Maroc : Sarhro, djbel rebelle

Les Berbères Aït Atta furent les derniers à résister aux troupes françaises qui « pacifiaient » le protectorat. Aujourd’hui, ces farouches bergers transhument dans d’austères montagnes d’ocre pour échapper aux rigueurs de l’hiver dans le Haut-Atlas. Mais la neige les rattrape parfois sous les palmiers et les amandiers à deux pas des dunes sahariennes.

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Le sentier muletier longe l’oued et fleure bon la lavande. N’était ce lourd harnachement qui l’oblige à mesurer ses efforts, n’était ce sentiment ténu d’un danger toujours présent, toujours caché, le capitaine Georges Spillmann pourrait savourer ce doux paysage de granite rose ponctué, çà et là, de vertes oasis. Mais l’heure n’est pas à la rêverie bucolique. Car là haut, dans le djbel Sarhro, derrière ces grandes tours de grès sombre qui barrent l’horizon, se terre une poignée de rebelles qui narguent depuis trop longtemps les troupes françaises.

Le djbel Sarhro  ? Une virgule méridionale du Haut-Atlas, séparée de ce dernier par une profonde vallée. Virgule majuscule qui déroule ses formidables contreforts depuis le confluent des oueds Drâa et Dadès (aux portes de Ouarzazate) jusqu’aux confins du Sahara et à Erfoud, quelques deux cents kilomètres plus à l’est. À peine moins haut (le point culminant du massif est l’Amalou-n-Mansour à 2 712 mètres d’altitude), beaucoup plus austère et presque inhabité, le Sarhro est loin des grandes voies caravanières entre le désert et le nord du Maroc. Au coeur de ces montagnes aux reliefs tourmentés et difficiles à pénétrer, quelques nomades, les Aït Atta (ceux du pays Atta) font transhumer leurs chèvres et leurs moutons depuis la nuit des temps, passant les mois d’hiver sous le soleil du sud avant de rejoindre, l’été venu, les pâturages de l’Atlas.

« Une résistance désespérée et magnifique »

Nous sommes en 1933. Tout le Maroc est sous protectorat français depuis vingt-et-un ans. Enfin, presque tout le Maroc. Car la plupart des tribus Aït Atta résistent encore à la « pacification » dans ces montagnes arides du djbel Sarhro. Et la vie n’est pas facile pour le capitaine Spillmann. Il le note alors dans son petit carnet : « Il est difficile de définir les Aït Atta et de donner en quelques lignes un aperçu de leurs principaux traits de caractère. Plus on les connaît, plus on s’aperçoit, en effet, que toute affirmation à leur égard comporte un correctif (…) [ on les dit] pillards, coupeurs de routes, incapables d’affronter une bataille rangée, d’endurer des pertes  ; dans le Sarrho (sic), ils ont cependant opposé à nos troupes, très supérieures en nombre, en armement et en organisation, une résistance désespérée, magnifique, qui a forcé notre admiration. »

C’est à la fameuse bataille de Bou Gafer que l’officier fait ici référence. Près de deux mois de combats acharnés en plein hiver pour prendre un bastion de neige et de rocaille. D’un côté, plusieurs milliers hommes, de nombreux canons et quatre escadrilles de quarante-quatre avions basées à Ouarzazate. De l’autre, conduits par les frères Baslam, un peu moins d’un millier de nomades sommairement armés, des femmes et des enfants. Mais des rebelles. Qui, chaque fois qu’ils le peuvent, gênent la progression de l’armée française en harcelant ses positions. Le colonel Voinot en a assez : « Les pillards se montrent très entreprenants  ; ils exécutent, à plusieurs reprises, des coups de main contre les tirailleurs employés aux travaux. Le Saghro (sic) est devenu le refuge des rôdeurs, qui circulent en bordure de la zone soumise. Par ailleurs, les nombreux irréductibles retirés au Saghro ne manquent aucune occasion de manifester leur hostilité  ; ils adressent des menaces de représailles aux notables, qui cherchent à composer avec nous. (…) Pour en finir, le Commandement décide, au mois de février 1933, de régler la question du Saghro avant les dernières opérations du Haut-Atlas. C’est a priori une grosse affaire car ce massif aride, difficile, est mal connu. »

L’entrée en résistance des tribus Aït Atta ne date pourtant pas de la signature du protectorat. Déjà, à la fin du siècle précédent, ces farouches nomades s’étaient opposés à la colonisation française via le sud de l’Algérie. Des combats sporadiques qui furent le prélude au grand rassemblement de Bou Gafer. Mais la décision de se retirer dans les montagnes inaccessibles du djbel Sarhro causa également la perte des rebelles. Coupés de toute communication avec l’extérieur du massif, harcelés jusque dans les rares points d’eau, les Aït Atta durent subir manoeuvres d’encerclements, pilonnages d’artillerie et bombardements aériens. En dépit de positions faciles à défendre sur le plateau des Aiguilles, où une poignée d’hommes étaient capables de tenir tête à tout un bataillon, ils sont obligés de capituler le 25 mars 1933. Ce sera le dernier des grands faits d’armes de la colonisation au Maroc. Dans son édition du 30 mai de la même année, la revue L’Illustration conclura avec condescendance : « Éminemment farouches tout d’abord, [les tribus Aït Atta] n’ont pas tardé à changer l’attitude en voyant que l’on soignait leurs blessés et leurs malades, que des vivres et des vêtements leur étaient distribués. Aussitôt la reddition faite, l’individualisme enraciné chez elles a repris ses droits. Chaque famille, se groupant autour de son chef, ne reconnaît plus d’autre autorité et ignore ceux des anciens alliés qui n’appartiennent pas à la même tribu. »

Gens de plaine et de montagne

Les Aït Atta ont toujours cultivé cette indépendance et ce goût de la liberté. Pas facile pour un nomade de se plier aux règlements d’un pouvoir central éloigné qui n’a probablement qu’une vague idée de ses conditions de vie. Et la géographie du djbel Sarhro n’arrange rien qui rend les communications presque impossibles. Aucune route ne traverse en effet le massif. Tout juste si quelques méchantes pistes de terre permettent aujourd’hui de rallier, en véhicule tout terrain ou à dos de mule, quelques rares villages d’une centaine d’habitants comme Hanedour ou Imi n’Ouarg. Au-delà, passés les cols, sur les hauts plateaux, face aux reliefs tabulaires et aux tours de grés rose, voici le territoire de l’écureuil de rocher, de la perdrix, du chacal, du loup et du mouflon. Voici le territoire du laurier rose, du palmier nain, du saule pourpre, du figuier, de l’amandier et de l’alfa, cette herbe touffue et épineuse qu’affectionnent tant les mules. Voici le territoire de la chèvre et du mouton, guidés, de pâturages en oasis, par quelques familles nomades. Pas étonnant, dès lors, que ces tribus soient reines dans cette montagne.

Le capitaine Spillmann, toujours lui, notait déjà : «  L’individualisme développé par la dure existence pastorale, qui trempe fortement les caractères, risquerait de dégénérer assez vite en anarchie. Mais d’autres facteurs, conditionnés par le nomadisme même, viennent heureusement tempérer cette tendance. La recherche et la défense des pâturages, les nécessités de la transhumance créent en effet des liens collectifs qui consolident le lien ethnique. Pour subsister au milieu d’ennemis toujours aux aguets, pour utiliser au mieux les ressources que dispense parcimonieusement une nature trop souvent ingrate, les nomades ont accepté librement une discipline réelle qui les groupe dans le cadre de la fraction ou de la tribu. (….) La structure de leur pays les fait à la fois gens de plaine et de montagne, nomades et qsouriens. Ils connaissent les rigueurs du climat saharien et celles des hautes altitudes. »

Petits lutins en burnous à la capuche pointue

Maroc Pascal Kober 09

Village d’Imi n’Ouarg au sud de Boumalne

Aujourd’hui encore, pour le voyageur qui traverse le djbel Sarhro à pied, le contact est difficile. À plus de deux mille mètres d’altitude, un minuscule verger, quelques maigres cultures d’orge et de légumes, et de fragiles murets qui servent à acheminer l’eau par de tous petits canaux, annoncent la proximité d’un village. Au détour d’un sentier, apparaissent de petits lutins en burnous à la capuche pointue, l’air de surveiller la rocaille. À peine ont-ils aperçu l’étranger qu’ils filent comme le vent pour réapparaître, à l’identique, à un autre détour de sentier. Pas un mot échangé. Juste un jeu. Et quelques rires étouffés. Avec leurs parents, c’est le barrage de la langue. Les Aït Atta parlent un dialecte berbère et même un guide local arabophone aura du mal à établir la communication. Et puis, les visiteurs sont rares sur ces hautes terres. Depuis une quinzaine d’années, quelques groupes de randonneurs occidentaux arpentent bien le massif entre novembre et mars avant que les grandes chaleurs ne viennent écraser la montagne. Mais de ce tourisme, nécessairement de passage, les Aït Atta ne profitent guère ou n’en voient que le versant le plus détestable lorsqu’une horde d’Occidentaux déboulent dans leur pré pas carré armés de leurs appareils photos. Même si, avec beaucoup de tact, on peut se voir proposer le thé à le menthe sous la tente brune en poils de chèvres…

Alors, sur les hauteurs de Hanedour près de Nkoub, on a bien installé une école dans un bâtiment ocre en préfabriqué, pour ouvrir les populations les plus sédentarisées sur le monde. Mais cette planète-là est encore loin des préoccupations de ces gens de l’alpe d’ailleurs. L’industrialisation, les guerres, le développement économique, le tourisme même, n’ont guère modifié les modes de vie ancestraux des nomades. Dans le djbel Sarhro, on continue à élever quelques chèvres et quelques moutons, à changer de pâturage tous les quinze jours ou tous les mois, selon la richesse de la végétation et à quitter, le printemps venu, ces terres arides pour la grande transhumance. Car cette montagne sèche qui connaît parfois d’importantes chutes de neige se transforme, en été, en un enfer de caillasses chauffées à blanc sans la moindre goutte d’eau.

« Châh… », « Ousta  ! », accompagnés de leurs mules, regroupés en familles, les Aït Atta rejoignent alors la vallée, près de mille mètres en contrebas, pour traverser l’oued Dadès et remonter sur les premiers contreforts du Haut-Atlas central près du lac d’Izourar. Mais ça, c’est une autre histoire…

Pascal Kober

Une ouverture sur le monde

Depuis plusieurs années, l’association Grande traversée des Alpes mène des actions de développement rural en relation avec les autorités marocaines. Plusieurs centaines d’habitants de l’Atlas (et, depuis peu, du djbel Sarhro) ont ainsi été formés aux métiers de la montagne (guides, accompagnateurs, muletiers, aubergistes, mais aussi artisans, grâce à la renaissance de productions en déclin), en complément à leurs activités traditionnelles. L’enjeu est de favoriser la pratique d’un tourisme de randonnée et de découverte pour un large public, de mettre en valeur, voire de protéger les richesses naturelles et humaines de ces territoires situés à l’écart des grands flux touristiques et de contribuer à leur essor économique.

À lire
• Georges Spillmann, Les Aït Atta du Sahara et la pacification du Haut Dra, publications de l’Institut des hautes études marocaines, tome XXIX, éditions Félix Mocho, Rabat, 1936.
• Le descriptif d’un circuit dans le djbel Sarhro, avec une carte détaillée et de nombreuses informations pratiques, sur le site Internet de Pierre Martin.

Autant que faire se peut, les toponymes ont été ici retranscrits dans la graphie employée sur les cartes au 1/100 000 éditées à Rabat par le ministère de l’Agriculture du royaume du Maroc.

Ce reportage, réalisé du 24 février au 2 mars 1992, a été publié dans le numéro 14, daté hiver 2002, de la revue L’Alpe.

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La Radio Télévision Suisse aime L’Alpe

Le numéro d’automne de la revue a été présenté dans l’émission Détours de la Radio Télévision Suisse, via un entretien d’une dizaine de minutes avec Madeleine Caboche, son animatrice. L’émission peut-être écoutée, podcastée ou téléchargée ici. La séquence concernant les excentriques, fadas et autres rêveurs, objets du dossier de ce numéro, démarre aux alentours de 43′ mais il ne faut par rater la première partie qui évoque la vie de Pierre Martelanche, un vigneron de la côte roannaise qui était également artiste brut. Cette partie se conclut par une rencontre avec André Robillard, un étonnant personnage parlant… martien (!), découvert par Jean Dubuffet en 1965 et dont la Collection de l’art brut de Lausanne et le théâtre de Vidy (canton de Vaud, Suisse) présenteront deux expositions du 28 novembre au 18 décembre 2014 (et jusqu’au 19 avril 2015 à Lausanne).

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Elounda : impressions crétoises (Cretan’s mood)

Les environs d’Elounda sont l’un de ces rares endroits au monde où l’on peut nager au cœur même de ruines millénaires. Cette civilisation minoenne engloutie m’a touché. Dans les eaux cristallines de l’ancienne cité d’Olous, j’ai rencontré une sirène. Pas sûr que ce soit Artemis Vritomartis, mais je suis convaincu qu’il y a là un lien avec la magie et la beauté de ces côtes crétoises. Seule Lida sait que seul le poisson sait… La prochaine fois, nous emporterons un verre de vin (crétois) pour marcher le soir venu autour de l’île…

Elounda Island Villas’ surroundings are one of these rare spots in the world where you can swim into the very heart of millenarian ruins. Minoan civilization touched me ! In the crystal waters of the ancient city of Olous, I had a rendezvous with a mermaid ! Not sure if it was Artemis Vritomartis. But I’m convinced that it has something to do with the magic and the beauty of this little hidden paradise of Cretan coast. Only Lida knows that only the fish knows (everything)… Next time, we’ll have a walk together during the night around the island with a glass of Cretan wine ;-)

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Disparition : Charlie Haden

Le contrebassiste américain nous a quittés hier. Un merveilleux musicien dont le jeu, tout de sobriété, se situait aux antipodes des rodomontades véloces de certains bassistes de jazz. De son bel itinéraire musical autour de la note bleue, particulièrement aventureux et toujours curieux de tout, je retiens notamment sa création à la fin des années 1960, avec la pianiste Carla Bley, du Liberation Music Orchestra ; ainsi qu’un merveilleux thème, Silence, qu’il avait écrit sur un disque enregistré pour ECM en 1980 avec le saxophoniste norvégien Jan Garbarek et le guitariste brésilien Egberto Gismonti. J’avais rencontré Charlie Haden à plusieurs reprises et notamment à Vienne en 1988 (image ci-dessous). Salut l’artiste…

Charlie Haden (1937-2014). Festival Jazz à Vienne (juillet 1988). Photo : Pascal Kober.

Charlie Haden (19372014). Festival Jazz à Vienne (juillet 1988). Photo : Pascal Kober.

Le site Internet de Charlie Haden est là.

L’article de Wikipedia sur le contrebassiste est très bien documenté.

Voir aussi les numéros 279 (paru en 1972), 446 (paru en 1987), 512 (paru en 1994) et 560 (paru en 1999) de la revue Jazz Hot.

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Exposition : dans les coulisses de Jazz à Vienne

Dans les coulisses de Jazz à Vienne

Plus de vingt ans maintenant que je me glisse dans les coulisses des grands festivals de jazz de la planète pour conter la note bleue aux lecteurs de Jazz Hot, la doyenne des revues de jazz, créée en 1935 à Paris par Charles Delaunay et Hugues Panassié.

De Pointe-à-Pitre à Saint-Petersbourg en passant par Anvers, Istanbul, Montreux, Stockholm ou Tanger, mes amours, mes voyages sont là. Plus proches aussi parfois, comme au festival Jazz à Vienne. Ici, les Alpes viennent tremper leurs pieds dans un Rhône qui étale langoureusement ses méandres, enlaçant la belle colline sur laquelle est bâti un théâtre antique. Depuis plus de trente ans, les vieilles pierres romaines accueillent durant la première quinzaine de juillet les meilleurs musiciens de jazz du monde, venus y jouer devant une tapisserie d’humanité (© Claude Nougaro ;-) composée de plus de sept mille spectateurs.

C’est dans ce lieu magique que la vingtaine d’images de cette exposition, soigneusement sélectionnées et somptueusement tirées par Ludovic Fortoul et Jean-Louis Mathieu, ont toutes été réalisées. Des scènes souvent intimistes, vécues en toute amitié avec les musiciens, mais qui sont de plus en plus difficiles à saisir en raison de la volonté affirmée de l’entourage des artistes de contrôler leur image. Alors même que sept mille spectateurs déclenchent sept mille fois leurs sept mille téléphones portables dans les gradins du théâtre antique… Vous avez dit « paradoxe » ?

Demain, que restera-t-il de la mémoire photographique du jazz ?

Expositions à Grenoble du mercredi 25 juin au samedi 6 septembre 2014 sur deux sites en vis-à-vis l’un de l’autre :
L’Atelier photographique 38, 104 cours Jean-Jaurès. 04 80 38 55 93
• L’Aiglon, 1 rue Camille-Desmoulins. 04 76 17 06 83.

Et pour entrer, par les mots et par les images, dans les coulisses de la préparation de cette exposition sur les coulisses de Jazz à Vienne ;-) deux liens Internet :

• Sur France 3, voir le reportage télé d’Isabelle Colbrant et d’Yves-Marie Glo.

• Sur France Bleu, écouter le portrait radio réalisé par Michèle Caron. 

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# 2013 Javanaise

Clic-clic sur le guitariste pour une petite surprise…

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Mélanie de Biasio au palais idéal du facteur Cheval

Au pied de l’alpe est un palais. En ce palais sont des artistes. Ferdinand Cheval, facteur de son état, imaginait-il que son fameux palais idéal deviendrait lieu de rassemblement de tous les amoureux de l’art brut ? Imaginait-il qu’une directrice férue de culture, d’art et de musique, inciterait d’autres créateurs à s’exprimer dans cette improbable œuvre d’art qui chatouille les falaises du Vercors toutes proches ? Marie-José Georges l’a fait. Et diablement bien fait ! En 2012, avec une installation de Niels Udo ou encore avec Titouan Lamazou. Cette année (jusqu’au 29 juin) avec une surprenante création de Bernard Pras, un artiste qui, à partir de matériaux hétéroclites, a redessiné un portrait du célèbre facteur, visible depuis un seul point de vue, un peu à la manière d’un Georges Rousse. Le site et l’installation de Bernard Pras mériteraient à eux seuls le détour, mais ce cadre magique et ses nuits étoilées se prêtent également bien au spectacle. Le palais idéal du facteur Cheval accueille donc cet été une série de sept concerts. Aux côtés de valeurs sûres comme Maxime Le Forestier (le 5 juillet) ou Suzanne Vega (le 10 juillet), Marie-José Georges a pris le risque d’inviter aussi quelques jeunes pousses comme Mélanie de Biasio (photos du concert ci-dessous) que j’avais eu le privilège de découvrir en 2011 dans ses premières œuvres, déjà très prometteuses, au festival de jazz de Tanger (Maroc). Avec son dernier disque, No deal, intimiste à l’image du léger voile de sa belle voix grave, toute de délicatesse et de sensibilité à fleur de peau, la jeune vocaliste fait beaucoup parler d’elle en ce moment chez mes confrères journalistes. Conseil d’ami : si elle passe par chez vous (Marciac en août prochain) ne la ratez pas !

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Retour de l’aquarium (épisode 2 !)

Le numéro de juillet du magazine Chasseur d’Images est chez votre marchand de journaux depuis ce matin. J’y signe, en prélude à vos futures escapades estivales (et néanmoins aquatiques ;-) les textes et les images d’un dossier de dix pages sur les meilleures manières de réaliser des photographies sous-marines sans bouteille ni combinaison de plongée. Difficulté : néant. Plaisir : total. À vous de jouer ! D’autres images ? En cliquant ici.

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Les Alpes de Doisneau au Japon

Les Alpes de Doisneau au JaponAprès avoir enchanté plus de cent mille visiteurs au musée de l’Ancien Évêché à Grenoble, l’exposition Les Alpes de Doisneau (à laquelle j’ai apporté ma modeste contribution et qui avait fait l’objet d’un beau livre et d’un coffret parus aux éditions Glénat ; voir le numéro 58 de la revue L’Alpe) est présentée depuis aujourd’hui et jusqu’au 15 juin 2014 au musée de Kōriyama (dans la région de Fukushima) avant d’être accrochée à la fin de l’été au K*MoPA, le musée des arts photographiques de Kiyosato, dirigé par le grand photographe Eikoh Hosoe, dans l’ile d’Hokkaidō, la plus septentrionale de l’archipel.

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Jean-François Bauret

Il avait croqué Klaus Kinski et Serge Gainsbourg. Mais aussi tant d’anonymes dont il savait tirer le portrait, nu souvent, en noir et blanc tout aussi souvent, avec cette délicatesse dans le regard qui n’appartenait qu’à lui. Jean-François Bauret nous a quittés à l’âge de 82 ans, ce 2 janvier 2014. Il y a tout juste vingt ans, j’avais rencontré ce photographe tendre et délicieux dans son atelier de la rue des Batignolles, à Paris, pour un entretien publié par le magazine Grands Reportages en mai 1994, mais resté en grande partie inédit. Extraits :

Adepte du beau tirage noir et blanc, portraitiste du désir, Jean-François Bauret ne peut être suspecté de collusion avec ces ânes d’ordinateurs, bâtés de 0 et de 1. Pourtant, dans son home studio du dix-septième arrondissement, foisonnant de centaines d’objets de bois, de terres et de peaux, au milieu d’un monde organisé autour de l’organique et du souvenir, trône un Macintosh Quadra. L’informatique « Mais, c’est très simple ! Bits et pixels, compression et décompression, des câbles partout, les photographes ont été très affolés par le numérique. Noyés dans un discours qui leur était étranger. Mais le photographe de l’an 2000 ne sera pas différent de celui de de 1900. Pour lui, il sera toujours plus important d’aller voir Velasquez au Prado que de se rendre dans les salons professionnels pour parler de technique. »

« J’aime ce mystère de la photographie qui fait que l’émotion traverse l’objectif et va s’installer sur la pellicule. Le photographe doit être quelqu’un qui respecte et qui accueille. Un passeur, comme un bambou creux en Orient, un passeur de vie : je vais aider cette personne à émettre ce qu’elle a en elle, sa sensibilité, son émotion… 

« Je fais une énorme différence entre le reportage qui relève quand même un peu de la photo volée et le portrait où il y a une vraie communication avec la personne photographiée. Soit le désir vient de moi, soit le désir vient de l’autre, mais dans tous les cas, il y a cette connivence entre deux désirs. C’est comme une déclaration d’amour. 

« Ma femme est bien meilleure photographe que moi. Parce qu’elle a cette spontanéité qui fait qu’elle sort son appareil et qu’elle déclenche au bon moment. Je suis très souvent touché par la vraie photo simple, celle qui n’a aucune prétention artistique, cette photo-souvenir venant à un instant qui tombe juste. C’est un petit peu comme quand tu fais l’amour. Est-ce que tu vas réfléchir ? Est-ce qu’il faut que je mette ma main là ? Que je titille le bout de sein ici ? Je ne sais pas si tu feras bien l’amour si tu es dans ces dispositions. Ta main se placera tout à fait naturellement parce qu’il y a, en face, un besoin pour qu’elle se place là. C’est l’inexplicable de la relation humaine : la justesse qui tombe au bon moment. Ce qui suppose de se laver l’esprit des deux côtés. En tant que photographe et en tant que modèle. »

À Claude, sa dame, à Isabelle, sa fille, pensées…

Le site Internet de Jean-François Bauret

L’une de ses dernières expositions à la galerie Baudoin-Lebon

L’une de ses dernières interview en vidéo 

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Lia Pale : un voyage hivernal

C’est au pied des Alpes que le compositeur autrichien Franz Schubert (17971828) a écrit son Winterreise, probablement son cycle de lieder le plus désespéré. C’est au pied des Alpes encore qu’officie le pianiste et arrangeur Matthias Rüegg, créateur, en 1977, du Vienna Art Orchestra, un big band qui a chamboulé bien des frontières musicales dans le monde du jazz. C’est au pied des Alpes, enfin (à côté de Linz), qu’est née Lia Pale, jeune vocaliste qui, dans ce disque étonnant, s’attache à effectuer ce voyage hivernal de façon proprement inouïe. Les puristes vont probablement hurler. Les autres ne peuvent que tomber sous le charme de cette voix limpide et précise. Pas celle d’une artiste lyrique ni celle, aux accents plus marqués, d’une chanteuse de jazz : ici, on évolue en permanence entre hommage respectueux et habiles détournements réalisés avec une rare culture musicale. L’écoute consécutive des originaux de ces courts lieder (par exemple dans la version de Barbara Hendricks accompagnée au piano par Love Derwinger) et de leur relecture par Lia Pale et Matthias Rüegg permet de mesurer à quel point ce voyage sillonne tout autant les chemins de la musique populaire américaine que ceux de la tradition savante européenne. Comme une manière de synthèse entre deux univers généralement opposés dans la perception qu’en a le public. Et alors même que les passerelles peuvent être nombreuses dès lors qu’elles sont bâties avec intelligence. Jamais prédatrice, l’interprétation de Lia Pale sidère par sa justesse de ton. Une réussite par ailleurs complétée d’un livret magnifiquement illustré comme l’industrie du disque en produit hélas de moins en moins. Chapeau, les artistes !

Gone too far. Par Lia Pale (chant, piano), Ingrid Oberkanins (percussions), Hans Strasser (basse), Harry Sokal (cuivres) et Matthias Rüegg (piano). 2013. CD EmArcy 0602537296613 (distribution Universal Music). Site Internet : www.liapale.net

Chronique publiée dans le numéro 63, daté hiver 2014, de la revue L’Alpe.


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Retour de l’aquarium : les Maldives autrement

Navigation dans les Maldives à bord du Koimala. Atoll de Felidhe (Vaavu). Photo : Pascal Kober

Navigation dans les Maldives à bord du Koimala. Atoll de Felidhe (Vaavu). Photo : Pascal Kober

Les Maldives ne se résument pas aux îles-hôtels totalement isolées de la vraie vie du pays. Pour découvrir cet archipel autrement, direction l’extrême sud, de l’autre côté de l’Équateur, à l’Equator Village sur l’île de Gan, dans l’atoll d’Addu, alors en pleine période électorale pour les élections présidentielles de septembre 2013. Puis retour dans le nord pour une navigation à bord du Koimala, un dhoni affrété par Terres d’Aventure, permettant de réaliser quelques belles randonnées subaquatiques avec palmes, masque et tuba dans les eaux des atolls de Male sud et de Felidhe (Vaavu). Air, terre, mer et bleus… Images :

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Air

Terre

Mer

Que les ichtyophiles passionnés qui repèreraient des erreurs dans les légendes des images n’hésitent pas à les signaler

Bleus

Contacts ? Informations ? Ici.

À voir : Océans et Le peuple des océans. Le film, mais surtout les quatre remarquables documentaires de 52 minutes, réalisés et scénarisés en 2009 par Jacques Cluzaud et Jacques Perrin (mais oui, le petit matelot amoureux de Catherine Deneuve dans Les demoiselles de Rochefort !).

À fuir : Atlantis de Luc Besson (1991). Une boursouflure vaine sur une « musique » pléonastique d’Éric Serra.

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Marcus Miller au festival des Enfants du jazz

À Barcelonnette (Alpes-de-Haute-Provence), se déroule chaque année depuis 19 ans un festival qui fait la part belle aux enfants avec des stages de jazz (cette année sous la houlette d’Agathe Iracema pour le chant, de Guillaume Naturel et de bien d’autres). Conclusion en fanfare pour l’édition 2013 avec un Marcus Miller qui a longuement discuté avec les enfants en prélude à son concert avant de les inviter sur le plateau pour son deuxième rappel sur une reprise de Tutu mêlé d’un Come together des Beatles et de poursuivre par un bœuf au club du bar Le Choucas. Chapeau l’artiste ! J’en connais qui sont repartis avec de beaux souvenirs !

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Les Alpes de Doisneau avec… Melody Gardot !

J’animerai une petite causerie sur les Alpes de Doisneau au centre Séolane de Barcelonnette (Ubaye, Alpes-de-Haute-Provence) ce mercredi 24 juillet à 2045 (entrée libre ; office du tourisme de Barcelonnette : 04 92 81 04 71).

Melody Gardot, Grenoble 2012

Melody Gardot. 13 novembre 2012. Photo : Pascal Kober

PS spécial coup de cœur (et qui n’a rien à voir) : le lendemain de ma causerie, la chanteuse américaine Melody Gardot se produira au même endroit, dans le cadre du festival Les enfants du jazz, au cœur du beau parc du musée de la Vallée. Un écrin de sapins entourés de montagnes qui devrait séduire la jeune musicienne (elle n’a pas trente ans). Melody Gardot a magistralement tricoté son dernier album (The absence) dans une sorte de sea movie entre Portugal, Maroc, îles du Cap Vert et Brésil. En somme, et pour faire écho à l’épopée des Mexicains de Barcelonnette, une autre traversée transatlantique qui vous transportera à coup sûr. Car nul ne peut résister à la belle maturité musicale de cette grande voyageuse…

PPS. Pour ceux qui n’aurait pas encore vu l’exposition Doisneau du musée de l’Ancien Évêché, à Grenoble, je rappelle qu’elle a été exceptionnellement prolongée jusqu’au dimanche 1er septembre et devrait fêter son cent millième visiteur (!) dans le courant du mois d’août avant de partir pour le… Japon.

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Youn Sun Nah à Jazz à Vienne

Les sept mille spectateurs du théâtre antique de Vienne sont tombés sous le charme du chant proprement inouï de Youn Sun Nah qui se produisait en quartet (avec Vincent Peirani à l’accordéon, Simon Tailleu à la contrebasse et Ulf Wakenius à la guitare) juste avant Avishai Cohen, le vendredi 12 juillet, lors de l’édition 2013 du festival de jazz de Vienne.

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Esperanza Spalding, Radio music society

Dans le cadre des Estivales en Savoie, le château des ducs, à Chambéry, accueille chaque été depuis dix ans quelques concerts de jazz à entrée libre avec de très belles têtes d’affiche. Dianne Reeves ou Al Jarreau en 2008 ; en 2013, Viktoria Tolstoy ou encore Esperanza Spalding avec sa Radio music society.

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Agathe Iracema à Jazz à Vienne

Quelques images du joli concert qu’a donné Agathe Iracema avec son quartet (Laurent Coulondre au piano, Samuel Hubert à la contrebasse et Rémi Vignolo à la batterie) sur la scène du kiosque de Cybèle le jeudi 4 juillet, lors de l’édition 2013 du festival de jazz de Vienne.

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