toujours plus important d’aller voir Velasquez au Prado que de se rendre dans les salons professionnels pour parler de technique. »

« J’aime ce mystère de la photographie qui fait que l’émotion traverse l’objectif et va s’installer sur la pellicule. Le photographe doit être quelqu’un qui respecte et qui accueille. Un passeur, comme un bambou creux en Orient, un passeur de vie : je vais aider cette personne à émettre ce qu’elle a en elle, sa sensibilité, son émotion… 

« Je fais une énorme différence entre le reportage qui relève quand même un peu de la photo volée et le portrait où il y a une vraie communication avec la personne photographiée. Soit le désir vient de moi, soit le désir vient de l’autre, mais dans tous les cas, il y a cette connivence entre deux désirs. C’est comme une déclaration d’amour. 

« Ma femme est bien meilleure photographe que moi. Parce qu’elle a cette spontanéité qui fait qu’elle sort son appareil et qu’elle déclenche au bon moment. Je suis très souvent touché par la vraie photo simple, celle qui n’a aucune prétention artistique, cette photo-souvenir venant à un instant qui tombe juste. C’est un petit peu comme quand tu fais l’amour. Est-ce que tu vas réfléchir ? Est-ce qu’il faut que je mette ma main là ? Que je titille le bout de sein ici ? Je ne sais pas si tu feras bien l’amour si tu es dans ces dispositions. Ta main se placera tout à fait naturellement parce qu’il y a, en face, un besoin pour qu’elle se place là. C’est l’inexplicable de la relation humaine : la justesse qui tombe au bon moment. Ce qui suppose de se laver l’esprit des deux côtés. En tant que photographe et en tant que modèle. »

À Claude, sa dame, à Isabelle, sa fille, pensées…

Le site Internet de Jean-François Bauret

L’une de ses dernières expositions à la galerie Baudoin-Lebon

L’une de ses dernières interview en vidéo 

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Lia Pale : un voyage hivernal

C’est au pied des Alpes que le compositeur autrichien Franz Schubert (17971828) a écrit son Winterreise, probablement son cycle de lieder le plus désespéré. C’est au pied des Alpes encore qu’officie le pianiste et arrangeur Matthias Rüegg, créateur, en 1977, du Vienna Art Orchestra, un big band qui a chamboulé bien des frontières musicales dans le monde du jazz. C’est au pied des Alpes, enfin (à côté de Linz), qu’est née Lia Pale, jeune vocaliste qui, dans ce disque étonnant, s’attache à effectuer ce voyage hivernal de façon proprement inouïe. Les puristes vont probablement hurler. Les autres ne peuvent que tomber sous le charme de cette voix limpide et précise. Pas celle d’une artiste lyrique ni celle, aux accents plus marqués, d’une chanteuse de jazz : ici, on évolue en permanence entre hommage respectueux et habiles détournements réalisés avec une rare culture musicale. L’écoute consécutive des originaux de ces courts lieder (par exemple dans la version de Barbara Hendricks accompagnée au piano par Love Derwinger) et de leur relecture par Lia Pale et Matthias Rüegg permet de mesurer à quel point ce voyage sillonne tout autant les chemins de la musique populaire américaine que ceux de la tradition savante européenne. Comme une manière de synthèse entre deux univers généralement opposés dans la perception qu’en a le public. Et alors même que les passerelles peuvent être nombreuses dès lors qu’elles sont bâties avec intelligence. Jamais prédatrice, l’interprétation de Lia Pale sidère par sa justesse de ton. Une réussite par ailleurs complétée d’un livret magnifiquement illustré comme l’industrie du disque en produit hélas de moins en moins. Chapeau, les artistes !

Gone too far. Par Lia Pale (chant, piano), Ingrid Oberkanins (percussions), Hans Strasser (basse), Harry Sokal (cuivres) et Matthias Rüegg (piano). 2013. CD EmArcy 0602537296613 (distribution Universal Music). Site Internet : www.liapale.net

Chronique publiée dans le numéro 63, daté hiver 2014, de la revue L’Alpe.


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