Matthias Schriefl : Six, Alps & Jazz

Visiblement, si l’on en croit son portrait (en… peau de vache !) publié à l’intérieur du livret, le jeune trompettiste allemand Matthias Schriefl a grandi dans les alpages ! Ou presque : sa petite ville natale de Kempten n’est en effet située qu’à quelques encablures des sommets bavarois et autrichiens. Nul doute en tout cas, à l’écoute de ce CD auto-proclamé young german jazz, que sa musique est bel et bien estampillée alpine. À la vérité, peu de jazz ici, si ce n’est peut-être dans la liberté d’expression qu’il permet aux musiciens qui s’en emparent aujourd’hui. Mais beaucoup de détournements (et souvent jubilatoires) des mélodies traditionnelles de l’Allemagne méridionale et de ses montagnes. Matthias Schriefl use d’ailleurs d’instruments autochtones comme le cor (des Alpes) ou d’expressions locales comme le yodel pour bâtir, et de fort belle écriture, ce répertoire très finement arrangé pour les riches timbres des nombreux instruments à vent de son sextet. À défaut de jazz, une jolie curiosité qui permet de mesurer jusqu’à quel point les jeunes musiciens européens, dûment formés dans les Conservatoires, peuvent réinterpréter leur patrimoine.

Pascal Kober

Musiciens  : Matthias Schriefl (tp, flh, etc.), Johannes Bär (tb, flh, etc.), Peter Heidl (flh, ts, etc.), Florian Trübsbach (as, cl, etc.), Heiko Bidmon (cl, fl, etc.), Gregor Bürger (bs, cl, etc.) + sept invités précisés dans le livret.
Thèmes : Langenwanger Intro, S´Deandl Vom Wintergrea, Am Schnackar Biichl, Andachtsjodler, Ländlesgruaß, Steinegger`s Allerlei, Les Alpes Vues De Paris , S´isch Mer Alles Oi Ding, Langenwanger Reprise, Bald Ischs Halb Simme, Der Vorarlberger Problembär, Punzenjodler, Luschtig, Luschtig, Schlofiade.
Enregistré  : en juillet et septembre 2011 à Bonn.
Durée  : 59’39″.
Référence  : Act 9670-2.

Chronique publiée dans le numéro 60 de la revue L’Alpe.

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Nabucco à Grenoble

Quelques petites images (de famille ;-) des répétitions du Nabucco que va donner l’Orchestre symphonique universitaire de Grenoble, sous la direction de Patrick Souillot, du 15 au 19 mars au Summum à Grenoble. Informations en cliquant ici.

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# 2013 Javanaise

Clic-clic sur le guitariste pour une petite surprise…

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Elina Duni : Matanë Malit

Duni ElinaDerrière la ligne bleue des Alpes, pour Elina Duni, il y eut d’abord l’exil. Un pays, l’Albanie, fracassé par tant d’années de dictature. Un grand-père écrivain bâillonné par le régime, une maman elle-même romancière, un papa acteur. Et finalement, le départ de la famille pour la Suisse en 1992. Elina a onze ans. Elle chante. Dès son adolesence, flirte avec les standards du jazz et les Léo Ferré et Serge Gainsbourg du French songbook. Premier CD en 2008. Elle y interprète une très troublante «  Javanaise ». À peine une pointe d’accent. Juste de quoi faire fondre. Sa rencontre avec le pianiste Colin Vallon va tout changer. Et si elle revenait à la musique de son pays natal ? En 2009, au festival de jazz de Grenoble, son chant fait mouche : générosité, force et délicatesse. Avec ce troisième CD, Matanë Malit (Au-delà de la montagne, donc), enregistré pour le label allemand ECM, elle épure encore ce trait musical qu’elle dessine pour relier improvisation et mélodies traditionnelles albanaises. Sur des lignes harmoniques d’une sobriété bouleversante (trois accords, pas un de plus, comme dans le blues, pour le magnifique «  Kjani trima »), Elina Duni nous conte, dans cette belle langue, des amours pastorales aussi bien que des histoires de bergers et de résistants anti-fascistes. Et réussit, par la grâce d’un trio aux interprétations d’une rare intelligence, à ne pas emprunter les sentiers tant dévoyés d’une world music abâtardie. Elina Duni est une passe-montagne. Qui se découvre de belle façon.

Pascal Kober

Musiciens  : Elina Duni (voix), Colin Vallon (piano), Patrice Moret (basse), Norbert Pfammatter (batterie).
Thèmes : Ka Një Mot, Kjani Trima, Kur Të Kujtosh, Vajzë e Valëve, Unë Ty Moj, Erë Pranverore, Çelo Mezani, Ra Kambana, Çobankat, Kristal, U Rrit Vasha, Mine Peza.
Enregistré  : en février 2012 à Pernes-les-Fontaines.
Durée  : 53’42″.
Référence  : ECM 2277 370 6457 (Universal).

Chronique publiée dans le numéro 59, daté hiver 2013, de la revue L’Alpe.


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Les Alpes de Doisneau

À propos d’une réalisation à laquelle j’ai apporté ma contribution (exposition au musée de l’Ancien Évêché, à Grenoble, du 16 novembre 2012 au 14 avril 2013).

L’EXPOSITION

« Le Rêve du petit Michel ». Photo : Robert Doisneau

C’est un Robert Doisneau comme on ne l’a jamais vu que propose cette exposition originale qui suit le fil (rouge) d’un parcours sur les sentiers buissonniers de la montagne. Au-delà du grand photographe humaniste que chacun connaît aujourd’hui et qui aurait eu cent ans cette année. Au-delà de son fameux Baiser de l’hôtel de ville, réalisé en 1950 (mais qui ne l’a rendu célèbre qu’à l’approche des années 1980). Au delà, aussi, de tant d’autres images tendres que Doisneau a pu consacrer au petit peuple de la banlieue parisienne. Car avant de devenir une icône de la photographie de la seconde moitié du XXe siècle, Doisneau fut également, au fond, un OS de l’image. Un ouvrier photographe qui mettait du cœur, son cœur, à l’ouvrage. Dans les Alpes comme ailleurs, il a ainsi œuvré (et avec quel talent !) dans des domaines aussi divers que l’industrie, le reportage social, le photojournalisme, la mode, la publicité, l’illustration, la photo « ethnologique », la prise de vues en studio, mais aussi l’humour (bien sûr !) et la photo de… famille !

De 1936, date de ses premières images alpines saisies entre amis en Haute-Savoie jusqu’à son reportage dédié en 1967 aux ouvrières des usines grenobloises à la veille des Jeux olympiques, en passant par les petits secrets de ses séjours hivernaux à Laffrey, en Isère, Doisneau n’a cessé d’arpenter les montagnes. Non pour leurs paysages sublimes qui auraient pu l’envoûter, à l’instar d’un Ansel Adams, d’un Shiro Shirahata ou d’un Pierre Tairraz, mais bien pour le terrain de jeu grandeur nature qui lui était ainsi offert. Durant une trentaine d’années, Doisneau a pu expérimenter autant de façon de mettre les Alpes en scène (plutôt qu’en valeur) pour les intégrer à son propre imaginaire. En somme, ces Alpes-là sont d’abord de Doisneau.

La patte de l’artiste : épatante !

LE CATALOGUE

Les Alpes de Doisneau, un beau livre de 160 pages paru aux éditions Glénat, reprend l’essentiel des images de Robert Doisneau présentées dans l’exposition en les accompagnant d’articles de fond qui permettent de contextualiser leur réalisation. Avec les contributions de Francine Deroudille (fille de Robert Doisneau), Jean-Claude Duclos (conservateur en chef du patrimoine), Pascal Kober (journaliste et photographe), Isabelle Lazier (directrice du musée de l’Ancien Évêché) et Vladimir Vasak (grand reporter à Arte). Le numéro 58, daté automne 2012, de la revue L’Alpe consacre par ailleurs un portfolio de plusieurs pages aux vis-à-vis troublants entre le regard de Robert Doisneau et celui porté par les ethnologues sur le village et les habitants de Saint-Véran.

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Belgique : Anvers Jazz Middelheim

Toots Thielemans. © 2012 Photo : Pascal Kober

Joyeux anniversaire, cher Toots ! Le plus grand harmoniciste de la planète fête ses 90 ans. Et c’est bonheur que de revoir Toots Thielemans en scène, musicalement très à son aise devant sept mille personnes, toutes debout pour saluer les dernières notes d’un What a wonderful world qui me met les larmes aux yeux. Sûr qu’un monde selon Toots serait en belle harmonie ! L’homme joue. Il joue bien. Et se joue de tout. De l’histoire du jazz en greffant habilement un Summertime au célèbre riff d’introduction de All Blues. Ou de son public qui sifflote Bluesette à l’unisson avec lui. Une seule date cet été à son carnet de bal : Anvers. Pour un festival dont il est le parrain depuis 1981. Ici, Toots est chez lui, à quelques encablures de Bruxelles, sa ville natale. Et dans un port, le deuxième d’Europe après Rotterdam, qui a vu des millions d’émigrants se rendre aux Amériques via la fameuse ligne transatlantique de la Red Star (l’étoile rouge !) au tournant des XIXe et XXe siècle. Cette ouverture sur le monde confère à la cité flamande un esprit un tantinet frondeur dont on ne soupçonne pas toutes les richesses. Ici a vécu au XVIe siècle, l’un des premiers imprimeurs au monde, Christophe Plantin, à qui est dédié un musée. Ici est le MAS, un autre musée, de société, remarquable tant par son architecture que par les parcours proposés pour mieux comprendre la ville. Ici sont marquées au fil des ruelles les activités maritimes et la vigueur des échanges culturels. Ici se vit la douceur d’un centre historique ancré sur les rives de l’Escaut.

Jazz Middelheim Anvers. © 2012 Photo : Pascal Kober

C’est à la périphérie que se déroule un festival qui a des accents de petit Marciac. Même chapiteau posé dans la verdure, le gazon du stade remplacé par l’herbe du jardin de sculptures du musée Middelheim, mêmes stands de produits régionaux, la bière d’Anvers remplaçant le tariquet. Même ambiance bon enfant et une programmation permettant aux musiciens belges de jouer face à un public venu nombreux pour les têtes d’affiches. On a ainsi pu écouter le guitariste Philip Catherine, dont le jeu est toujours aussi lyrique, avec Larry Coryell (notamment dans une merveilleuse version en duo de Insensatez, le thème de Tom Jobim). Mais aussi deux expériences musicales audacieuses, la première, très originale, même si éloignée de l’idiome jazz, par le trompettiste Eric Vloeimans avec un ensemble… baroque (!) ; la seconde de l’accordéoniste Tuur Florizoone qui a composé une pièce rendant hommage, à l’occasion des cinquante ans de l’indépendance du Congo, aux enfants abandonnés nés d’unions mixtes («  les bâtards de la colonie », pour reprendre le titre du livre de Kathleen Ghequière et Sibo Kanobana). Ici, nul exotisme de pacotille (Tuur est lui-même né en Afrique) mais un juste choix de musiciens (et notamment Tutu Puoane, magistrale au chant) et de thèmes fortement ancrés dans les rythmes du continent. Une belle découverte.

Stefano Bollani et Hamilton de Holanda. © 2012 Photo : Pascal Kober

À noter enfin la prestation très complice et tout en sourires du pianiste Stefano Bollani avec Hamilton de Holanda au bandolim, célébrant le génie (harmonique puis rythmique) des grands compositeurs brésiliens en enchaînant des thèmes comme Luiza (de Jobim) ou Laura (de Gismonti), avant de finir sur un Happy birthday pour Toots. Et last but not least, le concert de ce festival : avec le batteur Amir Brelser et le pianiste Omri Mor, le contrebassiste Avishaï Cohen invente un nouvel art du trio. Puissance de jeu, comme d’intensité musicale, littéralement extraordinaire, énergie et virtuosité, aisance très ludique en scène (ah, ses chorégraphies avec la «  grand-mère » !), sens du partage et de l’œuvre commune, tout cela chante (et de belle façon) et ne suscite jamais le moindre ennui. Au point que ce trio-là sait même séduire ces deux jeunes filles assises à mes côtés qui se seraient presque mises à danser. Comme pour mieux démontrer que le jazz peut être à la fois exigeant et festif. À l’image de ce festival, en somme.

Pascal Kober

Chronique du festival Jazz Middelheim (Anvers, Belgique ; du 16 au 19 août 2012) publiée dans le numéro 661, daté automne 2012 de la revue Jazz Hot. Site Internet : www.jazzmiddelheim.be

Miam !
Antwerpen Proeft et la Bollekesfeest. En août et toujours en plein-air, un salon du goût, un marché des produits du terroir et une fête de la bière (la De Koninck, locale, qui se déguste aussi sur les nombreux stands du festival).
Boulevard Leopold. Les petits-déjeuners amoureusement mitonnés par Martin et Patricia Willems y sont succulents. Mais surtout, cette jolie maison d’hôtes, nichée non loin du quartier des diamantaires et (en bus) du site de Jazz Middelheim, est atypique pour sa décoration intérieure. Passion des propriétaires pour les antiquités oblige, elle transporte le voyageur un siècle en arrière et transforme ce minuscule hôtel particulier (seulement trois chambres et deux appartements) en un véritable cabinet de curiosité. Une expérience singulière !
+32 486 67 5838
Site Internet : www.boulevard-leopold.be

 

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Pour ceux qui (n’)aiment (pas) le jazz

À écouter tous les soirs, pendant l’édition 2012 du festival de jazz de Vienne, une petite chronique radio aux alentours de 19 h 20, jusqu’au vendredi 13 juillet, dans l’émission de Matthieu Soldano sur France Bleu Isère, France Bleu Pays de Savoie et France Bleu Drôme-Ardèche.

Par ordre d’apparition à l’écran noir de mes nuits blanches :
• le jour où elle ne restera pas dans son lit douillet (Sandra Nkaké),
• une certaine chanson qui nous ressemble (Bobby McFerrin et Chick Corea),
• une mélodie anglaise du XVIe siècle qui reste sur toutes les lèvres (McCoy Tyner),
• un mois de septembre sur lequel nous avons tous dansé (Earth, wind and fire),
• un merveilleux traditionnel de Noël polonais (Pat Metheny),
• Charles Aznavour qui n’aime guère qu’elle se laisse aller (Eddy Louiss),
• l’Ave Maria selon Al Di Meola et ses notes parcimonieuses (si, si…),
• un voyage au Mississippi (Magic Slim),
les moulins de mon cœur chapardés à Michel Legrand (Dianne Reeves),
• la belle leçon de vie de la non moins belle Melody (Gardot),
• la bataille de Jericho de mister Laurie et docteur House
• et, pour finir en beauté, la belle vie de dame Simone rêvant à Tony Bennett.

Sans oublier quelques-unes de mes « crooneries » habituelles autour de ces si jolies mélodies que tout le monde sait fredonner sous sa douche.

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Un été (sri-lankais)

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Un portrait radio du renifleur du temps

Michèle Caron a réalisé cet entretien pour France Bleu Isère. À écouter ici.

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1910-2010 : dans le sillage de Jorge Chavez

Tout juste un siècle après la première traversée des Alpes par l’aviateur péruvien Jorge Chavez en 1910, la rédaction de L’Alpe a refait ce parcours, mémorable à plus d’un titre, avec, dans le rôle du pilote, Alain Belmont, l’auteur de l’article lui-même. Quand le vécu rejoint l’histoire dans une belle aventure pleine d’émotions. Un reportage à lire dans le numéro 52 de la revue (La voie des airs), daté printemps 2011 et dont voici quelques images inédites brillamment légendées par Dominique Vulliamy, rédactrice en chef adjointe de L’Alpe.

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Vienna Art Orchestra : la fin d’un rêve

Triste nouvelle : cet été 2010, Mathias Rüegg, créateur et cheville ouvrière du Vienna Art Orchestra (VAO), annonçait sur son site Internet qu’il mettait définitivement un terme à cette magnifique expérience musicale : «  Le concert du 9 juillet au Musikforum de Viktring (Autriche), était le dernier du Vienna Art Orchestra. Un sous-financement chronique, une diminution importante de la demande en provenance des pays qui forment le cœur de l’économie de l’orchestre (Autriche et Allemagne principalement) et la crise financière dans les pays comme l’Italie, l’Espagne, la France et les pays de l’Est m’ont amené à prendre cette décision. Chercher où se situent les responsabilités n’a pas de sens. Après trente-trois années passées au plus haut niveau d’exigence, je tiens à remercier tous ceux qui ont contribué à l’existence du VAO. D’abord le public, mais bien sûr aussi les mécènes, institutionnels et privés, les nombreux journalistes spécialisés, enfin et surtout les musiciens talentueux qui se sont souvent surpassés dans leur travail avec le VAO. Je regrette profondément que l’orchestre actuel ainsi que mes créations soient contraints de s’arrêter alors que nous sommes à notre plus haut niveau. J’accepte toutefois les réalités telles qu’elles sont aujourd’hui. »

Cette belle aventure aura donc duré trente-trois ans. Trente-trois ans d’intenses collaborations avec tout ce que la scène européenne du jazz recèle comme fortes personnalités. Depuis le contrebassiste américano-suisse Heiri Känzig jusqu’au corniste russe Arkady Shilkloper, en passant par la chanteuse italienne Anna Lauvergnac ou les deux Wolfgang (Muthspiel, le guitariste, et Puschnig, le saxophoniste), le Vienna Art Orchestra aura vu passer du monde. Des musiciens qui comptent aujourd’hui et qui, tous, portent un regard sans œillères sur le jazz contemporain. Sans oublier, selon les projets, des invités exceptionnels comme Ray Anderson, Dee Dee Bridgewater, Art Farmer, Shirley Horn ou encore Joe Lovano.

Jazz Hot a rencontré Mathias Rüegg à deux reprises. En 2002 (numéro 592, daté juillet-août) et en 2007 (numéro 639, daté mai), respectivement pour le vingt-cinquième et le trentième anniversaire de son Vienna Art Orchestra. À cinq ans d’intervalle, deux longs entretiens avec Jérôme Partage. Et toujours la même passion et la même profondeur dans sa façon de dire le jazz, de dire son jazz. Cette fois, c’est hélas pour évoquer un « game over » que nous le rencontrons. Avec l’espoir de voir une si belle énergie rebondir, ici ou ailleurs, dans de monde du jazz. Résistons.

* *
*

L’arrêt brutal du Vienna Art Orchestra a-t-il été précédé de signes avant-coureurs qui auraient permis de mesurer l’ampleur des difficultés rencontrées aujourd’hui ?

J’ai pris cette décision, seul, le 1er avril dernier car la responsabilité économique de la survie du Vienna Art Orchestra n’a toujours dépendu que de moi. Mais pour des raisons stratégiques, personne, pas même les musiciens avec qui j’ai l’habitude de travailler, n’en a rien su avant que je ne l’annonce juste après notre dernier concert. Inutile de vous dire que mes amis musiciens n’ont pas été ravis d’apprendre une telle nouvelle…

Avant de prendre cette décision, as-tu envisagé d’autres réponses à ce problème économique ?

En matière de financement, j’ai vraiment tout essayé. Durant les derniers mois, plusieurs appels au secours ont été lancés, un peu en coulisses, pour ne pas alarmer nos proches. Les responsables culturels ou politiques connaissaient donc très bien notre situation. Mais d’un autre côté, le manque d’argent ne représente que l’un des versants du problème. Je ne peux pas forcer les organisateurs de concerts à inviter le Vienna Art Orchestra. Or, l’esprit même de cet orchestre existe aussi en raison de cette riche vie commune, musicale et extra-musicale, que nous développons lors de nos tournées. Ne faire exister l’orchestre que lors de concerts à Vienne ne m’intéressait pas.

À quels facteurs attribues-tu l’exceptionnelle longévité de l’orchestre ?

En toute immodestie, à mon action, tout simplement ! Durant les six dernières années, j’étais le seul à m’occuper de l’organisation. Je n’avais même plus une secrétaire pour m’aider dans l’administration. C’est le prix qu’il faut accepter de payer pour rester indépendant. Mais je n’ai jamais abandonné…

Un big band comme le Vienna Art Orchestra peut-il encore exister aujourd’hui en Europe ?

Tout dépend du type d’activité que l’on souhaite développer. Il existe probablement en Europe des centaines de Monday Night Orchestras (NDLR : des big bands qui se réunissent une fois par semaine, toujours dans le même club et avec le même répertoire, comme au Village Vanguard, dans les années 1960, à New York). Mais les orchestres qui vont vraiment sur la route avec un répertoire de création sont extrêmement rares car cela coûte très cher d’organiser et de financer une tournée pour un big band.

Et ailleurs dans le monde ?

Aucune idée. Tout ne dépend que de la motivation et de l’énergie d’un créateur obsédé ;-)

Même aux États-Unis ?

Surtout aux USA ! Excepté pour le Lincoln Orchestra, la situation des big bands en Amérique est vraiment nulle !

Le Vienna Art Orchestra pourrait-il renaître de ses cendres en s’intitulant demain Paris Art Orchestra ou Philadelphia Art Orchestra ?

Je n’ai aucun don de voyance pour prévoir l’avenir mais si tel devait être le cas demain, je crois que le projet s’appellerait plutôt Moscow Art Orchestra ou Dubaï Art Orchestra ;-)

Pourquoi pas ? Après tout, on construit bien une antenne du musée du Louvre à Abou Dabi…

Oui, ça, je sais bien… Mais pour le jazz, il n’existe aucune offre de ce type…

Envisagerais-tu de délocaliser l’orchestre ailleurs dans le monde ? En Chine, peut-être ?

Non. La direction que j’avais prise avec Third Dream m’impose de faire appel à un certain type de musicien très particulier que je ne peux trouver, en dehors des États-Unis, que dans les pays de l’Est et en Autriche.

Quelles ont été les réactions dans le milieu du jazz ?

Il y a eu peu de réactions. Quelques journalistes spécialisés m’ont manifesté leur soutien. Beaucoup d’amateurs et de musiciens ont réagi, mais rien du côté des organisateurs de concerts, des directeurs de festivals ou des tourneurs. Quant à la presse généraliste, elle a parlé de la fin du Vienna Art Orchestra, sur tous les continents, de Bombay à Moscou, de l’Arizona à Sidney, de Zagreb à Londres et de Paris à Vienne. Cette presse-là préfère toujours annoncer les mauvaises nouvelles…

Comment évalues-tu la situation du marché du jazz en Europe ?

Difficile à dire. Je crois que nous ne mesurerons réellement les effets de la crise qu’à partir de l’année prochaine. Mais si le monde de la culture prend modèle sur l’Italie, l’Espagne ou l’Allemagne, il y a plutôt de quoi être pessimiste ! Sauf peut-être pour quelques rares grands projets financés par les États. Mais dans notre milieu du jazz, dans toutes les petites structures et les associations, souvent financées par des collectivités locales, on peut s’attendre à des années de vaches très maigres. En Autriche comme ailleurs.

Cette situation a-t-elle beaucoup évolué durant les dix dernières années ?

Les organisateurs de concerts et les directeurs de festivals prennent bien moins de risques qu’auparavant. Et l’intérêt pour les grandes formations s’est par ailleurs nettement amoindri. À la différence de la musique classique où les grands orchestres jouent un rôle important.

Ressens-tu aussi ces difficultés au club de jazz Porgy & Bess que tu as ouvert à Vienne ?

Je ne suis plus impliqué dans la gestion du club, mais Porgy & Bess va bien. En revanche, les différents prix du Hans Koller Preis et de l’European JazzPrize (plus de 50 000 euros offerts chaque année à des musiciens, des réalisations ou des projets issus de vingt-trois pays européens) ont également été remis pour la dernière fois cette année. Pas pour des raisons économiques mais hélas surtout en raison de la stupidité des responsables politiques de la mairie de Vienne qui n’ont pas compris la valeur de ce prix et qui préfèrent aujourd’hui décerner leur propre prix dans l’anonymat d’une salle municipale.

Le Vienna Art Orchestra a aussi été une pépinière de talents où se sont rencontrés beaucoup de musiciens issu d’univers très différents. Ce big band n’avait-il pas, au fond, une utilité publique en terme de formation ?

Pour que ce travail soit soutenu par les institutions, encore faudrait-il qu’il existe, à l’intérieur de ces dernières, des gens capables de reconnaitre des valeurs culturelles. Hélas, cette disposition est aujourd’hui perdue. Et ça, c’est un vrai grand changement dans la vie politique culturelle en Autriche. Auparavant, les responsables politiques étaient plus cultivés. La liberté intellectuelle des années 1960-1970 a disparu. Et le monde a beaucoup changé depuis. Dans le monde politique, les idéalistes ont aujourd’hui été remplacés par des technocrates.

Des regrets ?

Aucun. Je ne regrette rien.

Des projets immédiats ?

Aucun non plus. Pour le moment. Je compose de la musique de chambre et j’enseigne, une journée par semaine, à la Hochschule für Musik à Vienne.

Le 10 juillet dernier, tu achevais ton communiqué en citant un texte de Kris Kristofferson chanté par Janis Joplin : « Freedom is just another word for nothing left to lose » (le mot « liberté  » est seulement une autre façon de dire «  rien à perdre »). Demain, qu’y aura-t-il à gagner ?

J’aime me laisser surprendre…

Propos recueillis par Pascal Kober

Entretien paru dans le numéro 654, daté hiver 2010 de la revue Jazz Hot.

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Disparition d’Abbey Lincoln

Abbey Lincoln« Pour ceux qui n’aiment pas le jazz »… Dans le programme du festival de cette année-là, je signais ce texte qui se concluait ainsi, en appoggiature du concert annoncé d’Abbey Lincoln : « L’amour du jazz est un cheminement, avec des passages obligés, comme des étapes où il fait bon se reposer avant d’aborder d’autres aventures. Un seul fil conducteur à ce voyage : la curiosité. Sans laquelle rien n’a jamais été possible. Il existe mille façons d’aimer le jazz. Comme il existe mille manières d’aimer. Tout court. » Abbey Lincoln nous a quittés hier. Elle venait tout juste de fêter son quatre-vingtième anniversaire. So long, Abbey…

Abbey Lincoln. La Rampe, Grenoble Jazz Festival, 1992. Photo : Pascal Kober

Lire aussi trois entretiens avec Abbey Lincoln parus dans les numéros 381 (1981), 485 (1992) et 524 (1995) de la revue Jazz Hot.

More about her…

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Musique : où est-ce qu’on paie ?

Un excellent (quoique un tantinet bavard ;-) papier sur la musique numérisée par un enseignant de design à l’école d’art du Havre. Également auteur de ce joli aphorisme : « (je n’ai pas de mémoire du coup je me relis régulièrement pour savoir ce que je pense :-) ». C’est là.

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Céleste Boursier-Mougenot et ses oiseaux guitaristes

[Mise à jour du vendredi 1er mai 2015 : avec Emma Lavigne, conservatrice au Musée national d’art moderne – Centre Pompidou (Metz), le plasticien et musicien Céleste Boursier-Mougenot représentera la France lors de la cinquante-sixième biennale de Venise (du 9 mai au 22 novembre 2015) avec un projet intitulé Rêvolution.]

Ce musicien niçois travaillant à Sète organise d’étonnantes installations avec des oiseaux voletant autour de guitares électriques qui leur servent également de mangeoires et de perchoirs. L’art contemporain comme on l’aime : merveilleux, poétique et pas bavard !

À la source de ce billet…

Un livre sur l’artiste.

PS aux musiciens : dans la vidéo, les guitares sont accordées en open tuning. En clair, jouées à vide, les cordes produisent un accord parfait (enrichi ?) afin de rendre l’ensemble plus « harmonieux ».

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Jolie pub !

… pour les appareils photos numériques compacts de Nikon. Les autres images de la campagne ainsi que des vidéos peuvent être vues ici.

Nikon pub

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