Toots Thielemans : salut l’artiste…

Toots Thielemans. © 1994 Photo : Pascal Kober

«  Avec mon petit ventre rond, si je prends une longue note aspirée, je perd ma culotte. » Le grand-père espiègle éclate de rire. Toots a joué avec les plus grands, de Bill Evans à Elis Regina en passant par Ella Fitzgerald, Michel Legrand, Pat Metheny ou encore Jaco Pastorius. Je l’ai rencontré au festival Jazz à Vienne en 1994. Un entretien très débridé ! © Photo : Pascal Kober

Réactualisation du lundi 22 août 2016. Toots nous a quittés aujourd’hui. Un grand bonhomme que j’ai croisé pour la dernière fois en Belgique il y a quatre ans à Jazz Middelheim, le festival d’Anvers. Une chronique publiée dans le numéro 661, daté automne 2012, de la revue Jazz Hot (à relire en cliquant ici) et dont j’extrais ces quelques mots : «  Joyeux anniversaire, cher Toots  ! Le plus grand harmoniciste de la planète fête ses 90 ans. Et c’est bonheur que de revoir Toots Thielemans en scène, musicalement très à son aise devant sept mille personnes, toutes debout pour saluer les dernières notes d’un What a wonderful world qui me met les larmes aux yeux. Sûr qu’un monde selon Toots serait en belle harmonie  ! L’homme joue. Il joue bien. Et se joue de tout. De l’histoire du jazz en greffant habilement un Summertime au célèbre riff d’introduction de All Blues. Ou de son public qui sifflote Bluesette à l’unisson avec lui. Une seule date cet été à son carnet de bal  : Anvers. Pour un festival dont il est le parrain depuis 1981. Ici, Toots est chez lui, à quelques encablures de Bruxelles, sa ville natale. Et dans un port, le deuxième d’Europe après Rotterdam, qui a vu des millions d’émigrants se rendre aux Amériques via la fameuse ligne transatlantique de la Red Star (l’étoile rouge !) au tournant des XIXe et XXe siècle (…) »

J’avais également rencontré Toots au festival Jazz à Vienne (Isère) le 4 juillet 1994 pour ce délicieux entretien paru dans le numéro 519, daté avril 1995, de la revue Jazz Hot. À relire en écoutant Bluesette :

« Avec mon petit ventre rond, quand je prends une longue note aspirée, je perd ma culotte. » Jean-Baptiste (Toots) Thielemans éclate de rire : «  Depuis, Quincy Jones me surnomme Suspenders (NDLR : Bretelles)  ». Ce grand-père espiègle, né en 1922, a joué avec les plus grands musiciens : de Bill Evans à Elis Regina en passant par Ella Fitzgerald, Michel Legrand, Pat Metheny ou encore Jaco Pastorius. À plus de « septante ans », ce talentueux touche-à-tout (compositeur, guitariste, harmoniciste et… siffleur) est plus actif que jamais. Quelques semaines avant de boucler l’enregistrement de son album East coast, west woast, Toots Thielemans avait participé au Brasil project aux côtés de ses amis brésiliens : Joáo Bosco, Chico Buarque, Dori Caymmi, Eliane Elias, Gilberto Gil, Ivan Lins, Milton Nascimento, Ricardo Silveira, Caetano Veloso, etc. « Toute (sa) fanfare  », comme il la qualifie lui-même, tournait durant l’été 1994 dans les festivals. Nous l’avons rencontré à Jazz à Vienne. Discussion amicale à bâtons (très, mais alors vraiment très ;-) rompus, sur le Brésil et sur le reste, avec, en toile de fond, la musique du duo Gilberto Gil – Caetano Veloso…

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Qu’est-ce qui vous a donné envie de réunir ce Brasil project ?

Au départ, ce n’était pas mon idée. Je ne me suis pas dit : « Tiens j’ai envie de faire un disque avec toutes les locomotives du Brésil (Rires), tous ces calibres… » C’est une initiative du producteur Miles Goodman… C’est un beau nom, ça, Miles Goodman… Comme Benny Goodman et Miles Davis (Rires)… Il m’a dit : « Toots, tous les Brésiliens vont venir à Los Angeles. Et ils t’aiment tant… Ils n’arrêtent pas de parler de toi. » Moi, je n’y croyais pas du tout. Mais deux semaines après, il m’annonce qu’il avait contacté tous les musiciens et trouvé la compagnie qui acceptait de financer le projet. Je suis donc parti une dizaine de jours en Amérique. On a enregistré deux thèmes par jour dans une hospitalité et une collaboration totale. Les egos, au vestiaire ! Une merveilleuse aventure… Comme si je voulais réaliser un disque en France. Un French Project. Et dans mon CD, il y aurait deux morceaux avec Hallyday, deux avec Aznavour, un avec Bruel, un… non, deux (!), avec Petrucciani…

Le rôle du producteur est-il si important sur une telle entreprise ?

Tu sais, j’ai échoué tellement de fois en sortant des disques où je contrôlais la situation que je me suis dit : « Tiens, voilà des producteurs qui me respectent. Alors, OK.  » J’ai eu de la chance que ces gens soient sur la même longueur d’onde que moi. Je n’avais pas beaucoup à me tracasser. Les Brésiliens sont arrivés au studio, ils ont répété et moi, j’étais dans mon coin et j’écoutais. À la fin, je connaissais le truc par cœur tellement ils l’avaient joué. J’ai une bonne oreille. Au moment d’enregistrer, on a mis en boîte deux prises chaque fois, en cinq minutes.

Le musicien serait donc mal placé pour être son propre producteur ?

Je ne sais pas… J’en parlais à Charlie Haden, tiens. Lui, il m’a dit qu’il avait une vision très claire de ce qu’il veut pour ses sessions personnelles, mais que lorsqu’il joue pour d’autres gens, il ne sait pas quoi faire.

Un autre que vous aurait-il pu réunir aussi facilement tant d’artistes brésiliens connus ?

Quincy (NDLR : Jones) les aurait rassemblés. Quincy est un alchimiste. Comme l’architecte ou plutôt comme l’entrepreneur de bâtiment qui engage un monsieur pour la construction, un spécialiste pour les petits rideaux, un autre pour les meubles, pour le choix des tapis, etc. Ça, c’est le boulot du producteur. Mais moi, je ne sais pas faire. Il faut donc trouver quelqu’un qui veuille bien mettre de l’argent sur le projet. Parce qu’il y a des musiciens qui ne sont pas gratuits non plus… Herbie Hancock … (Il réfléchit.) Tu sais qu’Herbie a joué deux semaines pour moi dans un restaurant italien ? Il venait d’arriver à New York et moi, j’avais arrêté la route avec George Shearing et je cherchais un pianiste. À cette époque-là, il y avait des salles de répétitions dans de petits studios au premier étage de certains immeubles. Je me promenais dans la rue, j’entends de la musique, c’était Donald Byrd… (À ce moment-là, Gil et Veloso quittent leurs loges et passent devant nous pour rejoindre la scène du théâtre antique de Vienne.) Qu’est-ce qu’il est beau, Caetano…

Herbie Hancock venait donc d’arriver à New-York…

Oui, j’avais besoin d’un pianiste. J’entends de la musique, je monte et là, je me dis : « Nom de dieu ! » (Rires). Herbie n’avait pas encore écrit son Watermelon man. Il cherchait, mais la base était là. Alors, je demande à Donald Byrd : « Est-ce que tu as besoin de ce pianiste ce week-end ? » Et lui me répond : «  Ah non, non, il cherche du travail, il doit manger. » (Rires)

J’en reviens au Brasil project. Quelle était la ligne directrice ?

Aucune… (Rires.) On m’a simplement demandé d’être moi-même, plongé dans le bain mélodique et harmonique des Brésiliens. On m’avait envoyé des cassettes pour la préparation, mais toutes les orchestrations ont été écrites dans le studio par Oscar Castro-Neves, le guitariste. C’est d’ailleurs lui qui a aussi arrangé le disque de Terence Blanchard en hommage à Billie Holiday, toujours pour Miles Goodman. Et Terence Blanchard joue aussi sur le mien (East coast, west coast).

Une autre réalisation qui marque un retour aux sources du jazz…

Oui, dans le choix des thèmes et des musiciens : Charlie Haden et Peter Erskine pour la rythmique de la côte ouest, et Cecil McBride, Lyle Mays et Charles Davis, le tout petit batteur (par la taille, hein…) de Terence Blanchard, pour la rythmique de la côte est. C’est un beau souvenir… Nous n’avons pas choisi des thèmes très récents : Giant steps, A child is born ou encore In your own sweet way que j’ai interprété en duo avec Mike Mainieri. Oh, que c’était beau… Ça fait plaisir, à mon âge, de voir que tous ces gars fantastiques raturent leur agenda pour venir jouer avec moi. Aujourd’hui, je n’ose pas l’écouter. J’ai insisté pour qu’on ne m’envoie pas de cassettes. Parce que tu vois, quand tu vas en studio, tu joues, tu enregistres, OK, ça sort très bien, tu es emballé. Mais le lendemain, tu peux être déçu. Tu sais, après cinquante ans de métier, tu te méfies de tes enthousiasmes. Et de tes dépressions, aussi… En somme, c’est le beau mystère de l’accouchement créatif. Mais si c’était du tout cuit, s’il suffisait d’aligner ses gammes dix heures par jour pour devenir un génie, ce ne serait plus drôle. Il n’y aurait plus qu’à travailler… (Rires) Moi, je suis arrivé en Amérique en 1951. J’avais ma carte avec mon visa d’émigration. J’étais en règle, mais le syndicat des musiciens était très strict. Il fallait être résident depuis six mois à New York avant de pouvoir travailler. Et encore, pas plus de trois jours par semaine. Alors, par mon père qui avait un ami politicien, j’ai trouvé une petite place aux lignes aériennes belges, à la Sabena, où je gagnais tout juste assez pour manger. Je n’étais pas très utile. J’étais dans le grenier. Je m’occupais d’envoyer des réclames, des affiches, des encriers et toutes sortes de choses (Rires). Mais le week-end, j’allais écouter de la musique. Et il y avait les lundis de Birdland… J’avais déjà rencontré Charlie Parker en Europe… (Silence.) Mais on dérape maintenant du Brasil Project. De quoi on parlait ? Je suis spécialiste des digressions, tu sais (Rires)… Méfie-toi ! Tu poses une question et une demi-heure après, je ne sais plus ce que tu avais bien pu me demander (Rires). Ça bouge dans ma tête. Il y a tant d’émotions… Je n’ai jamais gagné un franc avec autre chose que la musique. Et j’ai démarré en 1946. Je suis allé en Amérique en 1950, j’ai été découvert par Benny Goodman, j’ai fait toutes sortes de trucs : du studio, des films, des machins… Et les critiques disent toujours : « Ouais, il est pas mauvais, mais ce n’est pas un pur. C’est un vendu (Rires). » Mais j’accepte… Bluesette est d’ailleurs un morceau pour toilettes de supermarché. On l’entend partout, dans les gares, dans les ascenseurs, etc. Comme ’Round midnight. Mais c’est aussi mon meilleur numéro de sécurité sociale à la mairie (Rires)

Quel a été votre premier contact avec la musique brésilienne ?

Les disques de Jobim. L’explosion de la bossa-nova doit être comparée à celle du be-bop. Les Brésiliens ont été influencés par cette génération de musiciens : Parker, tout ça, qui ont révolutionné le jazz. Ils ont assimilé et pas bêtement copié. Dans une chanson brésilienne, il y a quelque chose de diabolique, quelque chose d’unique. Seuls les Brésiliens peuvent écrire comme ça. Avec les mêmes accords que tout le monde, ils trouvent encore des notes différentes. Ils ont un choix de notes très spécial pour construire un dessin mélodique tout à fait personnel. Et ça me touche… Par rapport à la musique cubaine par exemple, la musique brésilienne est beaucoup plus subtile. La salsa, c’est gai, mais après un moment, c’est la petite profondeur sur le plan harmonique. Tu ne te mouilles même pas les genoux (Rires).

Des musiciens cubains jouent pourtant du jazz, et avec quel brio…

Oui, mais c’est du jazz cubain. Avec l’accent cubain. Pour moi, ils jouent avec l’accent mis sur l’énergie.

Que pensez-vous d’autres musiciens des Caraïbes comme Michel Camilo ?

Oh, quand même… Ce n’est pas du jazz… Non…

Qu’est-ce qui, selon vous, définit le jazz ?

Alors là, tu me poses la colle du siècle… Pour moi, le jazz, c’est ce que la semence africaine a produit dans le terreau américain. Ce terreau était anglo-saxon mais au Brésil ou ailleurs, la racine a donné une autre fleur… Il n’y a pas à tourner autour du pot, mon coco, c’est ainsi. Enlève l’ingrédient Afrique de la musique populaire et il n’y a plus de jazz. Le jazz est une plante qui a grandi là, qui s’est épanouie. Le vent a soufflé le pollen dans le monde entier. Il m’a touché, moi, il a touché Django, il touche un petit bonhomme au Japon… C’est le langage de l’homme noir mais tout le monde a le droit d’essayer d’en jouer et d’en parler. Qu’importent les polémiques dans les magazines… Et puis, regarde ce qu’il se passe en France… Des trucs formidables… Et en Belgique, les Zap Mama… Attention, hein, c’est drôlement chouette… Ah ouais… Parfois, je me demande si le jazz n’est pas comme une langue… Mais non, c’est encore différent… Ça va un peu plus loin. Quand un Blanc joue du jazz, il a un accent blanc. C’est vrai, moi, j’ai mon petit accent belge. Au début, tu sais, tous les jeunes musiciens européens qui vont en Amérique font une imitation servile de leur idole. Mais le tout, c’est d’être toi-même. Joue ce que tu es. J’aurais toujours mon accent belge en parlant français. Pareil en jazz : je suis né ici, j’ai écouté Édith Piaf, Charles Trénet, le bel canto et la chanson de ma maman. Ce sont mes racines.

Comment était perçue votre culture d’Européen lorsque vous êtes arrivé aux États-Unis dans les années 1950 ?

Dans la communauté des musiciens, il n’y avait pas d’a priori. Ils écoutaient avec leurs oreilles. Pas avec leur yeux. Même Miles agissait ainsi. D’ailleurs, pendant longtemps, il n’a jamais joué une orchestration d’un Noir. Il travaillait avec Gil Evans. Ah !… Pourquoi  ? Parce qu’il écoutait avec ses oreilles. Bien sûr, il ne pouvait pas supporter qu’un Blanc gagne beaucoup plus d’argent en faisant une pâle photocopie de son idole noire… Parfois on me disait : « C’est drôle qu’un gars venant d’un autre pays s’intéresse à notre musique. » Alors, je répondais : « Non, les géants ont créé le jazz à New York. Le petit mec qui entend vos disques au fin fond de l’Ohio ou au Canada n’est pas différent de moi. Je suis en Belgique. C’est juste un peu plus loin. » Mais j’ai toujours été accepté. Enfin, non. Pas accepté. Jugé sur ce qui sortait de moi, de mon instrument. L’émotion, le feeling… Je crois que le Noir est même plus objectif, plus hospitalier ou plus respectueux.

Parmi les jeunes musiciens de jazz, quels sont ceux qui vous touchent le plus ?

Je ne les connais pas tous… Quand tu démarres, le message doit mûrir, la semence doit germer. Mais un musicien qui devient grand promet dès le début. On l’entend tout de suite.

Comme Herbie Hancock ?

Ah ouais… Moi, j’ai été mordu tout de suite. Je savais… Tiens, au début des années 1960, je devais tourner en Suède. Je croise Herbie. Il me dit qu’il veut absolument m’accompagner. Mais moi, je n’avais pas un gros budget et je lui réponds : «  L’année prochaine, peut-être que je pourrais. Mais toi, tu ne pourras sûrement plus. » De fait, l’été suivant, il jouait avec Miles Davis. Une montée en flèche. Mais à juste titre… Parce que les jeunes lions du piano qu’on tente de promouvoir aujourd’hui, qu’il essaient d’abord d’aller cirer la chaussure de monsieur Hancock… En écoutant Herbie, moi j’apprends. Je bande et j’apprends.

Propos recueillis par Pascal Kober

• CD The Brasil project, 1992, BMG 01005 82101-2.

• CD East coast, west coast, 1994, Private Music 01005 82120-2.

• Depuis le décès de son manager Dirk Godts en 2010, Toots est représenté par : Toots BVBA, Veerle Van de Poel, Zagerijstraat 41, B- 2530 Boechout, Belgique. Téléphone : +32 33 373 173. Mobile : +32 495 50 9443. Site Internet : cliquer ici et aussi ici.

Le numéro 652, daté été 2010, de la revue Jazz Hot propose également un autre entretien avec Toots Thielemans, par Jean-Marie Hacquier, complété par une biographie détaillée et une large sélection discographique des enregistrements de Toots Thielemans en tant que leader, co-leader et sideman.

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Brisa Roché

Ma chanteuse californienne préférée était à l’affiche, ce mardi 12 juillet 2016, du festival Cabaret Frappé (ainsi qu’à la maison pour une bouteille de muscat d’Alsace partagée ;-) Une belle boule d’énergie entourée par un groupe (avec notamment Automne Lajeat au violoncelle et Thibaut Barbillon aux guitares) qui fait preuve d’une cohésion sans faille d’un bout à l’autre du concert. Dont voici quelques images…

Le samedi 5 novembre prochain, Brisa sera en duo avec Thibaut, son guitariste, au Train-Théâtre de Portes-lès-Valence pour la première partie d’un spectacle d’Emily Loizeau. À ne pas rater ! Et pour écouter Brisa, cliquez ici.

Cliquez sur les vignettes pour voir les photos en plus grand format avec leurs légendes.

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Jazz à Megève

Stacey Kent quintet. Jazz à Megève. © 2016 Photo Pascal Kober

Stacey Kent quintet. Jazz à Megève. © 2016 Photo Pascal Kober

C’est une belle affiche artistique que nous a concoctée Jean-René Palacio pour cette première édition d’un festival qui renoue avec une longue histoire d’amour entre la station de sports d’hiver haut-savoyarde et le jazz. Le Megève Jazz Contest, concours d’orchestres dans le style new orleans, anime en effet les soirées d’été depuis 23 ans. Mais dès les années 1960, lorsque le ski était un loisir à la mode dans le milieu du show business, les connaisseurs fréquentaient les clubs (les Cinq Rues, toujours actif ; ou aujourd’hui, le Jazzy’s récemment ouvert à l’hôtel Au cœur de Megève) et applaudissaient de grands musiciens comme Sidney Bechet, Guy Lafitte, Zanini ou encore Sacha Distel (eh oui, le crooner de ces dames était aussi un [excellent] guitariste de jazz).

Melody Gardot. Jazz à Megève. © 2016 Photo Pascal Kober

Melody Gardot. Jazz à Megève. © 2016 Photo Pascal Kober

Retour aux sources, donc, pour cet événement hivernal qui réunit des artistes issus des musiques cousines ainsi que d’authentiques jazzmen comme dans le très lyrique trio d’Éric Legnini ou dans l’Amazing Keystone Jazz Big Band (avec une relecture du Carnaval des animaux de Saint-Saëns). On notera en particulier Melody Gardot (qui sait être magnifique), le guitariste manouche Angelo Debarre, la douce Stacey Kent et ses bossas, parfois chantées en français avec un délicieux british accent ou encore le bassiste américain Marcus Miller, sorcier des sons et compagnon de Miles Davis, qui assurera la soirée de clôture en invitant la chanteuse Selah Sue. Également au menu : concerts gratuits sur la place de l’église, fanfares déambulant sur les pistes de ski et clôture gospel avec un chœur de cent voix. Un événement incontournable pour les amateurs…

Pascal Kober

Du 24 au 28 mars 2016. Programme complet sur le site Internet du festival.

 

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Keep on swingin’, La Velle!

La Velle. Concert au Kremlin. Moscou. Février 1991. © Photo : Pascal Kober

La Velle. Concert au Kremlin. Moscou. Février 1991. © Photo : Pascal Kober

Elle avait été l’une des premières à me proposer d’illustrer une pochette de disque. Son sixième album. Paru en 1991 et intitulé Straight singin’, en hommage au grand Nat « King » Cole. À ses côtés, les meilleurs musiciens de la planète : Ray Brown, Pierre Boussaguet et Stafford James à la contrebasse, Mark Taylor et Philippe Combelle à la batterie, Jacky Terrasson au piano, Eddie Harris et Guy Lafitte au saxophone.

Ce portrait de La Velle, je l’avais réalisé avec elle cette même année, lors d’un concert qu’elle avait donné, en seconde partie du big band d’Oleg Lundstrem, au palais des congrès du… Kremlin ! « Le premier concert de jazz dans cette grande salle  », m’avaient alors indiqué les organisateurs…

Durant une dizaine de jours, La Velle et moi avons ainsi voyagé ensemble entre Moscou et Leningrad, partageant de beaux moments dans un pays extrêmement exotique pour lequel je garde une immense tendresse et qui, pour quelques mois encore, s’appelait l’Union soviétique.

Elle, en chanteuse invitée de l’Orchestre régional de jazz Rhône-Alpes. Moi, en envoyé spécial de la revue Jazz Hot pour compléter un grand reportage entamé l’année précédente sur les berges de la Volga, lors du festival de jazz de Cheboksary (république de Tchouvachie). Comment chantait-on la note bleue de l’autre côté du rideau de fer juste après la chute du mur de Berlin ? Réponse dans le numéro 487 de Jazz Hot.

La Velle nous a quittés le 4 février dernier à l’âge de 72 ans. Too young, chantait-elle sur Straight singin’. Bien vrai. Ma Belle, là où tu es, keep on swingin’ !

Pascal Kober

Le site Internet de La Velle : http://lavelleduggan.com

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Raphaële Atlan

Atlan Raphaële quartet 2016 7905 600Quartet très soudé pour ce concert hier soir au Jazz Club de Grenoble. Au piano et au chant, Raphaële Atlan est accompagnée par Zacharie Abraham à la contrebasse et Nicolas Charlier à la batterie. Sa rythmique historique en somme, puisque Raphaële tourne avec eux depuis plus de quatre ans maintenant. Et croyez-moi, ça s’entend ! La surprise, c’est Romain Pilon à la guitare (magnifique instrument, œuvre d’un luthier américain) : jeu très fin en accompagnement ; solos qui s’enflamment à la vitesse de l’éclair, avec une énergie qui vient de là, qui vient du blues. Le répertoire, transatlantique, se bal(l)ade d’ailleurs entre les clubs de New York, notre vieille Europe et la baie de Rio-de-Janeiro. Émotions fortes… À découvrir aussi sur le site Internet de la chanteuse en cliquant ici.

Texte et photo : Pascal Kober

 

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Poya Express

Une vingtaine d’auteurs de bande dessinée, principalement suisses, s’en donnent à cœur joie dans ce florilège qui dynamite la représentation graphique de la traditionnelle poya montrant la montée des vaches à l’alpage. Un sympathique petit ouvrage, œuvre de l’éditeur InFolio à Lausanne, dont on connaît l’excellence de la production en matière d’ouvrages plus savants.

Pascal Kober

Collectif. InFolio. 48 pages. 18 €.

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Pierre Boulez (1925-2016)

Pierre Boulez. Rencontres de musique contemporaine de Metz (Moselle, France). 1979. © Photo : Pascal Kober

Pierre Boulez. Rencontres de musique contemporaine de Metz (Moselle, France). 1979.
© Photo : Pascal Kober

Pierre Boulez. Rencontres de musique contemporaine de Metz (Moselle, France). 1979. © Photo : Pascal Kober

Pierre Boulez. Rencontres de musique contemporaine de Metz (Moselle, France). 1979.
© Photo : Pascal Kober

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Michel Delpech, en renifleur du temps…

Laurette, Marianne, Paquita, la fille avec des baskets et tant d’autres, elles l’ont toutes aimé. Il les a toutes aimées. Comme nous.

Michel Delpech vient de nous quitter. Sur la pointe des pieds mais non sans avoir confié au grand patrimoine de la chanson française, de jolies pépites qui disent si bien les humeurs du temps qui passe. Je n’ai hélas jamais eu le plaisir d’écouter le chanteur en concert mais mes premiers émois musicaux passent par son Wight is Wight. Et quelques autres ritournelles dont ce fin mélodiste (avec son complice le pianiste et arrangeur Roland Vincent) avai(en)t le secret…

Dans un entretien accordé en avril 2007 à Yvon Lechevestrier du quotidien Ouest France, Michel Delpech avait ces mots : « Je n’ai jamais été un chanteur engagé. Je ne suis qu’un écrivain de chansons, des petites choses saisies dans l’air du temps. Mais c’est vrai que je trouve pessimiste la période actuelle. Qu’annonce-t-elle ? Mon instinct de chanteur, renifleur du temps, me fait craindre que nous ne passions bientôt par des moments difficiles. Les menaces écologiques, l’insoutenable disproportion entre les riches et les pauvres, les guerres absurdes menées ici ou là… Ça ne sent pas très bon. Je veux cependant rester formidablement optimiste car je pense que, sur le long terme, le bien qui est en nous l’emportera. »

Renifleur du temps… À ma connaissance, nous ne sommes que trois au monde à revendiquer cette singulière expression. Salut l’artiste… Tes chansons nous habiteront encore longtemps.

Pascal Kober

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La paix ! I wish you a very happy new year 2016!

Pascal Kober voeux 2016

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Jazz à Vienne (2015) : ta mémoire fout l’camp !

En juillet 2015, deux quotidiens helvétiques, et non des moindres (Le Temps et La Tribune de Genève), ont évoqué les festivals de l’été sous un angle plutôt inhabituel. Le premier allant même jusqu’à afficher, à la une, un éditorial saignant d’Arnaud Robert intitulé «  Dans les festivals, la photo de presse menacée ». En cause : les pratiques de plus en plus fréquentes de managers d’artistes ou d’organisateurs de concerts (notamment à Montreux) qui restreignent de façon drastique la liberté d’informer des photojournalistes. À un point tel que im presum, l’association professionnelle de journalistes de Suisse, a réagi par un communiqué officiel qui «  tire la sonnette d’alarme » (voir également ici).

Et c’est ainsi que ce jeudi 2 juillet à Jazz à Vienne, je n’ai pu photographier le concert de la chanteuse américaine Melody Gardot que pendant les trois premiers thèmes et uniquement depuis la coursive située à l’arrière du proscenium. Ceux qui se sont déjà rendus dans ce superbe cadre historique auront compris. Les autres imagineront un théâtre antique pouvant recevoir, lors de son édification il y a deux mille ans, jusqu’à treize mille spectateurs (sept mille aujourd’hui) et dont ledit proscenium se trouve donc à une bonne quinzaine de mètres des musiciens. Pas facile pour le portrait, non ?

Cyrille Aimée. © 2015 Photo : Pascal Kober

Cyrille Aimée. © 2015 Photo : Pascal Kober

Fort heureusement, il est encore des artistes qui ne laissent pas leur entourage contrôler à ce point leur image en tournée. C’est le cas de Cyrille Aimée, jeune pousse française vivant à New York, qui a gentiment accepté la présence des photographes lors de sa balance l’après-midi. Comme au bon vieux temps, diront les ancêtres… Résultat ? Ce petit mot de la chanteuse : « Merci à toi ! Les images qui sont sur ton site sont superbes ! » Pour la Gardot, en revanche, même les touristes venus simplement visiter le théâtre antique ont été interdits de séjour… Toujours passionnant d’écouter avec quelle finesse et quelle exigence les musiciens soignent leur sound-check. Quand ils ne vont pas jusqu’à répéter quelque nouvel arrangement ou à peaufiner une mise en place rythmique jusqu’à la perfection. Le soir-même, on mesure le fruit de ce travail. Cyrille Aimée n’a hélas eu droit qu’à vingt-cinq minutes de concert en première partie de Melody Gardot dans ce que Stéphane Kochoyan, patron du festival, qualifie de «  set découverte ». Pour le public, frustré, ce sera pourtant suffisant pour qu’il la gratifie d’une standing ovation. Il faut dire que la chanteuse a su bâtir un set qui, s’il est compact, n’en dévoile pas moins tous ses talents. Et ils sont nombreux. Dans un registre qui doit beaucoup au jazz manouche, en y apportant toutefois sa propre touche, Cyrille Aimée déroule des reprises de thèmes peu joués du répertoire jazz comme It’s a good day de Peggy Lee (titre de son dernier album). Mais elle offre également, composées par elle-même ou ses musiciens (le contrebassiste notamment), des mélodies fort joliment troussées dont certaines pourraient bien devenir de futurs standards. En témoigne la lente et si douce montée en puissance de son chorus scatté sur sa Nuit blanche qui, ce soir-là, a tout emporté.

Après une telle tranche de fraîcheur dans la canicule viennoise, pas facile pour le pianiste arménien Tigran Hamasyan de proposer les orientalismes et les métriques extrêmement complexes de son dernier opus, Mockroot, en formule piano-basse-batterie. Changement radical d’univers musical. Pourquoi pas si l’on considère que la voix peut faire office de fil conducteur. Mais celle de Tigran est tellement aux antipodes des deux autres qu’à dire vrai, sa présence ressemble un tantinet à une maladresse de programmation. D’autant qu’au fond, pas sûr que trois changements de plateau au théâtre antique soient un bon choix pour Jazz à Vienne. La formule avait été abandonnée au début des années 1990 avec la préfiguration de l’actuel Club de minuit. Lequel club pâtit aujourd’hui de ces soirées à rallonge puisque le spectateur qui voudrait assister au concert gratuit est obligé de quitter Melody Gardot avant la fin de ses rappels s’il veut trouver une place dans ledit club…

Melody Gardot et Edwin Livingstone (contrebasse). © 2015 Photo : Pascal Kober

Melody Gardot et Edwin Livingstone (contrebasse). © 2015 Photo : Pascal Kober

Melody Gardot, donc. Trois morceaux derrière le proscenium pour les photographes, vous disais-je. Après ? Après, le photographe qui veut aussi écouter le concert pour le chroniquer n’a plus qu’à tenter de s’asseoir sur un «  strapontin » de pierre tout au fond du fond du théâtre antique s’il ne veut pas déranger un public serré-serré dans les premiers rangs. Côté musique : concert magnifique. Jazz ? Non. Soul ! Urbainement soul ! Et même férocement soulfulness. Dans l’incantation davantage que dans la mélodie. Je ne suis guère sensible au disque, tout récemment paru (Currency of Man), de Melody Gardot. Mais là, il faut bien admettre que la scène transcende une galette excessivement produite (au détriment de l’âme ?) et éclaire la sourde noirceur de cette musique qui sue le macadam de Los Angeles. Les musiciens sont pour beaucoup dans la qualité d’un accompagnement toujours en juste retrait mais jamais anodin (Mitchell Long, notamment, compagnon de longue date, ici, royal). Surtout, c’est la voix de Melody Gardot qui achève de convaincre. Une telle maîtrise des timbres, une telle maturité d’expression, une telle occupation de l’espace scénique pour cette tout juste trentenaire, c’est tout simplement impressionnant ! Je fus de ceux qui découvrirent, il y a dix ans déjà, Some Lessons – The Bedroom Sessions, l’album qu’elle avait réalisé sur son lit d’hôpital. Au fil des années, j’ai vu naître une diva. Qui doit donc dorénavant prendre son envol artistique en restant d’abord elle-même. En dépit des conseils de son entourage.

Cyrille Aimée quartet. Avec Adrien Moignard et Michael Valeanu (guitares), Samuel Anning (contrebasse) et Rajiv Jayaweera (batterie). © 2015 Photo : Pascal Kober

Cyrille Aimée quartet. Avec Adrien Moignard et Michael Valeanu (guitares), Samuel Anning (contrebasse) et Rajiv Jayaweera (batterie). © 2015 Photo : Pascal Kober

Le soir même, retour à Cyrille Aimée dans un Club de minuit bondé et transformé en cocotte-minute. Cette fois, la chanteuse prend le large. Chorus toujours aussi orgasmique sur Nuit blanche et belle place laissée à ses complices. On retiendra notamment les (nombreux) sourires échangés entre les musiciens tout au long du concert, le jeu de guitare très lyrique de Michael Valeanu ainsi que la sûreté d’une rythmique d’origine australienne (le contrebassiste Samuel Anning et le batteur Rajiv Jayaweera) dont Cyrille Aimée va devoir se séparer puisque les deux musiciens retournent chez eux à l’issue de leurs études à New York. La cohésion de l’ensemble de la formation doit beaucoup à un répertoire longuement rôdé aux scènes des clubs de jazz américains. Faut-il le rappeler encore ? Oui, il faut le rappeler : Cyrille Aimée fut lauréate du concours de jazz vocal du festival de Montreux en 2007, finaliste de la Thelonious Monk international jazz competition en 2010 (elle interprètera d’ailleurs un remarquable arrangement de Well, you needn’t, un thème de Monk pas si facile à chanter) et a encore gagné la Sarah Vaughan international jazz competition en 2012. Moyennant quoi, avec encore pas moins de sept disques à son actif (!), son agenda de concerts est déjà bien rempli puisqu’il s’étale jusqu’en… juin 2016 ! Cet été, pourtant, parmi plusieurs dizaines de dates, à peine quatre se déroulaient en Europe dont… une seule en France ! Nul n’est prophète etc. D’ailleurs, sur Wikipedia, seule la version anglaise de l’encyclopédie en ligne consacre une fiche à Cyrille Aimée qui a pourtant grandi à Samois-sur-Seine, le village de Django Reinhardt… Bref, très bon choix de programmation, monsieur Kochoyan. L’an prochain pour un vrai set (et pas de découverte) au théâtre antique ?

Jon Faddis et le Stanford Jazz Orchestra. © 2015 : Photo : Pascal Kober

Jon Faddis et le Stanford Jazz Orchestra. © 2015 : Photo : Pascal Kober

Une semaine après cette soirée consacrée aux voix, retour à Vienne pour un retour au jazz. Un jazz finalement souvent absent de cette édition. Mais vous en connaissez beaucoup, vous, des festivals, où vous pouvez écouter gratuitement le grand trompettiste Jon Faddis avec les p’tits jeunes du Stanford Jazz Orchestra ? Moi pas. D’ailleurs, les grognons qui regrettent une certaine jazzophobie des soirées au théâtre antique (il est vrai qu’on a pu y voir… Pharrell Williams) feraient bien de se retourner vers les autres concerts de Jazz à Vienne. Tous gratuits. Avec de beaux concerts comme ceux de Clara Cahen, Laura Perrudin, le Magnetic Orchestra d’Anne Sila, Bernard «  Pretty » Purdie (qui a joué avec Dizzy Gillespie), Rhoda Scott ou encore Colin Vallon, excellent pianiste de la chanteuse helvético-albanaise Elina Duni.

Mon rédacteur en chef préféré vous dira tout sur les magnifiques concerts des Cookers avec Chico Freeman et des Messenger Legacy avec Benny Golson. Le théâtre antique n’a évidemment pas fait le plein ce soir-là. Impressionnant, quand même, de voir tant d’amateurs de jazz rassemblés pour écouter des musiciens qui, tous ensemble, représentent un si vaste pan de l’histoire de cette musique et ce, dans bien des formes d’expression.

Billy Harper, The Cookers. © 2015 Photo : Pascal Kober

Billy Harper, The Cookers. © 2015 Photo : Pascal Kober

Cette après-midi du jeudi 9 juillet, aucune difficulté pour réaliser quelques petites photos de famille avec les musiciens durant les balances des deux formations. On croisera même le pianiste Donald Brown des Messenger Legacy et Benny Golson, leur invité, au sound-check des Cookers. Comme au bon vieux temps, donc… Ce qu’il faut retenir de tels instants de grâce, c’est que le jazz se porte toujours mieux quand il sait cultiver l’amitié. Alors, avec les quotidiens helvétiques, avec les représentants de journalistes, jetons encore une fois le pavé dans la mare : y’en a marre ! Et que l’on ne me dise pas qu’il s’agit là d’une fronde corporatiste. Arnaud Robert concluait son éditorial dans Le Temps par ce vibrant appel : « (…) médias et photographes ont un intérêt commun à défendre : pouvoir rapporter librement une histoire de la musique ». Et en effet, il s’agit bien de ça. De notre mémoire. Et de rien d’autre.

Terri Lyne Carrington. Jazz à Vienne. © 1990 Photo : Pascal Kober

Terri Lyne Carrington. Jazz à Vienne. © 1990 Photo : Pascal Kober

Il était temps que les journaux d’information générale s’emparent de ce débat (l’hebdomadaire Télérama s’y est également mis cet été sous la plume de Cécilia Sanchez ; c’est à lire en cliquant ici). D’autant que ledit débat est (hélas) déjà fort ancien. Dans une exposition de 1998, Jazz(s), mes amours, mes voyages, je légendais ainsi l’une de mes images : « Terri Lyne Carrington. Jazz à Vienne, France, 1990. Un tout petit coin de parasol. La belle « batteuse » était venue s’y relaxer après son sound check avec Stan Getz. Demain, de telles photos seront-elles encore réalisables ? Ces scènes intimistes, vécues en toute amitié avec les musiciens, sont en effet de plus en plus difficiles à saisir en raison de la volonté hégémonique des tour managers de contrôler l’image de leur artiste. Dans dix ans, que restera-t-il de la mémoire photographique du jazz si de telles pratiques devaient se développer ? » Dix-sept ans après, je vous le confirme, la mémoire photographique du jazz est bel et bien en lambeaux… En 1996, Jean-Paul Boutellier, fondateur et alors patron de Jazz à Vienne, avait célébré les quinze ans du festival qu’il avait créé en publiant Jazz, la photographie, un beau livre collectif, merveilleusement commenté par les textes sensibles de l’ami Robert Latxague et illustré avec les images de vingt-six photographes (dont de grands noms comme Birraux, Desprez, Etheldrede, Gignoux, Le Querrec, Leloir, Rose et consorts). Amis du jazz, feuilletez-le. Aujourd’hui encore. On le trouve à acheter d’occasion et aussi dans ces beaux services publics que sont les bibliothèques. Feuilletez-le et, avec nous, jetez vous aussi votre pavé dans la mare : sur plus de deux cents photos publiées dans cet ouvrage, près des deux tiers ne seraient aujourd’hui tout simplement plus réalisables. CQFD.

Jazz, ta mémoire fout l’camp ! Cry me a River…

Texte et photos : Pascal Kober

Chronique parue dans le numéro 673, daté automne 2015, de la revue Jazz Hot.

 

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Festivals de musique : la photo de presse menacée

Terri Lyne Carrington. Jazz à Vienne, France, 1990. © Photo : Pascal Kober

Terri Lyne Carrington. Jazz à Vienne, France, 1990. © Photo : Pascal Kober

Après La Tribune de Genève, le quotidien helvétique Le Temps publie ce matin un long article ainsi qu’un éditorial saignant sous la plume d’Arnaud Robert. Évoquant les conditions de travail de plus en plus ubuesques imposées aux photojournalistes qui couvrent les festivals de musique (notamment à Montreux et au Paléo ; mais la situation empire tout autant en France), l’auteur achève son texte par ce vibrant appel : «  (…) médias et photographes ont un intérêt commun à défendre : pouvoir rapporter librement une histoire de la musique ». Et en effet, il s’agit bien de ça. De notre mémoire. Et de rien d’autre. Il était temps que les journaux d’information générale s’emparent de ce débat (l’hebdomadaire Télérama s’y est également mis cet été sous la plume de Cécilia Sanchez). D’autant que ledit débat est (hélas) déjà fort ancien. Dans une exposition de 1998, Jazz(s), mes amours, mes voyages, je légendais ainsi l’image qui illustre ce billet  : «  Terri Lyne Carrington. Jazz à Vienne, France, 1990. Un tout petit coin de parasol. La belle « batteuse » était venue s’y relaxer après son sound check avec Stan Getz. Demain, de telles photos seront-elles encore réalisables ? Ces scènes intimistes, vécues en toute amitié avec les musiciens, sont en effet de plus en plus difficiles à saisir en raison de la volonté hégémonique des tour managers de contrôler l’image de leur artiste. Dans dix ans, que restera-t-il de la mémoire photographique du jazz si de telles pratiques devaient se développer ?  » Dix-sept ans après, je vous le confirme, la mémoire photographique du jazz est bel et bien en lambeaux…

Pascal Kober
25 juillet 2015

 

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Cyrille Aimée au festival de jazz de Vienne

Elle est estampillée « set découverte » de cette édition du festival Jazz à Vienne et n’a donc droit qu’à vingt-cinq minutes de concert sur la grande scène du théâtre antique face aux cinq ou six mille spectateurs venus écouter Melody Gardot. Sacré défi ! Gagné haut la main avec une standing ovation après son chorus, proprement époustouflant, sur sa propre composition, Nuit blanche. Une chronique à lire dans le numéro d’automne de la revue Jazz Hot en cliquant ici. Et en attendant, voici quelques images de la soirée et de son deuxième concert, plus intime, au Club de minuit…

Voir également l’entretien que Cyrille Aimée a accordé à Jérôme Partage pour la revue Jazz Hot parue au printemps 2016 en cliquant ici.

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C’était Eddy

Eddy Louiss (orgue). 1941-2015 Festival de jazz de Grenoble (France). Mars 1988

Eddy Louiss (orgue). 1941-2015. Festival de jazz de Grenoble (France). © 1988 Photo Pascal Kober.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Hors de l’eau un orgue a surgi
C’est pas Nemo
C’est Eddy

À l’horizon, l’orgue se hisse
Ho hisse et ho
C’est Louiss

Claude Nougaro lui avait dédié une chanson : C’est Eddy. C’était dit. Tout est dit. En 1971, sur son album Sœur âme. Et sur une musique d’Eddy Louiss, évidemment. Jeu avec les mots. Comme les aimaient Claude. Quel autre musicien français de jazz peut aujourd’hui se vanter d’être le sujet-même d’un texte écrit par Nougaro ? Cet organiste à la carrure de Gargantua a accompagné aussi bien Jane Birkin que les Double Six, Stan Getz ou Henri Salvador et c’est le grand Michel, Legrand, qui l’avait présenté à Claude Nougaro. J’ai rencontré Eddy à plusieurs reprises, comme ici, en mars 1988 au festival de jazz de Grenoble. Deux ans plus tard, au festival Jazz à Vienne, pour un concert qu’il avait donné  avec son Multicolor Feeling, il avait défié l’un des plus monstrueux orages qui se soit jamais déversé sur le théâtre antique de la vieille cité romaine. Dans ma chronique pour la revue Jazz Hot, j’écrivais alors : « Samedi 30 juin. 20 h 45. Dernière note du chorus de basse de Marc Michel. La reprise du premier thème d’Eddy Louiss est saluée par un gigantesque coup de tonnerre. Les soixante cuivres du Multicolor Feeling se passent de sono. Sur les gradins du théâtre antique, cinq mille spectateurs tentent l’exorcisme. Règle du jeu : on ne bouge pas, ça va s’arranger. Pendant que l’on assèche la scène, Dizzy Gillespie envoie quelques notes depuis sa loge avec un micro HF. Les spectateurs, eux, sont restés. Le public de Jazz à Vienne est formidable. »

Eddy nous a quittés ce mardi 30 juin 2015. Salut l’artiste…

Pascal Kober

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Anne Sila : une fraîcheur solaire

Réactualisation du mardi 2 août 2016  : Anne Sila sera, avec son Magnetic Orchestra, au programme de la dix-septième édition du festival international de jazz de Tanger, au Maroc, du 22 au 25 septembre 2016. Courez-y. D’abord parce que Tanjazz est un bel événement (voir ma chronique en cliquant ici) et ensuite parce que cette année, Philippe Lorin a concocté une programmation entièrement consacrée au jazz au féminin, toujours très éclectique et qui sort des sentiers battus par les autres festivals. Avec, entre tant d’autres, Gaëlle Buswel, Terri Lyne Carrington, Grainne Duffy, Florence Fourcade, AyseDeniz Gokcin, Ada Montellanico, Andrea Motis, une autre Anne (Paceo), Susana Sawoff, Nina van Horn ou encore Anne Wolf. Le programme complet est disponible en cliquant ici.

Réactualisation du vendredi 15 mai 2015 : Anne Sila sera l’une des invités du pianiste Jacky Terrasson à l’Olympia le mardi 9 juin 2015. En compagnie (notamment) du trompettiste Stéphane Belmondo, du guitariste Marcio Faraco et de la chanteuse Cecile McLorin-Salvant, l’une des plus belles découvertes de ces dernières années en jazz vocal.

Anne Sila. Esplanade Saint-Vincent. Festival Jazz à Vienne. Dimanche 8 juillet 2012. © Photo : Pascal Kober.

Elle a le sourire lumineux. Au point qu’Anne Sila est qualifiée de « solaire » par Éric Torlini, directeur artistique du festival Couleur Jazz. Solaire ? Le concert d’Anne témoigne pourtant d’abord d’une indéniable fraîcheur, conjuguée à une étonnante maturité pour une si jeune musicienne. Ce sourire lumineux évoque la douce clarté d’une aurore estivale du Grand Nord. À l’orée d’une quasi-nuit qui tarde un peu à s’échapper et d’un jour qui aspire à poindre. Un diapason septentrional qui s’accorde bien à la voix d’Anne. Encore un tantinet ancrée dans un solide enseignement musical qu’elle subvertit toutefois déjà pour expérimenter les itinéraires de ses prochaines aventures. Bref, la voie d’une voix qui, demain, en conjuguant ses multiples talents, pourrait bien compter dans le monde du jazz vocal. En prémices d’une promesse : joli filet et léger voile (qui rappelle parfois une Lisa Ekdhal ; minauderies en moins), finesse extrême du phrasé, et ce délicat murmure dont elle joue à merveille (comme sur My foolish heart), à l’instar de la grande Betty Carter, mais sur un registre moins spectaculaire. Enfin, ce souffle apprivoisé que n’aurait pas renié un Stan Getz. Pour Couleur Jazz, Anne Sila a choisi un trio qui sait rester au service de son chant mais qu’elle n’hésite pas à solliciter : François Gallix aux graves fondateurs, Benoît Thevenot, qui tricote un bel écrin pianistique au lyrisme juste contenu, et à la batterie, Nicolas Serret, au jeu tout à la fois discret et d’une redoutable efficacité. Littéralement emportée par le combo, Anne Sila s’envole sur un répertoire aux tempos rapides, faisant montre d’une parfaite maîtrise rythmique, d’un joli sens de l’harmonie qui lui permet quelques improbables échappées dans des chorus très enlevés et d’un contact enjoué avec son public qu’elle met d’ailleurs à contribution lors d’un bis sur Route 66. À peine regrettera-t-on l’absence d’une ou deux ballades supplémentaires qui nous aurait permis d’écouter la belle dans un contexte plus intime. Mais on se console avec cette magnifique composition de sa plume autour du poème de Victor Hugo Demain, dès l’aube, qui a déjà des allures de futur standard du French songbook ;-) Anne revient ici au violoncelle, son premier instrument. Et elle y est radieuse. Comme si celui dont on dit que sa tessiture est la plus proche de celle de l’âme humaine pouvait lui ouvrir d’autres portes pour un singulier duo. Un concert comme un petit bonheur…

Pascal Kober
Renifleur du temps
Samedi 28 avril 2012 

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Disparition de B. B. King : le blues de Lucille

B. B. King au festival Jazz à Vienne. Mardi 1er juillet 1997. © Photo : Pascal Kober

B. B. King au festival Jazz à Vienne. Mardi 1er juillet 1997. © Photo : Pascal Kober

Le grand musicien de blues nous a quittés le 14 mai 2015 à l’âge de 89 ans.

Lucille, sa célèbre guitare, gently weep

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Happy birthday Jazz Hot!

Les 28 et 29 mars dernier, la doyenne internationale des revues de jazz fêtait ses 80 ans derrière le Moulin Rouge à Paris, dans l’antre de Boris Vian (qui fit partie de notre rédaction dans les années 1950). La fête a vu passer de nombreux amis des mondes du jazz et de tout aussi nombreux musiciens comme Ellen Birath (chant), Daniel Chauvet (contrebasse), Philippe Desachy (saxophone baryton), Jean-Yves Dubanton (guitare), Bonney Fields (trompette), Ricky Ford (saxophone tenor), Agathe Iracema (chant), Michel Laplace (trompette), Kirk Lightsey (piano, ci-contre), Isabella Lundgren (chant), Gérard Naulet (piano), Lia Pale (chant), Michel Pastre (saxophone tenor), Mathias Rüegg (piano), etc. Voir la petite galerie ci-dessous dans laquelle un photographe facétieux a inopinément glissé trois images en forme de clin d’œil ;-) Saurez-vous les retrouver ?

Un anniversaire à poursuivre avec Delaunay’s Dilemma, une exposition consacrée à l’oeuvre de Charles Delaunay, fondateur de Jazz Hot, qui montre notamment ses Noirs au blanc, saisissants portraits de musiciens réalisés dans les clubs. L’accrochage dévoile également les coulisses de la naissance de la première revue de jazz du monde, créée en 1935.
Jusqu’au 11 avril 2015 à la Fond’action Boris Vian, 6 bis cité Véron, 75018 Paris. Entrée libre.

Pascal Kober

Pour en savoir plus sur cet anniversaire et sur la revue, voir le site Internet de Jazz Hot.

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Carmen Souza : transatlantique !

Carmen Souza, La Faïencerie. © 2015 Photo : Pascal Kober

Elle est née à Lisbonne, mais ses parents sont originaires du Cap Vert, au large du Sénégal. C’est donc tout naturellement que Carmen Souza interprète Sodade de Cesaria Evora (bien sûr), mais aussi Song for my father de Horace Silver dont le père était également issu de Dja r’Ma, l’île de Maio, située au sud de l’archipel.

Rien de très orthodoxe toutefois dans les relectures de cette chanteuse à la voix délicieusement polymorphe. Quand le jazz est là, la morna de Sodade ne s’en va pas. Elle se dévergonde en flirtant nonchalamment avec la note bleue dans une harmonisation qui joue le jeu d’un équilibriste dont le fil serait tendu entre deux mondes. Quant à la chanson pour son papa, elle prend fort justement ces couleurs latines qu’on ne lui connaissait guère. Ou pas à ce point.

Ce pont entre un Portugal du vieux continent et le nouveau monde des Amériques via les îles atlantiques est très intelligemment bâti par un directeur musical d’exception. Theo Pas’cal est bassiste. Excellent bassiste. Mais pas seulement. Theo est également un remarquable  arrangeur qui accompagne les voyages vocaux de Carmen Souza depuis treize ans déjà. Une complicité dont on mesure la rareté à chaque instant de leur concert. Remarquablement accompagné par le Britannique Aidan Glover au piano et Elias Kacomanolis, un percussionniste né au Mozambique qui fait preuve d’une belle finesse, ce quartet-là vous embarque de bout en bout pour un voyage au (très) long cours.

Une nouvelle belle découverte d’Élisabeth Mathieu qui dirige la Faïencerie, cette petite salle de l’agglomération grenobloise (à La Tronche). En 2013 déjà, elle programmait Youn Sun Nah, quelques mois à peine avant que la chanteuse coréenne ne rassemble plus de sept mille personnes à Jazz à Vienne. C’est bien là tout le bonheur que l’on peut aujourd’hui souhaiter à Carmen Souza et à ses musiciens !

Pascal Kober
Renifleur du temps

Site Internet de Carmen Souza

Site Internet de la Faïencerie

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